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Une critique "stupide et infondée", contre l'Eloge littéraire de Breivik

Clément Solym - 31.08.2012

Edition - Les maisons - Antoine Gallimard - Richard Millet - Eloge littéraire d'Anders Breivik


Information ActuaLitté : Contacté par ActuaLitté, alors que depuis une dizaine de jours, le ciel lui tombe sur la tête, Richard Millet déplore le manque de professionnalisme de la part de la critique et des médias en général. Son Éloge littéraire d'Anders Breivik, publié aux éditions Pierre Guillaume le Roux depuis le 22 août, nourrit en effet depuis une dizaine de jours la polémique. De concert avec le dirigeant de Gallimard, troisième groupe de l'édition française à ce jour, il regrette le vieil idéal de liberté d'expression, tout en qualifiant la critique de « stupide ». 

 

« J'espère au moins que toutes les souffrances que j'ai endurées ces dix derniers jours, ainsi que les désagréments subis par mon éditeur, auront servi à desserrer l'étau en matière de liberté d'expression. » C'est que l'auteur a essuyé de nombreuses attaques verbales et autres tentatives d'intimidations. D'aucuns diront c'est chose commune, le tarif normal pour de tels propos, mais ce qui affole surtout Richard Millet, c'est la stupidité de l'opinion publique et précisément des journalistes encore trop superficiels, quand bien même cela les arrangerait.

 

"Rien de condamnable... dans mes trois ouvrages"

 

En effet, si l'ouvrage n'a pas encore éveillé la colère des dieux, il l'a frôlée avec ces 18 pages (voir notre actualitté). C'est que l'auteur et éditeur ne mâche pas ses mots, au-delà de ces quelques lignes abrasives. Le livre heurte de plein fouet le discours traditionnellement policé, où rien ne doit choquer. Et à ce titre, a connu un véritable engouement médiatique - et subi ses assauts.

 

 

 

« Je défie quiconque de trouver une expression condamnable en justice dans mes trois ouvrages, et je regrette que les colporteurs de la critique se soient tous passé le mot sans avoir lu mes trois livres ». Dans l'Éloge, les « métis violacés » sont pourtant logés à la même enseigne que les « blancs cadavériques ».

 

"Une croisade anti-multiculturalisme"

 

En outre et d'après l'AFP, Antoine Gallimard a simultanément tranché la question, au nom de la liberté d'expression de son auteur et éditeur. Selon lui les convictions socio-politiques de Millet ne gênent en rien son propre travail « Richard Millet a toujours été un lecteur et un éditeur de qualité, attentif, il n'a jamais failli à son professionnalisme, ni fait jouer ses convictions idéologiques dans ses recommandations littéraires. Les propos tenus dans sont Éloge littéraire d'Anders Breivik, que je ne partage absolument pas, relèvent davantage d'un bric-à-brac intellectuel et d'une volonté de partir dans une croisade anti-multiculturalisme. Il a le droit de les exprimer ».

 

Et d'ajouter : « Absent de Paris, j'ai été informé du scandale déclenché par la publication du pamphlet de Richard Millet. Je suis choqué par les idées qu'il exprime : utiliser cette effroyable tragédie pour illustrer la fin de notre civilisation occidentale est particulièrement déplacé », précise le PDG à l'AFP.

 

Des propos conformes à la déclaration de Richard Millet « J'ai toujours entretenu une relation de confiance avec mon éditeur, il n'y a entre lui et moi aucune ambiguïté. » Millet n'avait pour sa part rien à dire sur le jugement d'Antoine Gallimard, qui perçoit néanmoins dans ses convictions politiques un « bric-à-brac intellectuel ». « Que voulez-vous que j'ajoute à cela ? Il a le droit d'être choqué, et j'ai le droit de m'exprimer », ajoute-t-il, comme pour rappeler que les frontières entre la liberté d'expression d'un auteur, les devoirs d'un éditeur et enfin les droits d'un citoyen, sont justement perçues.

 

L'éditeur indépendant de l'auteur

 

Et Antoine Gallimard d'ajouter « Son statut d'éditeur deviendrait incompatible avec ses opinions s'il faisait de la maison le champ de propagande de ses convictions personnelles ». Délivrance ! L'avenir nous dira s'il est légitime de crier victoire pour l'auteur. Antoine Gallimard doit d'ailleurs s'entretenir avec Richard Millet le 3 septembre, comme nous le confirme l'écrivain ; rencontre au somment, évidemment.

 

Pendant ce temps, comme une musique qui voudrait adoucir les mœurs, Richard Millet a remis un nouveau roman à son éditeur. Un texte qui interroge cette fois les rapports amoureux, et le gouffre que peuvent parfois créer les sentiments. Il n'en a pas encore indiqué le titre, mais précise que le narrateur porte un regard ironique sur les sentiments. L'ouvrage devrait paraître en janvier 2013. En attendant, c'est du fond d'un autre gouffre que Richard Millet tente de s'échapper, le piège des mots. 

 

Pour l'heure, la situation chez Gallimard reste sereine, le patron promettant : « Je lui réitère toutefois la confiance que son activité d'éditeur m'inspire, et espère qu'il saura préserver celle que les auteurs avec qui il travaille lui accordent. » Mais du côté de Richard Millet, aucune raison de revenir sur quoi que ce soit : « J'estime que je n'ai pas à me justifier tant la critique a été stupide et infondée. »