Une éditrice soutient les libraires : son employeur la rappelle à l'ordre

Antoine Oury - 11.07.2019

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Impitoyable monde du livre... Alors que les libraires australiens font face à une baisse de la gratification salariale accordée en cas de travail dominical, une éditrice a voulu manifester son soutien à la profession par quelques messages postés sur Twitter. Sauf que son employeur, la multinationale de l'édition Penguin Random House, n'a pas vraiment apprécié et a rappelé à l'ordre l'éditrice.

Penguin Random House - Frankfurt Buchmesse 2015
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Depuis février 2017, les salariés des secteurs de l’hôtellerie, de la restauration rapide, et de la vente au détail se rongent les ongles. En effet, le législateur australien planche sur la réduction des indémnités dues les dimanches et jours fériés qui sont travaillés. Le projet, présenté alors, portait sur un plein temps passant de 250 % à 225 % du revenu. Et la librairie n’est pas exempte. Juste exsangue.

La Fair Work Commission avait annoncé une entrée en vigueur de son projet à compter du 1er juillet 2017. Facturellement, les dimanches travaillés plein pot seraient rabotés, pour les temps partiels, de 200 % à 150 % du salaire. Pour les travailleurs occasionnels, de 200 % à 175 %. En revanche, pour les temps complets, on réduirait donc de 250 % à 225 %.

Selon Bill Shorten, dirigeant du parti travailliste, il n’est pourtant pas supportable qu’une pareille injustice soit imposée aux travailleurs. Et que son parti entendait bien lancer un projet de loi visant à bloquer les modifications proposées par la FWC. Le premier ministre Malcolm Turnbull, pour sa part, avait assuré de la coalition suivrait les recommandations… C’était en février 2017. 

La loi est dure, mais la solidarité c'est pire

Suite à une décision prise récemment, les gratifications des employés à plein temps ou à temps partiel, en Australie, sont progressivement revues à la baisse : les minimums en vigueur ont été réduits de 200 % à 195 %, puis 180 %, 165 % et finalement 150 %. Autrement dit, les salaires ont subi une sévère coupe, qui touche l'ensemble des employés du commerce de détail.

Le 26 juin dernier, Bethany Patch, éditrice pour Penguin Random House au sein des bureaux de Melbourne, a publié un message sur Twitter pour exprimer toute sa solidarité avec les libraires concernés par cette baisse de salaire. « Les employés de l'industrie de l'édition soutiennent les libraires alors que ces derniers subissent des baisses de salaire à partir du 1er juillet ! »

Elle poursuit, dans son message accompagné d'une photo de sa propre équipe : « Le personnel de librairies comme Readings doit bénéficier de gratifications : cette industrie ne peut pas survivre si ses travailleurs et les lecteurs ne se soutiennent pas mutuellement. » Readings est une chaine de librairies indépendantes australienne, qui comprend 7 boutiques dans le pays.

Rapidement, la chaine a répondu au message de Bethany Patch, précisant que Readings maintenait les gratifications pour le travail du dimanche à leur niveau précédent.
 


Le feu aux poudres

Le message initial ou la réaction du libraire, ou peut-être les deux, n'ont pas vraiment plu à l'employeur de Bethany Patch, le groupe Penguin Random House. Deux jours après l'envoi du message sur Twitter, Patch a reçu un courrier la sommant de retirer le message, ce qu'elle a rapidement fait.

Ce mardi 9 juillet, l'éditrice a été convoquée pour un rendez-vous qui avait tout l'air d'une mise au point : on évoque un « premier et dernier avertissement » dans son entourage.

Le traitement réservé à l'éditrice n'a pas manqué de choquer : le syndicat Media, Entertainment and Arts Alliance (MEAA) a fait savoir qu'il engagerait une procédure à l'encontre de Penguin Random House si l'avertissement émis à l'encontre de Bethany Patch n'était pas officiellement retiré. D'autant plus que Patch est elle-même une déléguée syndicale.
 
Le syndicat a également mis en ligne une pétition, dans laquelle il souligne qu'il est nécessaire de montrer à Penguin Random House que « les travailleurs de l'industrie du livre et d'autres industries défendent les droits de Beth, en tant que déléguée syndicale et employée ».

via The Age, Books and Publishing


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