Une Chapelle Sixtine du street art dédiée à Pier Paolo Pasolini

Nicolas Gary - 29.10.2015

Edition - International - Pier Paolo Pasolini - Rome affiche - Chapelle Sixtine


Pier Paolo Pasolini transportant dans ses bras Pier Paolo Pasolini mort... Cette représentation réalisée en pleine rue, dans la banlieue romaine de Torpignattara, frappe les passants. C'est un quartier que le poète romain fréquentait beaucoup, et où l’on se souvient encore de lui. Pier Paolo Pasolini est mort, trouvé le matin du 2 novembre 1975, sur la plage d’Ostie. Assassiné, clairement, l’homme était tout à la fois écrivain, poète, journaliste et réalisateur aussi bien que scénariste. L’aveu de son homosexualité lui vaudra de subir les foudres d’un pays aussi bien que du Parti communiste italien, qui décidera de l’exclure. 

 

Et pourtant, l’Italie s’apprête à célébrer le 40e anniversaire de sa mort. Le « poète prophète », certainement l’un des plus importants artistes du XXe siècle dans le pays, fera l’objet de conférences, de débats et d’expositions. C’est qu’après tout ce temps, les conditions de sa mort autant que l’ensemble de son œuvre – il était également peintre – ont laissé une profonde empreinte dans le patrimoine culturel. 

 

Au cours de ces dernières semaines, Rome a été envahie littéralement par des dizaines d’affiches, autant d’hommages rendus à Pasolini. Celle de ce double vivant, qui porte cependant dans ses bras un Pier Paolo mort, comme une représentation du Christ. Le travail est réalisé par Ernest Pignon-Ernest, avec quelque chose que l'on dirait emprunté à Accattone, un film de Pasolini, justement. Ces figures étaient apparues voilà plusieurs mois déjà. 

 

 

 

Les éditions Actes Sud doivent publier en novembre un ouvrage, Dans la lumière déchirante de la mer — Pasolini assassiné, réalisé par Ernest Pignon-Ernest, pour le 40e anniversaire de la mort. Une soirée est également prévue par l’éditeur au Théâtre du Rond-Point le 2 novembre prochain. On y retrouve des photos de ces affiches qui jalonnent Rome.

 

« Pasolini était écartelé entre le désir intense de voir se transformer les rapports entre les gens et la lucidité aiguë avec laquelle il percevait les menaces que ces bouleversements allaient engendrer. Parce qu’il était le chantre du corps, de la liberté, du sexe, peut-être a-t-il été le premier à pressentir le détournement qui était en train de s’opérer, la société de consommation s’emparant de ces aspirations physiques et spirituelles pour les mettre au service de la marchandise », explique l’artiste plasticien français. 

 

 

 

La Chapelle Sixtine du street art

 

Dans ce contexte, le travail réalisé par Nicola Verlato a pris une tout autre ampleur : 12 mètres de hauteur sur sept, le tableau est à ciel ouvert, en noir et blanc, et plonge dans un bouleversant hommage à celui qui espérait que la beauté sauve le monde. L'artiste originaire de Verone, a vécu durant une dizaine d’années à Los Angeles, mais cette nouvelle œuvre est d’ores et déjà baptisée La Chapelle Sixtine du street art. 

 

 

 

« Ce travail représente la descente du corps de Pasolini au moment de sa mort. Tout en haut, on voit la figure du meurtrier présumé, Pelosi et les deux journalistes qui l’ont interviewé. Pasolini se précipite vers un lieu allégorique, une sorte d’île où il se retrouve comme un enfant assis sur les genoux de sa mère, à qui il consacra ses premiers poèmes, et il se tourne vers Pétrarque, son mentor, un idéal, à l’époque », explique Verlato. 

 

La scène se déroule dans un espace qui pourrait devenir un mausolée, à Ostie. « Ce travail constitue l’une des différentes étapes progressives vers l’un de mes utopiques projets, une exposition dédiée à Pasolini que je souhaite installer à Rome en novembre prochain », poursuit l’artiste. (via Il caffe vitruviano)