Monopole : Les libraires européens s'interrogent sur les pratiques d'Amazon

Nicolas Gary - 03.10.2014

Edition - Justice - Europe librairies - Amazon concurrence - monopole livres


L'organisation des libraires européens souhaite que la Commission européenne enquête sur le monopole présumé d'Amazon, apprend-on. Une attaque supplémentaire contre la société américaine, qui rejoint les voix du Royaume-Uni et de l'Allemagne. L'EIBF souhaite donc que la vente de livres, telle que pratiquée par la firme de Bezos, fasse l'objet d'une inspection minutieuse.

 

Rencontre avec Myriam Anissimov (Montreuil librairie Folies d'encre)

ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

 

À l'occasion d'une réunion avec Despina Spanou, la Fédération a donc pu s'entretenir avec la directrice chargée de la santé et des consommateurs. Un moyen supplémentaire de prêcher la bonne parole, puisque l'attaque est déjà portée au niveau de la direction de la Concurrence. « Durant cette rencontre, madame Spanou a été particulièrement sensible aux informations que nous lui avons communiquées. La DG Consommation est très intéressée par les questions de monopole qui peuvent impacter la vie des citoyens de l'Union. À ce titre, les comportements d'Amazon ne manquent pas d'exemples », précise Françoise Dubruille, directrice de l'EIBF, jointe par ActuaLitté.

 

La question qui est posée à la Commission européenne, via la DG Consommation, concerne non seulement les négociations âpres qu'Amazon impose aux éditeurs, et les risques dans la commercialisation de livres, sur le long terme. « Bien entendu, un acteur unique, pour les consommateurs, cela implique un choix moindre d'ouvrages, si ce détaillant décide d'imposer certaines contraintes. Et pour les éditeurs, un canal monopolistique devient un danger en termes commerciaux. »

 

Ce nouvel angle d'attaque complète d'ailleurs les différentes actions menées par les éditeurs allemands, auprès de l'autorité de la concurrence d'outre-Rhin et l'enquête auprès de la DG Concurrence. « Veiller aux intérêts des consommateurs nécessite de surveiller tous les fronts, quand on parle d'Amazon », souligne l'EIBF. À ce titre, la Fédération a sollicité le BEUC, association européenne de défense des consommateurs, qui regroupe l'ensemble des associations nationales des États membres – comme l'UFC Que Choisir en France.

 

« Les organisations de défense du consommateur, que nous avons alertées, n'ont pas vraiment mesuré les enjeux pour les clients. La question de l'interopérabilité, par exemple, pose un véritable problème : acheter un appareil qui n'accepte que les livres numériques d'un seul acteur n'est pas un modèle d'ouverture. » Ainsi, approcher la DG Consommation pourrait apporter un éclairage nouveau au BEUC, et peut-être inciter ce dernier à prendre position plus explicitement. 

 

Une Charte globale tournée vers le consommateur

 

Dans le même temps, l'EIBF prépare une Charte du Consommateur, qui sera présentée à Francfort, « un outil pour sensibiliser les associations, justement, dans lequel nous rappelons par exemple le principe de la concurrence loyale, de l'interopérabilité », sujets cruciaux pour les libraires. 

 

Cette charte implique toutes les professions liées au livre, dans un effort commun pour travailler de concert, au mieux : librairies, bibliothèques, auteurs, éditeurs, il revient à chacun d'œuvrer, en gardant à l'esprit que tous les maillons de la chaîne du livre sont soudés. Ainsi, c'est notamment vers le choix du consommateur qu'elle se tourne, soulignant l'importance d'une réelle liberté d'achat. Qu'il s'agisse des réseaux de proximité ou des plateformes en ligne, le client doit disposer d'une palette large de vendeurs. 

 

De même, l'emprunt de livres audio ou d'ebooks, au travers des établissements publics de prêt sont autant d'atouts à préserver, parce qu'elle joue un double rôle, dans la découverte des œuvres et la promotion de la lecture. Reconnaissant sans peine cette fonction, la charte de l'EIBF souligne combien les bibliothèques doivent impérativement disposer d'une offre de prêt numérique digne de ce nom. 

 

Enfin, l'environnement concurrentiel est au cœur des enjeux futurs. « Les positions monopolistiques nuisent aux consommateurs, en Europe, comme aux États-Unis. Or, les politiques commerciales imposent des droits autant que des devoirs, pour que chaque détaillant puisse offrir le meilleur service aux consommateurs », nous précise-t-on. Dans ce cadre, la TVA réduite, et l'harmonisation sont primordiales : toute discrimination a des effets néfastes, au sein des États, pour les clients.

 

Et il en va de même pour l'interopérabilité. « L'achat de livre numérique devrait impliquer une totale interopérabilité pour les lecteurs, et l'accès à leurs œuvres doit s'accompagner d'une possibilité de lire sur tout support », insiste la Charte. Et, bien entendu, pas au travers de solutions biaisées, comme les applications Kindle qu'Amazon propose, et qui ne sont que des ersatz d'interopérabilité : le client reste maintenu dans l'écosystème Amazon, même si son appareil n'est pas un Kindle. Dès lors, qu'importe la plateforme, « les clients devraient pouvoir bénéficier d'un système ouvert et pouvoir transférer leur fichier sur la tablette ou la liseuse de leur choix ». 

 

Et l'EIBF de renouveller son engagement de collaborer dans les meilleures conditions avec les bibliothèques pour que les efforts mutuels rendent l'accès au livre, pour les clients européens, le plus agréable et complet possible.