Une année 2016 éprouvante pour la Bibliothèque nationale de France

Antoine Oury - 10.08.2017

Edition - Bibliothèques - Bibliothèque nationale de France - BnF rapport 2016 - BnF fréquentation 2016


L'année 2016 de la Bibliothèque nationale de France aura évidemment été marquée par la réouverture du quadrilatère Richelieu, entièrement rénové. Mais ce motif de réjouissance ne cache pas une année difficile pour la BnF, confrontée à une baisse de fréquentation et à des défis patrimoniaux importants au moment où ses moyens sont réduits depuis plusieurs années.


Salle Labrouste INHA
La salle Labrouste du site Richelieu (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 
 

30.000 m2 rénovés : la rénovation du site Richelieu, qui doit s'achever en 2020, a été effectuée à moitié. Ce chantier de 232 millions €, financé par le ministère de la Culture à 80 % et par celui de l'Enseignement supérieur à 20 %, accompagnera le quotidien de la BnF pour quelques années encore. 

 

Si la fermeture des espaces de Richelieu en travaux explique en partie la baisse de fréquentation des espaces, la BnF peut s'inquiéter d'un certain abandon de ces derniers par les étudiants et les actifs. En 2016, la fréquentation s’établit à 1,2 million de visites physiques (300.000 visiteurs pour la programmation culturelle et pédagogique et 900.000 entrées dans les espaces de lecture), en hausse par rapport au 1,1 million de visiteurs au global en 2015.

 

Si la fréquentation du Haut-de-jardin est en légère hausse avec 540 000 entrées (+ 0,5 %), celle des salles de la bibliothèque de Recherche est en baisse, à 334.613 (- 2,5 % par rapport à 2015). La BnF se félicite de la fréquentation de la bibliothèque de l’Arsenal (+ 1,4 %), de la bibliothèque-musée de l’Opéra (+ 18 %) et de la Maison Jean Vilar (+ 0,6 %).

Les lecteurs sont unitairement moins nombreux, note la BnF, et les étudiants comme les actifs ont modifié leurs habitudes en venant moins souvent, mais pour des sessions plus longues. La politique tarifaire serait-elle en cause ?

 

Toutes activités sur place confondues, 57 % des usagers de la BnF sont des élèves ou des étudiants, 35 % sont des actifs (en recherche d’emploi inclus), 7 % sont des retraités et 1 % sans profession. Parmi les actifs, 21 % sont des enseignants ou chercheurs de l’enseignement supérieur, indiquent les statistiques de l'établissement.

 

Pour expliquer l'absence de dynamisme dans la fréquentation, la BnF met aussi en avant les attentats terroristes « qui ont limité la capacité des établissements scolaires à organiser des activités de groupes » et ont nettement fait reculer la fréquentation des classes.

 

Pour la première fois, en 2016, la fréquentation des services en ligne a connu un léger recul, indique la BnF, sans préciser. Elle relève une fréquentation totale de plus de 30 millions de visites : la moitié de ces visites en ligne sont orientées vers la bibliothèque numérique Gallica (14,24 millions de visites contre 15,98 en 2015, soit une baisse de 12 %), qui rassemble désormais 4 millions de documents, suivies par les données bibliographiques (Catalogue général, Catalogue collectif de France, BnF Archives et manuscrits, data.bnf.fr), la médiation culturelle (expositions virtuelles et ressources pédagogiques), les services en ligne aux lecteurs (SINDBAD, réservation de places) et l’information institutionnelle (bnf.fr).
 

D'importants défis patrimoniaux et sociaux

 

Sur l'année 2016, la BnF a dû faire face à une des crues de la Seine les plus importantes depuis plus de 30 ans. Du 3 au 5 juin 2016, les sites François-Mitterrand et Arsenal ont été fermés au public. Sur le site de l'Arsenal, 730 mètres linéaires de collections ont été mis en sécurité. Par ailleurs, l'établissement assure avoir revu à la hausse ses précautions : en mars 2016, l'exercice Sequana 2016, simulant une crue majeure, a été effectué pour vérifier l'efficacité des dispositifs, doublé par un autre exercice en décembre 2016. La BnF assure que les dispositifs techniques de protection sont pleinement opérationnels.

 

Cela dit, la BnF doit faire face à un autre défi patrimonial : le manque de place, avec des magasins de conservation occupés à 98 % ! Une solution définitive est attendue seulement en 2023...


Laurence Engel : “La BnF est prête pour accueillir
tout ce qui est nativement numérique”

 

Enfin, et c'est peut-être l'élément le plus difficile à gérer pour l'établissement, la BnF a perdu entre 255 et 270 postes équivalents temps plein travaillé (ETPT), ainsi que 5 millions € de budget entre 2009 et 2016. « Ces politiques de rigueur ont de graves conséquences sur le fonctionnement de la bibliothèque et les conditions de travail des personnels : augmentation des charges de travail reposant sur des équipes réduites, tensions et contraintes dans les services générant risques psycho-sociaux et dégradation de la qualité de vie au travail », indiquait le syndicat CGT de la BnF le 28 juin dernier.

Toujours selon le syndicat, les risques psycho-sociaux pour les personnels ont augmenté, d'après « [l]'expertise menée par un cabinet extérieur à la demande du CHSCT à l’automne 2016 »...
 

  Rapport 2016 BnF by ActuaLitté on Scribd