Une double crise de l'industrie du livre en Espagne

Clément Solym - 23.08.2012

Edition - Economie - espagne - édition - numérique


Sous le poids de la crise qui a fortement touché l'Espagne, l'industrie du livre espagnol a enregistré une grosse baisse des ventes avec une chute d'environ 40 %. En revanche, les publications sembleraient toujours fonctionner.

 

Trois auteurs espagnols présents à la Foire internationale du Livre de Panama, Juan Jesús Armas Marcelo, Javier Moro et Jorge Benavides, ont déclaré que la situation ne devrait pas s'améliorer à court terme. Pour Marcelo Armas, la crise de l'industrie du livre est bien réelle et elle est double, provoquée « en raison des progrès technologiques (numérique) », mais aussi « par la crise générale ». L'écrivain ajoute que la situation des publications est identique aux années précédentes et même « fonctionne plus que jamais ». La différence, c'est qu'il « y a moins d'exemplaires » imprimés, et ceux qui le sont, ce sont « habituellement les écrivains les plus lus ».

 

Les auteurs portent un regard essentiellement pessimiste sur l'avenir « immédiat » du livre. Néanmoins, Javier Moro aime à penser que si le livre est touché par la crise, il l'est dans une moindre mesure, car il « reste un divertissement pas cher ». De plus, si la vente des livres a chuté en Espagne, elles ont augmenté en Amérique latine. Un effet compensatoire, avec une communauté de 500 millions d'hispanophones, qui pourrait bien soulager quelques écrivains.

 

« C'est l'importance d'avoir une langue parlée partout dans le monde », déclare Javier Moro.

 

D'après les « gens liés au marché », les publications les plus touchées par la crise sont celles des livres de poche qui nécessitent un tirage important sans avoir un retour de lecteur derrière. « Il y a des rumeurs de fermeture de grandes maisons d'édition, encore non identifiées, qui ne sont plus en mesure de répondre aux attentes de vente qu'ils avaient », annonce Jorge Benavides. Car pour les Espagnols, avec près de 20 % de chômage, la première chose à faire en temps de crise économique a été d'arrêter l'achat de livres et d'aller au théâtre.

 

La Foire internationale du Livre de Panama a aussi été l'occasion pour les écrivains de déclarer aux journalistes leur position quant au numérique. Ils ont avoué lire et même écrire sur des appareils comme l'iPad, mais ont averti des dangers posés par les nouvelles technologies numériques pour l'industrie du livre et du droit d'auteur. « Si les droits d'auteurs ne sont plus respectés, le numérique peut terminer notre carrière », déclare Javier Moro.

 

 Jorge Benavides, pour qui le numérique « n'est rien d'autre qu'une nouvelle forme de lecture », considère comme « particulièrement intéressant » ce qui se passe avec l'ebook et assure que le problème vient surtout de la crainte d'une nouvelle technologie dont les auteurs ne connaissent pas l'impact.

 

Alors que Benavides soulève quand même le risque d'une propagation non contrôlée des contenus, Marcelo Armas s'avoue « fasciné » de savoir que des écrivains comme Philippe Roth ont une vente en ligne maintenant deux fois plus grande qu'en papier. Il a tout de même tenu à défendre le caractère « sacré » du papier et le plaisir « sensuel » du toucher et de son odeur. Pour lui, le véritable ennemi du livre n'est pas la technologie, mais le « sous-développement culturel ».