Une entreprise terroriste qui vend des livres : Amazon ou l'islamisme radical (Wylie)

Nicolas Gary - 31.10.2014

Edition - Société - Wylie Andrew - Chacal Amazon - éditeurs conditions vente


Il est surnommé Le Chacal, et désormais, on sait que c'est en raison de son cri aigu et répété : Andrew Wylie, l'agent littéraire le plus puissant de la planète est parti en guerre contre Amazon. Et armé de son costume de Croisé, chaque intervention relève de la tentative de porter un coup de grâce. Le dernier en date n'est d'ailleurs pas à piquer des vers…

 

Jackal Canis aureus

Tarak N Khan CC BY SA 2.0 

 

 

À l'occasion d'un discours prononcé au festival des auteurs de Toronto, Wylie a montré les dents, et mordu, passant de la métaphore égyptienne, à la comparaison brutale, dès lors qu'il s'agit de parler du cybermarchand. Prévenant charitablement les écrivains que la société de Jeff Bezos n'a rien d'une réunion d'enfants de choeur, Wylie critique tout, avec un ton cinglant. Les éditeurs, au passage, en prennent pour leur grade, eux qui continuent d'alimenter la firme, en lui concédant 30 % sur le prix des livres numériques. 

 

Sauf que le vent tournera, prophétise Le Chacal. «  Amazon va être enterré dans une parcelle de sable, et quand ils seront coincés, les éditeurs seront en mesure d'augmenter les revenus des auteurs à 40 ou 50 % » de droits d'auteur. Vœu pieux, et d'autant plus qu'en qualité d'agent, Wylie pourra toujours augmenter sa commission…

 

Mais l'attaque la plus féroce, il la porte en comparant le groupe de Jeff Bezos à un groupe terroriste, et plus précisément l'État islamique en Irak et Syrie, ou EIIS – ISIS en anglais. Un terme qui n'est pas sans rappeler la déesse funéraire de l'Égypte antique – l'image s'arrête très vite, cette divinité était assimilée à une épouse exemplaire et une grande magicienne. Et surtout, elle n'avait rien de maléfique, contrairement à son frère Seth, incarnant une idée de la violence et de la jalousie…

 

Avec dans son escarcelle des auteurs comme Salman Rushdie, Philip Roth ou encore Martin Amis, Andrew Wylie peut parler sans crainte, et surtout, avec une belle assurance. Mais c'est la fin d'un état de siège, promet-il pour bientôt. « L'industrie de l'édition, jusqu'à présent, s'est recroquevillée, et gémit, gémit, gémit, après avoir tout accordé à Amazon. Désormais, je pense que cela va changer. »

 

Focus : mars 2013

Pour Vincent Montagne, président du Syndicat national de l'édition, cette absence est d'autant plus préjudiciable qu'Amazon « n'est pas simplement un opérateur dans le monde numérique, mais c'est surtout un libraire ». Il explique avoir, au titre de président du SNE, et par conséquent, du Salon du livre, puisque la manifestation est coorganisée par Reed Expo et le SNE, écrit au président d'Amazon France, « voilà une semaine, pour regretter qu'il ne vienne pas. C'est aussi en habituant les différents acteurs, les éditeurs, à votre présence que vous vous ferez accepter d'eux de plus en plus. »

On ne peut pas mieux dire : quand le président du Syndicat national de l'édition annonce, quelques semaines avant le Salon du livre de Paris, qu'Amazon est considéré en France comme un acteur du livre, mis sur le même plan que les libraires indépendants, difficile de ne pas avoir la même lecture des faits pour la France. À l'époque, le cybermarchand avait refusé de se rendre au Salon du livre, alors qu'il était présent en 2012. Et les politesses de la part des organisateurs n'avaient pas manqué. (voir notre Focus)

  

Et Andrew Wylie de poursuivre, en assénant les coups : « Hachette, et c'est tout à leur honneur, a tracé une ligne rouge, et ne veut pas céder. » Évidemment, le conflit entre l'éditeur et le revendeur, sur le territoire américain, n'est aujourd'hui ignoré d'aucun professionnel de l'édition, partout dans le monde. 

 

L'agent n'était pas simplement remonté contre la firme américaine, au cours de son intervention. Il a également eu un mot aimable pour le livre publié en France aux éditions JC Lattes, Cinquante nuances de Grey : « C'est l'un des moments les plus embarrassants dans la culture occidentale », estime-t-il, tournant cette prétendue autopublication, en dérision. Selon lui, cela équivaudrait, au « niveau esthétique, de dire que toute personne qui chante sous sa douche mérite de se retrouver à la Scala », le célèbre opéra milanais.

 

Douche froide garantie. (via The Guardian)

 

En mai 2013, le Chacal avait déjà la langue bien pendue et déplorait que les éditeurs ne claquent pas la porte d'Amazon, voire d'Apple, tant les conditions imposées sont intolérables : « Vous pensez que vous allez perdre 30 % de votre marché ? Et bien, ce n'est pas grave, puisque vous aurez 30 % de marges supplémentaires sur les 70 % restants. Il y a moins d'abrutis qui lisent vos livres et vous êtes payé plus pour ceux qui le font. Où est le problème ? », lance-t-il.

Une entreprise terroriste qui vend des livres : Amazon ou l'islamisme radical (Wylie), par Arthur Poidevin

Par Arthur Poidevin, du CESAN (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)