Une association pour "mutualiser, porter la voix" des investisseurs d'Aristophil

Antoine Oury - 30.04.2015

Edition - Justice - Aristophil société manuscrit - association victimes - procès escroquerie


Ils sont « artisans, commerçants, gendarmes, retraités », rapporte l'AFP, et ils font partie des quelque 18.000 investisseurs qui s'étaient tournés vers Aristophil, une société d'épargne qui proposait de placer de l'argent sur des manuscrits et autres pièces littéraires authentiques. Le 5 mars dernier, le dirigeant de la société Gérard Lhéritier, sa fille et l'expert-comptable d'Aristophil ont été mis en examen, soupçonnés d'escroquerie. Les victimes se sont constituées en association, afin d'organiser le plus simplement possible les procédures judiciaires.

 

 

Manuscrit autographe des 120 journées de Sodome, Marquis de Sade

Le manuscrit autographe des 120 journées de Sodome, par le Marquis de Sade

(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Les propositions financières d'Aristophil avaient de quoi intéresser : la société proposait aux potentiels investisseurs d'acquérir une partie ou la totalité d'un manuscrit, conservé par les soins d'Aristophil, qui le rachetait ensuite avec une plus-value promise autour de 8 à 9 %. En mars dernier, cependant, l'enquête préliminaire lancée un an auparavant prenait une autre tournure, avec la mise en examen du dirigeant et de quelques-uns de ses proches ou collègues.

 

Le système avait alors été décrit comme une « Pyramide de Ponzi », selon les enquêteurs. « Aristophil est un château de cartes qui menace à tout moment de s'écrouler. Pour l'instant, le système tient, car Aristophil, principal acteur du marché, fait monter artificiellement les prix en achetant à prix d'or certains manuscrits. Une bulle spéculative entretenue grâce à l'argent des nouveaux investisseurs, qui permet à la société de surenchérir lors de toutes les grandes ventes publiques », expliquait un spécialiste au journal Le Point en novembre 2014.

 

Les victimes potentielles de ce système se sont réunies en une association, l'Association de Défense des Investisseurs en Lettres et Manuscrits (Adilema). « J'étais assistante sociale et durant ma carrière, j'ai vu beaucoup de gens se faire abuser. Je n'aurais jamais dû me faire avoir », confie une des membres de l'association à l'AFP.

 

Xavier Deroche, président de l'Adilema, assure qu'il pourrait s'agir là d'« une des plus grosses affaires financières en France des dernières décennies ». Lui-même fils d'un investisseur qui a versé plus de 1,8 million € en 7 ans, il déplore également le rôle des gestionnaires de patrimoine, qui ont incité leurs clients à investir dans ces placements.

 

Récupérer les biens, une priorité

 

« Normalement, ce sont des produits de diversification. Or, des courtiers proposaient aux gens de placer 80 % ou 100 % de leur argent. Il y a au moins négligence, si ce n'est mensonge par omission », souligne un membre de l'association. « On voulait placer 50.000 €. Les courtiers nous ont dit : "C'est une affaire tellement sûre que vous pouvez placer 100.000". On a dit qu'on pouvait monter jusqu'à 80.000 € », renchérit un autre.

 

L'association a pour seule vocation de réunir les investisseurs, et se pose comme « un outil de gestion pour mutualiser les frais, mais aussi porter la voix des victimes auprès d'un certain nombre de gens, notamment la presse ou les pouvoirs publics », précise Me Philippe Julien, avocat qui intervient pour des membres de l'association. Mais ne rassembleront donc pas d'autres bibliophiles, dans un secteur qui se plaignait régulièrement des pratiques de la société.

 

Les prochaines étapes de la procédure, pour les membres de l'association et les autres victimes, sont les 10 mai et 10 juin prochains. Ces deux échéances sont celles des déclarations de créances, à déposer auprès du mandataire judiciaire de la société Aristophil, placée en redressement judiciaire. Ces différentes déclarations sont le moyen, pour les victimes, de se revendiquer propriétaire d'un bien, et donc d'en demander la restitution.

 

Me Francis Triboulet, avocat de Gérard Lhéritier, a déclaré à l'AFP : « Ces contrats ne sont pas intrinsèquement frauduleux, l'information judiciaire devra notamment déterminer quelle a été l'information transmise aux investisseurs. » Ceci afin de déterminer s'il y a « mensonge par omission » ou « escroquerie », tout simplement.

 

« On a dit : "C'est une bulle, il faut la faire exploser" alors qu'il n'y avait aucun plaignant. La société connaissait certes une difficulté de trésorerie, mais les dirigeants abondaient ses comptes. On pouvait poser des questions sur l'avenir de cette société, la nécessité de revoir sa stratégie, mais pourquoi un traitement aussi brutal ? », s'interroge Me Francis Triboulet.

 

Pour les victimes, difficile d'y voir clair : « On ne sait pas si on récupèrera quelque chose. Ni quand », admet l'une d'entre elles auprès de l'AFP. Ni même "si", en réalité...