Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Un vers pour la pièce de 50 pence en l'honneur de Benjamin Britten

Antoine Oury - 02.09.2013

Edition - International - 50 pence - Benjamin Britten - Alfred Tennyson


Dès demain, une nouvelle pièce de 50 pence sera en circulation entre les tiroirs-caisses et les portes-monnaie britanniques, en commémoration du centenaire de la naissance du compositeur Benjamin Britten. Toutefois, ce n'est pas un portrait du musicien qui apparaîtra sur le morceau de cuivre et de nickel, mais un vers du poète Lord Alfred Tennyson, mis en musique par Britten en son temps.

 


Benjamin Britten, en 1968 (Hans Wild, Public Domain)

 

 

L'artiste Tom Phillips, chargé de la conception de la nouvelle espèce sonnante et trébuchante, a décidé de faire résonner le vers signé Tennyson, extrait de l'oeuvre The Splendour Falls On Castle Walls : « Blow Bugle Blow, set the wild echoes flying » (« Souffle, clairon, souffle, lance les impétueux échos dans leur vol ») entourera donc le nom de Benjamin Britten, en lieu et place d'un portrait de l'artiste.

 

La raison de ce choix n'a à peu près rien à voir avec la poésie, comme l'avoue sans détour Phillips : « On ne pouvait pas avoir deux visages sur une pièce, avec celui de la Reine de l'autre côté. Comment le pays aurait-il pu lancer un match de cricket avec une pièce comme celle-ci ? », souligne-t-il, hilare. Comme lors des matchs de football chez nous, l'équipe qui démarre avec la balle est déterminée par un pile ou face. Et avec deux faces, c'est délicat...

 

Produite à 18 millions d'exemplaires, la pièce en forme d'heptagone pourrait par ailleurs permettre de faire connaître l'oeuvre de Britten aux Britanniques : « Ce que j'aime avec ce design, c'est qu'il est possible de lire le vers et d'aller l'écouter directement, dans notre époque moderne. Ainsi, il y a un vieil enregistrement crachotant de Peter Pears Sur YouTube. »

 

Phillips avait déjà dessiné une autre pièce britannique de 50 pence, pour le 250e anniversaire du dictionnaire de Samuel Johnson. Cette fois aussi, une phrase s'était imposée en lieu et place d'un portrait.

 

Pour le moment, aucun internaute n'a menacé de viol Tom Phillips : fin juillet, l'annonce d'un billet de 10 pounds frappé du portrait de Jane Austen avait provoqué une vague de commentaires haineux et agressifs à l'encontre de Caroline Criado-Perez. Cette dernière avait réussi à obtenir l'apparition de l'auteure sur le billet, pour éviter que la seule femme représentée sur la monnaie britannique ne soit la Reine Mère. Sur Twitter, des misogynes ordinaires lui avaient chèrement fait payer...

 

(via The Guardian)