Une étoile pour Raymond Chandler sur Hollywood Boulevard

Clément Solym - 30.06.2014

Edition - Société - hollywood scénariste - Raymond Chandler - écriture trottoir


Il fait partie des figures littéraires les plus connues de la Cité des Anges : Raymond Chandler se fera bientôt piétiner comme les autres stars de l'Hollywood Boulevard. À l'occasion de la promotion 2015, Chandler fait partie des 30 personnes qui auront le plaisir de figurer parmi les célébrités ayant leur étoile sur le trottoir.

 

 

Clarence Brown & Bonnie Raitt

Doug, CC BY-NC-ND 2.0 

 

 

Mais c'est surtout un honneur rarement accordé aux écrivains, puisque l'on compte pléthore d'acteurs, légion de stars de la radio, foison de réalisateurs... mais des auteurs, cela reste assez rare, note le Los Angeles Times. À vrai dire, seuls Ray Bradbury, Dr. Seuss, Adela Rogers St. Johns et Ogden Nash ont pu jouir de cet hommage stellaire.

 

Si Chandler a connu l'adaptation de quelques-uns de ses livres en film, il n'y prit que très peu part. Il fut pourtant scénariste de plusieurs grands projets, comme Strangers on a Train, écrit à l'origine par Patricia Highsmith, réalisé par Hitchcock, excusez du peu. 

 

Mort en 1959, Chandler ne sait pas encore où se trouvera son emplacement dédié sur la promenade hollywoodienne. La ville lui a donc pardonné ses réflexions désagréables sur les studios et l'industrie du cinéma. S'il a travaillé comme scénariste, et notamment avec Billy Wilder, il haïssait farouchement toutes ces entreprises. Qui, finalement, le lui rendaient bien. Il ne s'en cachait d'ailleurs pas à l'époque, vomissant les comportements des employés : « Je déteste écouter ces discussions interminables qui ressassent éternellement le même sujet. Des films, toujours des films. » (voir sur Ciné Obs)

 

Une relation tumultueuse, qu'il noyait également dans d'infinis verres de pur malt, et des virées en voiture. La ville s'est souvenue de lui, mais ne garde aucune rancoeur envers l'enfant terrible.

 

Aux écrivains en herbe qui souhaiteraient s'aventurer sur le terrain de la littérature policière, le siroteur de whisky à réputation de bouledogue livra ses dix commandements. Une série de conseils d'écriture en rupture avec les enquêtes en huis clos populaires au cours des années 1920 et 1930, insistant davantage sur le réalisme des scenarii mis en scène. 

Les dix commandements de l'écriture de roman policier, selon Chandler :

 

1 ) Il (le récit) doit être motivé par la crédibilité, tant de la situation initiale que du dénouement.

2 ) Il doit respecter techniquement ​​les méthodes d'assassinat comme d'enquête.

3 ) Il doit être réaliste dans ses personnages, son cadre et son ambiance. Il doit s'agir de gens réels plongés dans le monde réel.

4 ) Il doit avoir une valeur en tant qu'histoire, en dehors de son élément de mystère.

5 ) Il doit posséder une simplicité de structure, essentielle pour être expliqué sans peine le moment venu.

6 ) Il doit déjouer un lecteur raisonnablement intelligent.

7 ) La solution doit sembler évidente une fois révélée.

8 ) Il ne faut pas essayer de tout faire à la fois. S'il s'agit d'une histoire de résolution de puzzle dans une atmosphère plutôt cool, on ne peut en faire en même temps une aventure violente ou une romance passionnée.

9 ) Il faut punir le criminel, d'une manière ou d'une autre, pas nécessairement par l'effet de la loi. Sinon une enquête non résolue pourrait laisser au lecteur un sentiment de frustration.

10 ) Il faut être honnête avec le lecteur.

Pour ceux intéressés par une leçon plus poussée, Raymond Chandler a publié un essai intitulé The Simple Art of Murder, dans lequel il livre une étude plus aprofondie sur l'univers du polar.