Une chaîne humaine à travers Riga, pour transporter des livres

Nicolas Gary - 20.01.2014

Edition - Bibliothèques - capitale de la Culture - Riga - chaîne humaine


Au 1er janvier dernier, la capitale de la Lettonie, Riga, avait inauguré une nouvelle bibliothèque nationale, alors que la ville devenait capitale européenne de la Culture (avec Uméa, située au Nord de la Suède). Les célébrations n'ont commencé que la semaine passée, et le 18, se tenait l'inauguration de la bibliothèque nationale de manière plutôt originale.

 

 

 

 

En effet, le 18 janvier, ce sont 15.000 habitants qui ont décidé de se retrouver pour une chaîne humaine, établie sur deux kilomètres dans la ville. Un geste qui n'est pas sans rappeler celui des deux millions de Lituaniens, de Lettons et d'Estoniens, qui avaient établi leur propre chaîne en 1989 - plus de 600 km-  pour protester contre la présence soviétique. 

 

Aiva Rozenberg, directrice du programme des festivités Riga 2014, a salué la réussite de cette chaîne du livre, alors qu'il faisait, ce matin-là +10°C. Ils se sont passés de main en main quelque 2000 ouvrages, depuis l'ancienne bibliothèque jusqu'à la nouvelle, située au sud de la Daugava. Et c'est, symbole entre tous, une Bible de 1825 qui a été le premier livre à quitter l'ancien établissement; fondé voilà 150 ans, en direction de Gaisma Pils. 

 

« Ceux qui ont participé à la chaîne balte se rappellent ce sentiment d'être coude à coude avec des gens parfaitement inconnus. Ceux qui participent à la chaîne du livre, qui sont préparés à rester là par une journée froide d'hiver, prennent cela au sérieux aussi - nous défendons littéralement la culture », souligne la directrice. 

 

 

 

 

 

Anna Mushka, responsable de la communication Riga 2014 ajoute : « On a voulu lancer les festivités avec ce geste symbolique qui consiste à se passer des livres de mains en mains. Il faisait très beau aujourd'hui, avec un ciel bleu magnifique, très froid aussi (-10 degrés), mais bon, c'est l'Europe du Nord, on y est habitué. Et puis, pour se réchauffer, les gens ont dansé et chanté. Le nombre de participants dépassait nos prévisions. [...] Vraiment c'est un jour important très très heureux pour Riga. »

 

L'ensemble de ce parcours aura duré près de 3h30. Les organisateurs avaient préparé suffisamment de livres pour que ce mouvement puisse se dérouler sur plusieurs heures.   

L' idée de cette chaîne humaine de papiers est née en 2010. À cette époque - le 18 juin après-midi - le sous-sol de la bibliothèque Nationale de Lettonie (LNB) gorgé d'humidité abimait les livres entreposés. Les dégâts aux livres furent importants.

Dans la zone dangereuse, il a fallu déplacer 78.000 livres, et le sauvetage s'est déroulé en se passant les livres de mains en mains, les gens sont venus volontairement. Anda Lamaša se souvient qu'à l'époque, les gens étaient même parfois trop nombreux, et même alors, beaucoup ont exprimé leur volonté de participer aux travaux de réinstallation, quand le nouveau bâtiment "Gaisma Pils" serait terminé.

 

Le maire de la ville, Nils Usakovs, ne s'était pour sa part pas vraiment montré enthousiaste, vis-à-vis du nouvel établissement que l'architecte Gunnar Birkert avait dessiné. Il l'avait comparée à une sorte de supermarché géant - dont la création aura coûté 166 millions €. D'autres résidents se plaignent de ce que la nouvelle bibliothèque détruit le paysage, empêchant de retrouver la vue sur la vieille ville, avec pour seule perspective, le bâtiment triangulaire gris.