Une compagnie minière tente d'interdire un livre scandale

Clément Solym - 14.04.2008

Edition - Société - Barrick - Gold - Canada


Barrick Gold est une société minière canadienne plutôt soucieuse de son image. Elle vient en effet de tenter de contrer la publication d'un livre devant paraître aux éditions Écosociété, intitulé Canada Noir, pillage, corruption et criminalité en Afrique. Mettant en cause les pratiques de Barrick Gold, à travers des termes forts la maison est accusée de véhiculer « des allégations fausses et grandement diffamatoires à l'endroit de Barrick ».

De même, on parle de « mineurs enterrés vivants en Tanzanie », d'« abus » ou de « crimes », dans la promotion du livre, ce qui ne manque pas de provoquer la réaction judiciaire brandie par BGarrick Gold comme un père Fouettard. Au cas où « ne serait-ce qu'une seule copie du livre » parvient dans le commerce, la société réclamera des indemnités. « Si Écosociété refuse de se plier à ces demandes, ce sera à ses risques et périls », ajoute Vince Borg, porte-parole de la firme.

Mise en demeure pour museler le danger

Prévue pour mardi, la sortie de l'ouvrage sera sans aucun doute contrariée par cette mise en demeure lancées contre les sept employés. Et Alain Deneault de réclamer de l'aide auprès du ministère de la Justice : « C'est ce qui nous arrive. Nous n'avons pas les reins assez solides pour affronter la Barrick. » Ce dernier a en effet promis de limiter les attaques de Goliath contre des David incapables de se défendre, nommées SLAPP.

Le Slapp (homonyme de to slap, gifler, en anglais) ou Stratégic Law-Suit Against Public Protestation, est une pratique courante où une firme, risquant sa réputation à cause d'une dénonciation de ses méfaits chercher à museler ses opposants en leur intentant un procès dont les frais sont tout bonnement démesurés.

Alerter l'opinion, est-ce dangereux ?

Pourtant, c'est avant tout une mise en garde pour le public que souhaitait Alain : « Nous avons voulu porter à l'attention du public ces informations parce qu'il se trouve lui-même à financer, indirectement, une partie de ces sociétés cotées en bourses à Toronto, soit par ses investissements dans des portefeuilles d'actions privées, ses REER ou ses cotisations à des fonds de retraite. »

Sauf que le gouvernement en prend aussi pour son grade : « Il est extrêmement difficile, voire impossible de poursuivre une société canadienne pour ce qu'elle a fait ailleurs. Si les moyens existent, le gouvernement ne s'en sert pas », regrette Alain.