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Une Charte pour les auteurs autopubliés : le sens de l'histoire

Neil Jomunsi - 09.10.2018

Edition - Société - auteur indépendant charte - charte publication livres - autopublication auteurs livres


L’Affaire du prix Renaudot a provoqué un petit séisme dans le monde du livre : en sélectionnant un ouvrage autopublié pour sa première liste – et accessoirement vendu chez Amazon seulement — l’histoire a fini par faire grand bruit. De quoi alimenter les réflexions de chacun. Neil Jomunsi vient détailler les siennes chez nous.


S Is For Silver Surfer
JD Hancock, CC BY 2.0
 
 

Je crois que si j’ai été si longtemps opposé à la création d’un « label » de l’autoédition, c’est parce que son principe reproduisait la verticalité même de la légitimation du travail d’écriture : c’est-à-dire qu’en créant un tel label, nous réinventions tout simplement le métier d’éditeur. Ce qui n’avait aucun sens, l’écrasante majorité des autoédité·e·s l’étant par choix – parce qu’elle n’a justement aucune envie de se soumettre à ces critères de sélection.

Dans ces conditions, un label serait un ruban, une médaille, quelque chose qui se décernerait et placerait, même symboliquement, notre travail au-dessus du lot pour la seule raison qu’il aurait été « validé » par untel ou unetelle. Ce système reproduirait alors les schémas que nous fuyons.
 

Liberté, indépendance, pas remis en cause
 

Car les autoédité·e·s tiennent à leur liberté de création, de distribution, ainsi qu’à leur proximité avec leur lectorat. Je crois aussi, à titre personnel, que c’est justement cette liberté qui fait la marque de fabrique de l’autoédition : elle permet l’existence d’objets littéraires parfois étranges, déconcertants, non exempts de ce que l’on pourrait appeler des « défauts », mais qui à mon sens matérialisent clairement la « patte » de l’autrice ou de l’auteur.

Sous des dehors parfois patauds, ce sont des livres fragiles, qui touchent celles et ceux qui les lisent sans filtre éditorial, sans lissage, souvent même sans intervention ou regard extérieur. C’est aussi ce qui fait que, dans la masse de livres autoédités, il y a – vous me passerez l’expression – à boire et à manger. Ce qui peut parfois faire du tort à l’ensemble de la communauté des autoédité·e·s.
 

L’autoédition, ce n’est pas nouveau, souffre d’une carence de légitimité. Face aux professionnel·le·s bien sûr, qu’il est parfois difficile de convaincre, mais aussi et surtout vis-à-vis d’elle-même. Nous ne nous prenons pas toujours au sérieux, même si de ce point de vue les choses changent. Il y a aussi cette solitude inhérente à la création, encore plus prégnante quand on s’autoédite : être accepté par une maison d’édition, c’est entrer dans une famille – celle de l’éditeur, évidemment, mais aussi celles des écrivain·e·s « légitimes ».

L’autoédition a ses groupes, ses associations par affinité, ses gangs. Mais elle n’est pas encore une famille à proprement parler.
 


C’est pourquoi aujourd’hui il me semble important de poser les bases d’une alliance, et, avec elle, celles non pas d’un label, mais d’une charte des autoédité·es. Pourquoi une charte plutôt qu’un label ? Parce que là où le label sélectionne, et nécessairement exclue, la charte propose l’inclusion : il suffit de suivre ses règles pour s’en réclamer.

Et si ses règles semblent encore inaccessibles à certain·e·s, alors il faudra les aider, s’assurer qu’ils et elles trouveront les ressources et les renseignements nécessaires pour se mettre à niveau, proposer des formations (blogs, podcasts, vidéo, etc.), une liste de prestataires de confiance à qui déléguer certaines tâches si l’on n’est pas en mesure de les effectuer seul·e (je pense au graphisme, à la correction, etc.), en somme tout faire pour inclure au maximum.
 

Un cadre simple, porté par une communauté
 

Cette charte serait portée par une association loi 1901, à laquelle tous les signataires de la charte seraient invités à adhérer et à participer. Nous devrons, ensemble, définir précisément chaque ligne de cette charte. Car je considère qu’un tel travail ne doit surtout pas être porté par un groupe restreint de personnes, aussi investies soient-elles, mais par la communauté des autoédité·e·s dans son ensemble : c’est une question de légitimité, justement.

