"Une catastrophe" : Herta Müller foudroie Mo Yan, chantre de la censure

Clément Solym - 25.11.2012

Edition - International - Herta Müller - Mo Yan - prix Nobel de littérature


Elle n'avait pas particulièrement duré, Herta Mueller, prix Nobel de littérature en 2009. L'Allemande avait surpris son monde, au moment de sa nomination et puis, doucement, elle avait glissé dans l'oubli. Mais le lauréat de cette année lui donne l'occasion de se rappeler au bon souvenir de tous. L'élection du Chinois Mo Yan l'aurait presque fait pleurer... 

 

Discurso de Herta Müller, Premio Nobel de Literatura 2009. Estocolmo, 07.12.2009

Herta Müller, en 2009

zigaurre, (CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Dans un entretien avec le Dagens Nyheter, quotidien suédois, elle assure que cette nomination est « une catastrophe », ajoutant que les Chinois eux-mêmes considèrent l'écrivain comme « un fonctionnaire du même niveau qu'un ministre ». Et l'écrivaine d'origine roumaine de trancher : « Il célèbre la censure. C'est extrêmement troublant. » 

 

C'est que Herta, la censure, elle en connaît un rayon. Dans ses premiers temps, son recueil de nouvelles Niederungen, fut censuré en Roumanie. Aussi, pour parvenir à faire corriger et relire ses textes, Herta expliquait qu'elle rencontrait la femme qui faisait ce travail dans les bois, afin d'échapper à la surveillance dont elle était victime. « Personne ne pouvait entendre, nous devions toujours nous rendre en forêt pour les séances de relecture. » Et tout ça, pour ne pas être découvertes, elle et sa relectrice, une Allemande, dont on ne saura pas plus. 

 

Dans le pays, la peur devenait même un puissant moteur d'écriture pour elle, expliquait-elle en mars 2010, à l'occasion de la Foire du livre de Leipzig. Il fallait échapper à la surveillance de la Securitate (aussi connue tristement en Roumanie comme Departamentul Securităţii Statului, ou département de la sécurité d'État) et qui avait le rôle de police secrète. (voir notre actualitté)

 

Alors le comportement de Mo Yan, autant dire qu'il peut lui sortir un brin par les yeux, à l'autre Nobel. Surtout que remettre le Nobel de littérature au vice-président de l'Association des écrivains, qui reçoit le soutien du gouvernement chinois alors que le Nobel de la paix de 2010, Liu Xiaobo est toujours en prison « c'est une gifle pour tous ceux qui travaillent pour la démocratie et les droits de l'homme ».

 

Cependant, Mo Yan était intervenu, certes un peu tardivement peut-être, mais intervenu tout de même pour réclamer la libération le plus tôt possible de Liu Xiaobo. Pas assez pour Herta : « Il aurait pu dire cela voilà quatre ans ou deux semaines avant de recevoir le prix », s'énerve-t-elle. Et de pester contre les jurés de l'Académie Nobel : « Donner ce prix à un pareil écrivain, c'est une insulte à l'humanité et à la littérature. C'est une honte que le comité ait fait ce choix, qui ne rend pas pas honneur à la littérature. » 

 

Et comme le gouvernement chinois a abondamment salué et fêté l'obtention de ce prix, les raisons de se méfier seraient d'autant plus grandes.