Une certaine nostalgie des ouvrages physiques, à l'ère numérique

Cécile Mazin - 30.05.2014

Edition - Société - manuscrits anciens - livres numériques - nostalgie des lecteurs


Difficile de faire plus partisan comme discours : la maison d'enchères britannique Bonhams assure que les lecteurs sont nostalgiques des éditions de livres papier. À l'occasion du festival de Hay, la croissance du livre numérique a été critiquée, alors que les lecteurs souhaiteraient avoir des objets de meilleure facture entre les mains. Pourtant, les éditeurs font des efforts, assure-t-on.

 

 

The Old Book

Errol images Media, CC BY NC SA 2.0

 

 

Matthew Haley, spécialiste des livres et manuscrits rares, chez Bonhams, explique que les collectionneurs sont l'un des coeurs de l'activité marchande. Et les éditeurs, conscients de l'attente des lecteurs, nostalgiques des ouvrages de belle tenue, font des efforts qui vont dans ce sens, et tâchent de rendre leurs livres « plus attrayants ». 

 

Les collectionneurs ne sont pourtant pas nécessairement des lecteurs : s'offrir une édition d'un manuscrit du XVIIIe siècle n'implique pas que l'on va se ruer dessus pour l'annoter, bien au contraire. Le livre a toutes les chances d'atterrir dans une étagère, ou un coffre, à la banque. 

 

Mais voilà : travailler pour une maison d'enchères implique que l'on sache prêcher pour sa paroisse. Si les collectionneurs se passionnent pour l'odeur et l'apparence des ouvrages anciens, ces derniers représentent d'excellents investissements, s'ils sont effectués avec sagesse. Un peu comme un tableau de maître, l'achat d'un ouvrage rare est un pari sur l'avenir de ses cotations.

 

Aujourd'hui, constate-t-il, des maisons comme Penguin font en sorte que « leurs livres soient de plus en plus attirants, avec de belles couvertures en relief. Sur le marché américain du hardback, vous découvrirez des livres qui ressemblent plus à des objets artisanaux faits à la main ». 

 

Et d'ajouter : « On observe une scission au sein du marché, entre les ebooks que les gens ne font que lire, et les hardback de grande qualité, sur lesquels on passe plus de temps dans la fabrication, afin de créer quelque chose qui soit vraiment durable, et acquiert de la valeur en tant qu'objet. »

 

Selon ce spécialiste, les livres anciens seraient un excellent moyen d'acheter à bas prix, pour revendre cher - et d'inviter les uns et les autres à partir en recherche de trésors cachés. « Mon idée est que les collectionneurs de livres rares sont vraiment accros à l'objet physique : ils aiment l'odeur, le toucher, le regard, avoir le livre sur leur étagère. »

 

« Le marché où les gens achètent ces livres pour leur seul contenu est en fait très faible. Plus les gens consomment des livres, qu'ils soient en numérique ou par tout autre moyen, plus ils veulent vraiment posséder des livres physiques. » (via The Telegraph)