Une cure de jouvence pour le roman 1275 âmes de Jim Thompson

Joséphine Leroy - 13.06.2016

Edition - Les maisons - Jim Thompson Série Noire - Jim Thompson auteur Etats-Unis - Rivages adaptation cinéma


1275 âmes, le roman noir de Jim Thompson et numéro 1000 de la Série noire, retrouve la lumière cinquante ans après la première publication. Dépoussiéré au cinéma par l’adaptation de Bertrand Tavernier au début des années 1980, il est maintenant publié en intégralité et dans une nouvelle traduction par les éditions Rivages, collection Rivages/Noir. 

 

 

 

Il était temps que ce classique du roman noir refasse surface pour les lecteurs francophones. La première différence notable avec les précédentes éditions tient au titre : adieu aux 1275 âmes et bienvenue à Pottsvill, 1280 habitants, un titre plus proche de la version américaine, Pop. 1280. Traduit de l’anglais américain par Jean-Paul Gratias, cette version rapprochée de l’original est sortie en avril 2016. Mais alors pourquoi 1275 âmes au lieu de 1280 ? La raison de cette traduction reste un mystère non-élucidé, sur lequel s'est penché avec humour l'auteur Jean-Bernard Pouy avec son roman 1280 âmes (éd. Points, 2000)

 

Résumé de l’éditeur

 

Shérif de Pottsville, 1280 habitants, Texas, au début du vingtième siècle, Nick Corey mène une vie routinière pas trop fatigante dans la mesure où il évite de se mêler des affaires de ses administrés. Débonnaire, apparemment pas très malin, il se laisse même contester et humilier en public. Comme si ça ne suffisait pas, il est cocu et aux prochaines élections, il pourrait perdre sa place. Il décide donc de commencer à faire le ménage…

 

 

Né en 1906 dans l’Oklahoma et mort en 1977 à Los Angeles, en Californie, Jim Thompson a principalement écrit au milieu des années 1940 jusqu’aux années 1950. Comme bon nombre d’auteurs, la reconnaissance littéraire fût tardive. Dans ses fictions, il prenait en général appui sur de véritables épisodes de sa vie. Le choix d’un personnage comme celui du sheriff ne doit rien au hasard : le propre père de Jim Thompson était sheriff. Jeune, il travaille comme groom dans un hôtel et se fait fournisseur de drogues douces comme dures (marijuana ou héroïne). 

 

Il commence sa carrière comme rédacteur de magazines à scandales dans un style bien particulier, à la première personne. Adhérent au Parti communiste en 1935, il quittera le parti en 1938. Il publie son premier roman, Ici et Maintenant, en 1942.  En 1955, James Harris et Stanley Kubrick l’appellent pour écrire le scénario de l’Ultime Razzia (tiré d’un roman de Lionel White).

 

Deux talents émergents, forcément concurrents, c'est la recette d'une belle polémique : dans le générique, le réalisateur américain se donne le rôle de scénariste, ne créditant Jim Thompson qu’en tant qu’auteur des « dialogues additionnels ». Les esprits s’échauffent puis se calment, au point que Kubrick confie à Jim Thompson le scénario des Sentiers de la gloire. Installé en Californie à partir de cette période, le romancier américain mourra à 71 ans d’une série d’attaques cardiaques fatales, dues à son alcoolisme. 

 

 

En France, le réalisateur Bertrand Tavernier avait adapté le roman sous le titre Coup de torchon (1981), avec pour interprètes les acteurs Philippe Noiret, Isabelle Huppert et Jean-Pierre Marielle. Le film a été nommé douze fois aux César, sans jamais obtenir de prix. Jusqu'en 2003 avec le film Huit femmes, il détient même le record de films ayant reçu le plus de nominations sans être récompensé (Camille redouble avait enregistré un nouveau record en 2013).  Même échec aux Oscars, le film ayant été nommé dans la catégorie du meilleur film étranger. 

 

L’adaptation en elle-même n’a pas été une mince affaire. Dix ans de réflexion et dix mois de négociations avec la veuve de Jim Thompson ont été nécessaires avant que le film puisse finalement être porté sur écran. Tourné dans le nord-ouest du Sénégal, le réalisateur a retranscrit à sa manière le Voyage au bout de la nuit de Céline, transposé dans l’Afrique coloniale. En outre, il a puisé dans Voyage au Congo d’André Gide  des idées lui permettant de restituer l'atmosphère coloniale des années 1930. (via Wikipedia