Un salon du livre, lieu idéal pour sensibiliser et lutter contre l'antisémitisme

Nicolas Gary - 01.05.2019

Edition - International - salon livre Genève - CICAD antisémitisme - Johanne Gurfinkiel


SDLGENEVE19 – Depuis maintenant six années, le salon du livre de Genève accueille un exposant peu ordinaire : 300 m2 de superficie, 70 à 80 intervenants durant la totalité de la manifestation. Et bien entendu, des livres, des rencontres, ainsi que des ateliers pédagogiques. La CICAD, Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation, a en effet trouvé avec la manifestation littéraire un espace propice à sa mission : la lutte contre la discrimination en Suisse. 

Johanne Gurfinkiel - CICAD
Johanne Gurfinkiel - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Johanne Gurfinkiel, actuel secrétaire général de la CICAD, est à l’initiative de cette décision : « Nous cherchions avant tout un lieu qui permette de mêler éducation et culture, autour de thématiques évocatrices. Originellement, le salon rassemblait livre et presse, et concentrait en somme toutes les qualités recherchées », explique-t-il à ActuaLitté.
 

Rencontrer le public, pour sensibiliser à l'antisémitisme


Et pourtant, intervenir dans le cadre d’un événement aujourd’hui pleinement dédié au livre impliquait une nouvelle approche dans la communication. « Venir pour distribuer des brochures n’avait aucun sens », plaisante le secrétaire général. « Nous avons alors imaginé un programme de sensibilisation, de prévention, autour de conférences et de débats, à travers des sujets peu ou pas abordés. Et plus encore, introduire une dimension pédagogique, avec des ateliers destinés aux plus jeunes. »

Pour autant, la vente de livres qui va de pair avec une telle manifestation posait une autre question : « Ce n’est pas notre métier, et il fallait bien, à l’époque, trouver une solution. Nous avons commencé avec des amoureux du livre, pour établir une sélection d’ouvrages proposés. » Avec le temps, le choix s’est élargi avec des titres portant sur la communauté juive, bien entendu, mais également la Shoah, l’antisémitisme, le racisme et la politique.

Année après année, l’espace de la CICAD s’enrichit de la volonté de chacun et de l’envie de porter les messages de tolérance et de respect mutuel. « Cela demande de la créativité, beaucoup d’énergie et une importante préparation en amont.. Et bien entendu, des financements : notre intervention porte uniquement sur le territoire de Suisse romande, mais pour y parvenir, il nous faut également mobiliser des ressources significatives. » 

CICAD
stand CICAD - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Aujourd’hui, une vingtaine de bénévoles viennent prêter main-forte, et l’espace se remarque. « Lors de notre toute première édition, ce démarrage fut une grande surprise tant pour les organisateurs que pour nous. Avec le temps, nous avons trouvé une véritable place : le salon du livre de Genève accueille près de 100.000 visiteurs, une affluence considérable pour porter nos messages et interagir avec le public », poursuit Johanne Gurfinkiel.
 

Les élèves, ou l'avenir des comportements


D’autant que le volet éducatif a pris une place de plus en en plus forte : « Nous invitons des pédagogues et des formateurs qui animent des ateliers avec les classes et les enseignants », note-t-il. 

« On y parle de sujets éminemment d’actualité, comme le complotisme, le conspirationnisme et les fake news. Avec les jeunes, le travail de sensibilisation nécessite une implication particulière : préjugés et discrimination sont évoqués avec l’ensemble des thématiques rattachées. Par le verbe, ou le dessin, ils sont portés à comprendre et lutter à leur tour contre la discrimination, alors que nos ateliers les incitent à mieux déconstruire les préjugés racistes et discriminatoires. »

Et en la matière, on ne manque pas d’activité. « Ce qui me procure le plus de satisfaction, c’est de voir tous ces gens avec lesquels on crée un lien spécifique, grand public, enfants ou adultes. C’est là notre  la prévention par l’éducation ou la culture et surtout par le dialogue. » Voici comment une organisation intercommunautaire acquiert sa légitimité, au côté des éditeurs présents, apportant aux lecteurs un supplément d’informations. 

Pourtant, des contraintes proches de celles que rencontrent les autres exposants se retrouvent : « Chaque année, c’est une — saine ! – remise en question. Innover s’adapter, alors que dans le même temps, les sollicitations augmentent. Les enseignants, notamment, sur la question des fake news : nous y avons répondu par un atelier qui était consacré au sujet et a rencontré un succès immédiat. »

Mais c’est aussi apprendre de l’expérience passée. Ainsi, la première année de présence, la CICAD a tenté de mettre les visiteurs venus sur leur stand en relation avec des rescapés, pour transmettre les témoignages. « Plus jamais », se souvient Johanne Gurfinkiel. « L’expérience fut particulièrement difficile et le lieu ne se prêtait pas à l’intimité qu’implique ce genre d’échanges : le bruit qu’occasionne le salon rend moins audible le propos. » Pas au sens littéral, bien sûr.

CICAD
accueil de scolaires - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Raison pour laquelle la CICAD a choisi de proposer une exposition, un projet qui réunit des enfants de deuxième génération, enfants de rescapés, de résistants et de SS. L’approche visuelle offre à chacun de prendre son temps, de revenir sur des éléments et disposer du temps nécessaire pour approfondir.
 

“Tant qu'ils lisent, le combat est remporté”


Mais si l’esprit est sollicité, le corps apprécie qu’on ne l’oublie pas : « L’atelier culinaire, en effet, n’a pas vocation à servir de cantine, mais permet, sur la base de la dimension gastronomique, d’évoquer l’histoire et la compréhension du peuple juif dans ses diverses traditions. » Une manière de familiariser tout un chacun, en changeant l’angle. 

« L’identité est toujours un enjeu au moins dual : celui de la nationalité toute helvétique et de la confession religieuse, et culturelle. L’intérêt était de faire participer des mamans qui expliquaient et racontaient aux plus jeunes. Nous avons à Genève la chance d’avoir une communauté juive ancienne, et une autre, plus récente, arrivée au cours des siècles. »



 
Cette année, cette activité sera remplacée par le café littéraire, où thé, café et pâtisserie seront proposés. « Nous avions dans l’idée de parvenir à prolonger avec les intervenants les discussions, mais de façon intime et conviviale. »

Le salon du livre 2019 de Genève aura cette année encore la chance de profiter de cet enthousiasme, « parce que nous croyons en cette manifestation. Bien entendu, il faut toujours s’interroger sur la pertinence des actions menées. Il semble d’ailleurs que le public se réduirait, mais pour moi, c’est une chance que de disposer de cet événement ».

À ce titre, la CICAD multiplie les communications, auprès des médias et des réseaux à sa disposition. « De ce point de vue, nous ne ménageons pas notre peine : toute l’importance est celle d’une participation massive. Bien entendu, si le public désertait alors il faudrait revoir notre présence. Il appartient à chacun des exposants de prendre part à la manifestation, et de lui donner une attractivité qui fera venir le public. Autant qu’aux organisateurs, d’ailleurs, qui doivent conforter sa particularité. » 

S’orienter plus encore vers les jeunes, entre autres. « Qu’importe ce qu’ils choisissent de lire, tant qu’ils lisent. C’est déjà une partie du combat remportée. »
 

Dossier : Salon du livre de Genève 2019 : la Belgique à l'honneur
 


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.