En créant une corporation, nous travaillons ensemble à son élévation générale – pas juste au profit d’une poignée d’individus ou de signataires.
 

Nous devrons déterminer ce qui, au sens de la communauté entière des autoédité·e·s et au regard de l’écriture d’une charte, constitue ce que l’on pourrait appeler un objet-livre satisfaisant aux critères d’exigence de notre lectorat. Il sera bien évidemment question de critères de :

  • mise en page : lisibilité, typographie, maquette; etc. ;
  • graphisme : illustrations, couvertures, etc. ;
  • langue : orthographe, grammaire, syntaxe, etc. ;
  • obligations légales : ISBN, dépôt légal, mentions obligatoires; etc. ;
  • et nous aborderons sans doute bien d’autres sujets.
  •  

Dans les discussions qui ont amené à la rédaction de cet article, la question de la « qualité de l’histoire » est souvent revenue, et je voudrais expliquer pourquoi, à mon sens, elle n’est pas à retenir – elle serait même contre-productive : nous autoéditons parce que nous écrivons les histoires que nous aimerions lire, mais qui n’existent pas. Nos histoires ne répondent pas toujours aux critères éditoriaux de l’industrie.
 

Et des médailles en chocolat (surtout !)


Elles sont parfois trop longues, parfois trop courtes, certaines respectent des codes dramaturgiques vieux de deux mille ans, d’autres innovent et inventent leurs propres formes de narration, etc. Une charte de l’autoédition n’a pas à se poser en juge de ce qu’est un bon ou un mauvais livre : au final, ce seront toujours les lecteurs et les lectrices qui en décideront.
 


Rien n’empêche, dans un second temps de cette association, la création d’une sorte de mise en avant des « Talents », avec des lectures collégiales propulsant certains textes qui répondraient aussi à des critères de qualités littéraires. Mais ce genre de sélection est beaucoup plus ardue et ne pourrait naître que dans un temps beaucoup (beauuuuucoup) plus long. D’abord l’essentiel. Ensuite peut-être, une fois tout cela stabilisé, les médailles (en chocolat).
 

Cette charte nous permettrait de faire communauté, au premier sens du terme, et de poser les bases d’une alliance qui ne compromettrait aucune de nos libertés et cimenterait notre travail en lui donnant des références et des objectifs. En nous conformant à ces pratiques vertueuses validées par la communauté, nous serions à même de proposer une véritable alternative, de crédibiliser nos démarches et d’engager un pas en direction d’une légitimité pas si inaccessible que cela.
 

Alors, si nous nous mettions au travail ? Si un tel défi vous intéresse, alors vous pouvez vous inscrire ici pour participer aux discussions.

 

Si vous souhaitez soutenir Neil Jomunsi, Tipeee est là : à partir de 1€/mois, vous pouvez devenir mécène et avoir accès à des contreparties exclusives.




Commentaires
Je suis partante... évidemment !
Légitimité, toujours rentrer dans l'ordre, rentrer dans les ordres, la foi, le dogme, obéir, correspondre, classer, estampiller, absoudre, mériter... Mais putain : la littérature n'a que foutre du degré d'obéissance et de légitimité, et c'est pour ça qu'elle se meure aujourd'hui : à cause des dogmes dans lesquels on veut la faire entrer de force. La littérature montre patte noire, pas patte blanche. Elle appartient à une meute d'hommes et de femmes affamés et furax qui hurlent à la mort. Elle n'a pas d'habits du dimanche. Ce n'est pas une bonne communiante. Elle se sait coupable et elle assume le choc post traumatique, elle s'en régale même, elle s'y vautre. Pas tout à fait recommandable. Label "mon cul la manivelle" alors. Hihi!
P! Parlant d'impression de bouquins chez "Amazon", comment comprendre que l'éditeur pour autopubliés qu'est "Edilivre" annonce à ses auteurs que désormais, si un lecteur potentiel commande l'ouvrage via "Amazon", l'acheteur recevra le bouquin imprimé directement par "Amazon" (imprimerie en Afrique ou en Pologne) ? Que comprendre de cet accord SVP ?
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