Une biographie révèle le kiff de Keats : l'opium

Clément Solym - 23.09.2012

Edition - International - John Keats - poète - opium


Mort à 25 ans de la tuberculose, un des plus fameux poètes romantiques, épris d'une jeune femme gracile et rayonnante... La vie de John Keats a tout ce qu'il faut pour ravir les biographes et autres réalisateurs de biopics : le très chiant Bright Star l'a confirmé en son temps. Un professeur universitaire, Nicholas Roe, sort en Grande-Bretagne une nouvelle bio du poète qui le dépeint en opiomane averti, rapporte The Guardian.

 

 

opium

Zettelkasten, CC BY-NC-ND 2.0

 

 

Comment prendre un drogué la main dans le pochon lorsqu'il est mort depuis presque deux siècles ? Les étudiants du professeur Roe, à l'université Saint-Andrew, feraient bien de se méfier : le type semble plutôt perspicace lorsqu'il s'agit d'analyser les preuves, même les plus fumeuses... « Cela n'a jamais été dit auparavant : c'est la première fois que l'on présente Keats comme un accro à l'opium. »

 

L'hypothèse jusqu'à présent retenue consistait à dire que Keats s'était frotté brièvement aux opiacées, promettant ensuite à l'un de ses amis de s'en tenir éloigné : on sait ce que ça vaut... Le poète serait retombé dedans, mais aurait toujours séparés écriture et consommation psychédélique : Roe s'est basé sur Ode to a Nightingale, Ode on Indolence et La Belle Dame sans Merci pour démasquer « un Keats moins intellectuel, moins "philosophique", et un poète plus proche de la mystique des Romantiques associée avec Blake, Baudelaire, Coleridge, De Quincey, Yeats, Huxley et Bob Dylan ».

 

En utilisant le texte comme porte de la perception, l'universitaire entend prouver l'addiction du poète : l'expression « être à moitié amoureux d'une mort facile », que l'on retrouve dans Ode to a Nightingale, serait ainsi, selon lui, un résultat de la sensation de manque que le poète a probablement du éprouver. Médecin confirmé, il aurait eu accès à la substance en l'administrant à son frère, qui souffrait lui-même de tuberculose et lui refilera.

 

Dès lors, il utilisera l'opium pour apaiser la douleur que lui cause la maladie - et ce, malgré les remontrances de Fanny Browne, son amour de jeunesse. Ironie du sort, le dernier voyage de Keats vers Naples se fera sans opiacés. Parti avec le peintre Joseph Severn, il espérait trouver un remède à la tuberculose. 

 

« Finalement, Keats a enduré la souffrance prolongée d'une embolie pulmonaire et a fait face à la mort sans la substance qui avait aidé son frère et qui l'avait lui-même conduit vers une certaine poésie de la langue » explique Nicholas Roe. Mais ce serait déshonorer la mémoire du poète britannique de conclure cet article sans citer une ligne de pure... poésie :


A thing of beauty is a joint for ever...