Un siècle d'impertinence, d'histoire et de journalisme : le Canard enchaîné

Florent D. - 16.09.2016

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2016 marquera les 100 ans du Canard Enchaîné, parution satirique qui barbotte dans une mare que d’aucuns redoutent. Un grand ouvrage sera consacré à ce siècle d’impertinence, regroupant 2000 articles et dessins.

 

 

Voici comment retracer un siècle de journalisme, mais également un siècle d’histoire politique, sociale, culturelle à travers le regard décapant et cinglant des journalistes et dessinateurs qui ont fait et font encore la renommée de leur journal.

 

L’histoire du Canard Enchaîné se déroule à travers un large choix de plus de 2000 articles et dessins, organisés chronologiquement et thématiquement, présentés par de brèves notices pour les restituer dans leur contexte.

 

C’est évidemment la politique française qui donne la scansion de cette histoire et son découpage en périodes. Mais il y a plein d’autres choses. Le colonialisme, le fascisme, la cause des femmes, les affaires politico-financières, les guerres, les médias, les mondiaux de foot, etc.

 

Patrick Rambaud, compagnon de route et proche ami du journal, retrace avec le « Roman du Canard » (une centaine de pages du livre) une histoire haute en couleur, faite de personnages saillants et souvent truculents, dans des époques restituées avec force détails révélateurs.

 

100 ans de Palmipède et quelques chiffres

 

Le Canard Enchaîné, c’est près d’un demi-million d’exemplaires vendus chaque semaine, et un public, régulier ou irrégulier, très attaché à ce titre, ressenti comme une particularité française et une protection contre la bêtise et contre l’arrogance des puissants.

 

Le livre s’adresse à ce lectorat, mais tout autant à un public curieux de revisiter un siècle d’histoire à travers le prisme souvent si drôle et éclairant de la satire.

 

Le livre sortira ce 27 octobre, aux éditions du Seuil, en collaboration avec la rédaction du Coin-Coin, sous la direction de Patrick Rambaud, Laurent Martin et Bernard Comment.

 

 

  Canard enchaîné : 100 ans by ActuaLitté on Scribd

 

Le Canard Enchaîné naît en pleine Guerre mondiale, dans un climat de propagande et de bourrage de crâne : tout le monde prétend dire la vérité, il affiche son choix de mentir... Difficile de faire rire dans une période tragique, mais il y réussit pleinement, avec son art de l’antiphrase, de la satire et de la dérision. Ses fondateurs : un journaliste, Maurice Maréchal, et un dessinateur, Henri-Paul Gassier. Après cinq premiers numéros parus à l’automne 1915, le Volatile doit interrompre son vol, faute d’avoir trouvé suffisamment de lecteurs. Mais le 5 juillet 1916, nouveau départ, nouvel envol, définitif celui-là, dans l’esprit libertaire et insoumis qui est le sien depuis un siècle désormais.

 

Seul journal français, à ce jour, à n’accepter aucune publicité et à ne vivre que de ses lecteurs, il a connu un succès croissant au fil des décennies. Assis sur un trésor de guerre conséquent, il s’est donné les moyens de sa liberté, pour déjouer toutes les tentatives de récupération ou d’intimidation. En un siècle, le Volatile n’a épargné personne. Autorités politiques, militaires, religieuses, diplomatiques, académiques, tout le monde en prend pour son grade. Sa force : faire rire. Sa puissance : ne dépendre de rien ni de personne.

 

Cent ans, et seulement quatre directeurs (Maurice Maréchal, René Tréno, Roger Fressoz, Michel Gaillard) ! Signe de stabilité, et d’un esprit d’équipe soudée, qui a traversé des crises, connu des départs plus ou moins fracassants, des clivages politiques, mais a su garder ses ennemis de toujours : l’esprit de sérieux, les académismes, les magouilles et les affaires, les turpitudes et les hypocrisies, les lâchetés et les forfanteries.

Il y eut aussi la dénonciation à la fois ferme et sarcastique des totalitarismes, des fascismes, des guerres.

 

Il y eut l’interruption de publication, la seule en un siècle, de juin 1940 à septembre 1944, sous l’Occupation.

Il y eut des périodes de censure (pendant les deux conflits mondiaux, ou les « événements »), des tentatives d’écoute (les fameux micros !) et d’enfumage. Il y eut des procès. Il y eut, aussi, la disparition tragique de collaborateurs comme Cabu, si présent, si inspiré, un jour de janvier 2015.

 

Les politiciens le craignent, mais ne ratent pas un numéro. « Que dit le Volatile cette semaine ? », demandait le général de Gaulle, l’une des nombreuses têtes de Turc du Canard enchaîné. Avant lui, il y eut Barrès, Millerand, Lebrun, Daladier. Après lui, Pompidou, Giscard, Mitterrand (un peu moins), Chirac (beaucoup), Sarkozy (encore plus). Quant à Hollande, c’est « Pépère » : tout un programme...