Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Une école catholique refuse un auteur gay : l'Australie encouragée à l'homophobie

Clément Solym - 02.03.2016

Edition - International - auteur gay Young Adult - école catholique discrimination - Australie écrivains


Will Kostakis est un auteur de littérature Young Adult. À ce titre, pas vraiment étonnant qu’on l’invite dans des établissements scolaires, pour parler de son travail – et de son dernier livre, The Sidekicks. Âgé de 26 ans, le jeune homme avait prévu une visite à Sydney, dans le De La Salle College, du quartier Revesby Heights. Une présentation annulée en urgence : il est gay. Et l’école est catholique...

 

 

 

Dans un email, le professeur qui avait invité Will Kostakis fait part de son embarras : « Nous sommes gênés par la promotion de votre nouveau livre dans notre établissement, parce qu’il s’agit d’une école catholique. Nous avons lu votre blog, et je pense que [votre présence] ne serait pas appropriée et que les parents pourraient ne pas l’apprécier. »

 

Point à la ligne. 

 

Oh, bien entendu, l’enseignant précise que sa démarche n’a rien de personnel, qu’elle n’est pas tournée contre Kostakis, et moins encore contre le nouveau livre. Simplement, la présence est inappropriée. L’un des personnages du livre est d’ailleurs gay.

 

Jusqu’à présent, Kostakis n’avait pas fait état publiquement de son homosexualité. En réalité, il n’a fait son coming-out qu’après avoir appris que son petit ami était atteint d’un cancer. Il en a fait un billet sur son blog et les répercussions ne se sont pas fait attendre.

 

Les idiots du Parlement australien...

 

Selon l’auteur, l’enseignant, de même que l’établissement, ne sont pas les premiers à blâmer : en réalité, l’instauration du programme Safe Schools dans les établissements scolaires est en cause. Tony Abbott et le député Cory Bernardi qui sont à l’origine de cette législation qui a encouragé les comportements réactionnaires à l’égard des communautés gays, lesbiennes, transgenres... 

 

« Je veux ajouter ma voix, même si elle est silencieuse, à une semaine où tous les idiots du Parlement font des liens entre la sécurité dans les écoles et les sex-shops », déplore Kostakis. Il a également proposé une réponse type, toujours sur son site, pour tous ceux qui envisageraient de lui faire la même réponse que celle envoyée par l’établissement catholique.

 

« Faire mon coming-out était difficile. Je craignais d’avoir à choisir entre faire ce que j’aime et gagner ma vie – proposer aux enfants de lire et leur dire la vérité à travers l’écriture – et ne pas avoir à cacher mes partenaires de mes collègues, en les présentant comme des amis. »

 

Il indique d’ailleurs que, dans son livre, le personnage gay se pose des questions similaires, mais redoute le rejet des autres. « Cette histoire n’était pas pour les écoles catholiques, elle n’était pas pour les parents : c’était pour les élèves, ceux qui comme moi se sentaient en inadéquation, parce qu’ils aimaient quelqu’un qu’ils n’étaient pas supposés aimer. »

 

Ce qui ressemble clairement à une discrimination homophobe pourrait avoir des conséquences dans toute la société, estime la directrice du Child And Adolescent Health, au Royal Children’s Hospital. Des populations jeunes et fragiles, vulnérables parce que la société les met au ban, seront évidemment touchés. 

 

« J’avais espéré, après avoir parlé dans quelques écoles catholiques, que les autres seraient à l’aise avec mes révélations, sachant que j’avais fait des conférences et des ateliers. Et que ma sexualité, bien qu’elle informe sur ce que je suis, ne fait pas l’objet de discussions », conclut Kostakis.

 

Pas de chance...

 

(via SMH)