Une bibliothèque s'autocensure face au respect de la vie privée

Antoine Oury - 02.01.2019

Edition - Société - bibliotheque autocensure - vie privee exposition bibliotheque - exposition bibliotheque censure


Face à différents principes, un choix devient forcément cornélien : une bibliothèque du Queens, à New York, a préféré annuler une exposition photographique signée par Drew Kerr. Les administrateurs de la bibliothèque ont estimé que la censure des 32 clichés de voyageurs pris dans le métro de New York était préférable au risque d'exposer l'identité de certaines personnes, susceptibles d'être en difficulté avec la loi.



« Faces of the 7 train », exposition prévue du 14 décembre 2018 au 3 janvier 2019 à la Queens Public Library, dans le quartier de Flushing, à New York, n'a finalement pas eu lieu. Les administrateurs de l'établissement ont en effet jugé qu'il était préférable de censurer les photographies, craignant que celles-ci ne dévoilent les visages de personnes pouvant être recherchées par des agences gouvernementales, notamment par celles qui régulent l'immigration.

Drew Kerr, l'auteur des 32 photographies, a utilisé son iPhone pour capturer les visages des voyageurs, pendant 6 ans : le photographe a agi en silence, sans que ses modèles ne remarquent qu'ils étaient pris en photo. « J'ai mis au point une technique pour prendre une photo rapidement et silencieusement », avait expliqué Kerr.

En conséquence, les sujets des photographies n'ont pas pu donner leur autorisation ni s'opposer à leur présentation au public. La Queens Public Library a donc préféré se prémunir de toutes poursuites, suite à l'exposition.
La National Coalition Against Censorship (NCAC), un collectif en lutte contre la censure, a envoyé un courrier à l'établissement, déplorant, évidemment, la censure de l'exposition. La NCAC réclame le retour de l'événement, pour les 3 semaines prévues à l'origine. 

« En annulant l'exposition de Kerr, la Queens Library supprime un accès public à des œuvres entièrement protégées par la Constitution, pour des motifs purement subjectifs. Bien que le NCAC apprécie les efforts déployés pour protéger tous les résidents du Queens, y compris les immigrants sans papiers, il n’est pas clair en quoi des portraits anonymes de voyageurs, pris sur une longue période, pourraient les mettre en danger », estime la NCAC.

Elle rappelle également quelques précédents relatifs à la photographie de rue, et la liberté des photographes d'exploiter des images prises dans un espace public.

Par ailleurs, signale la coalition contre la censure, il est particulièrement irrespectueux de commander une exposition de clichés, puis de l'annuler sans préavis. La NCAC assure que la décision va à l'encontre du Premier amendement de la Constitution américaine, et serait à ce titre sujette à une action judiciaire.
La NCAC a fait parvenir un courrier à la Queens Library et ses administrateurs, leur demandant de reprogrammer l'exposition dans les trois premiers mois de l'année 2019. Elle est disponible ci-dessous ou à cette adresse.

 




Commentaires
le droit à l'image, ils ne connaissaient pas encore !
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