Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Une auteure met son livre refusé en ligne gratuitement en Chine

Elodie Pinguet - 01.12.2016

Edition - International - Mei Fong livre - liberté d'expression Chine - livre gratuit internet


Mei Fong, lauréate du prix Pulitzer (2006) a mis à disposition en Chine un de ses livres traitant de la politique de l’enfant unique sur le territoire. Son oeuvre avait en effet été refusée par différents les éditeurs chinois auxquels elle s'était adressée.

 

 

 

En Chine la liberté d’expression et de publication n’est pas au beau fixe cette année. Mei Fong, une journaliste, a tenté de faire publier son dernier livre One Child : The Story of China’s Most Radical Experiment en Chine, à Taiwan ou à Hong Kong, mais elle n’a pas réussi à trouver un éditeur et traducteur acceptant le livre. Elle a donc décidé de passer outre ce contretemps et son livre a été diffusé sur internet en PDF. Accessible gratuitement, la journaliste demande néanmoins aux lecteurs un soutien financier volontaire.

 

Dans son ouvrage elle aborde une célèbre politique chinoise, abandonnée l’année dernière, celle de l’enfant unique. Elle y dénonce les échecs et les coûts humains de cette règle par le biais d’entretiens et de chiffres démographiques. Entre les hommes trop nombreux dans l’incapacité de se marier, les avortements et les amendes, le livre retrace donc tout l’envers du décor de la politique.

 

Mei Fong assure elle-même le financement : « À l’heure actuelle, tout sort de mes propres poches ». Concernée par le thème de l’ouvrage, la Chine semble toutefois trouver le sujet encore délicat pour être abordé : « Au début j’ai eu quelques personnes qui étaient heureuses de le faire, mais ensuite, ils ont demandé à rester anonymes et ont finalement reculé. J’ai trouvé un autre traducteur, également anonyme ».

 

Avec le contexte actuel en Chine de liberté bâillonnée, plusieurs éditeurs et libraires ont été enlevés, comme Gui Minhai et Lu Bo, apparemment par les autorités chinoises et ce depuis la fin 2015. Ils étaient accusés d’avoir publié des livres interdits en Chine, notamment sur le régime en place. Si parmi les cinq hommes arrêtés quatre d’entre eux ont été relâchés, Gui Minhai reste encore entre les mains des autorités. Des écrivains eux-mêmes ont été emprisonnés.

 

Le PEN America avançait en début de mois à propos des arrestations que « cette action sans précédent reflète une escalade dangereuse de la tactique chinoise pour faire taire les dissidents, même au-delà de ses frontières ».

 

Pour Mei Fong la mise hors ligne de son livre par les autorités n’est qu’une question de temps : « S’ils ne l’aiment pas, ils finiront par le bloquer, alors j’espère atteindre le plus de lecteurs possible avant cela ».

 

 

Via QZ