“Une étagère avec des livres ne fait pas une bibliothèque”

Clément Solym - 01.08.2019

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La pénurie de bibliothèques dans les écoles et universités devient criante. L’association des bibliothécaires turques a en effet procédé à une analyse, concluant que seules 1470 écoles sur les 65.000 du pays disposent d’une bibliothèque. Et pour les universités, 9000 étudiants se partagent un seul établissement.

Kütüphane
bibliothèque à Ankara - muammerokumus, CC BY SA 2.0
 

La Turquie compte à ce jour 202 universités, dont 73 fondations et 129 relevant de la compétence de l’État. Selon les données du Türkiye İstatistik Kurumu’nu (institut de la statistique), il existait en 2017, 564 bibliothèques universitaires. Bien trop peu pour l’ensemble des étudiants actuellement recensés. En outre, 84 nouvelles universités ont ouvert au cours des 10 dernières années. 
 

Une question d'enseignement et d'avenir


Pour le président de l’association, la Türk Kütüphaneciler Derneği, cette situation ne permet de toute évidence pas aux élèves de travailler ni d’apprendre dans des conditions convenables. Ali Fuat Kartal le souligne : « Si les étudiants souhaitent un enseignement décent, il faut d’abord s’assurer de l’état de la bibliothèque de l’université. »
 
Et ce, quand la censure ne frappe pas, car les rares établissements sont régulièrement sanctionnés par des interdictions d’ouvrages. « De nombreuses écoles pourraient avoir une bibliothèque en réalité. Mais les bibliothèques scolaires sont soit supprimées, soit inadaptées. Et surtout, elles ne sont pas utilisées comme bibliothèques. » 

Depuis l’état d’urgence instauré après le coup d'État du 15 juillet 2016, le pays vit une lourde pression. 135.000 des deux millions d’ouvrages détenus dans les bibliothèques publiques ont été confisqués, au motif de propagande en faveur du PKK. Incluant des ouvrages de Camus et de Spinoza – connus pour leurs actes de terrorisme, bien sûr...
 

Censure et interdictions des livres


Si internet a exercé un impact positif sur la bibliothéconomie, c’est avant tout parce que les établissements de prêt ont reporté leurs investissements sur les formats numériques. Si en Turquie, le livre n’apparaît qu’à la 235e place dans la liste des biens de consommation essentiels, « les bibliothèques restent des lieux où l’on vient préparer ses cours », souligne Kartal. 
 
Et d’appuyer : « En Turquie, on croit qu’un bibliothécaire ne fait que trier des livres sur des étagères. Le préjugé persiste d’un métier que chacun pourrait exercer sans aucune formation. » Or, l’association a justement mis en place depuis six années des cours pour donner les bases. « Une étagère avec des livres ne fait pas une bibliothèque. Et nous expliquons par exemple que les étagères ne doivent pas être exposées directement au soleil, devant une fenêtre. »

Selon lui, « une bibliothèque sans bibliothécaire, c’est l’orchestre militaire ottoman invité à danser le Lac des cygnes ». C’est possible, mais pas très bon.
 

Le report sur les autorités provinciales


Aujourd’hui, on compterait une bibliothèque publique pour 70.000 habitants, soit dix fois moins que la moyenne européenne. Or, voilà six ans, le gouvernement a confié la gestion et la création de 300 bibliothèques publiques, précédemment sous la tutelle du ministère de la Culture et du Tourisme, aux autorités provinciales. Mais le manque de financement de ces dernières a lourdement impacté les rénovations, travaux… ou simplement ouvertures. 

Le gouvernement doit avoir conscience de cette situation : l’institut de la statistique a communiqué des chiffres qui seraient plutôt encourageants. 31.451 bibliothèques dans le pays, augmentation du nombre de livres à la Bibliothèque nationale de 3,8 %, mais diminution de son nombre d’inscrits de 10,3 %. Dans le même temps, les inscriptions dans les bibliothèques publiques seraient en hausse de 29,1 %.

Des données qu’Ali Fuat Kartal considère comme douteuses. Une partie des établissements recensés serait en effet fermée.

via Hurriyet, DW


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