Une femme sur deux victime de harcèlement sexuel dans l'édition britannique

Victor De Sepausy - 15.11.2017

Edition - International - harcèlement sexuel édition - industrie livre harcèlement - comportement prédateur livre


Une enquête réalisée anonymement par le Bookseller tente de brosser la situation de harcèlement sexuel dans l’industrie britannique du livre. Les chiffres indiquent qu’une femme sur deux a été harcelée au cours de sa vie professionnelle, parfois avec de réelles conséquences. Du côté des hommes, ils sont 34 % à en faire état. Le problème existe bel et bien, et le scandale Weinstein invite clairement à s’y pencher.


sexual harassment suit waiting to happen
frankieleon, CC BY 2.0
 

 

Ce sont 388 personnes qui ont pris le temps de répondre à l’enquête anonyme menée par le Bookseller : les signalements vont de gestes déplacés à des comportements insistants, mais surtout, deviennent édifiants quand on se penche sur les témoignages communiqués par les répondants.

 

Ces expériences attestent de langage grossier ou humiliant dont les femmes sur le lieu de travail sont victimes. Ils basculent aussi dans les commentaires allusifs et les tentatives de contact douteuses. Enfin, des avances sexuelles ouvertes et des comportements d'hommes littéralement décrits comme des prédateurs, sous prétexte de relations professionnelles sont évoqués. 

 

Deux répondantes assurent avoir été violées.

 

Sans trop d’étonnement, on découvre au fil des récits que ce sont toujours des collègues supérieurs hiérarchiques masculins qui sont à l’origine de ces attitudes. Les risques de harcèlement sont d’ailleurs plus fréquents dans les secteurs des relations presse — les horaires de travail peuvent souvent amener à déborder du cadre du travail. Si les exemples d’auteurs dépassant les bornes semblent rares, il en existe… 
 

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Un pourcentage élevé de libraires a également signalé des abus : 61 % du secteur fait part de harcèlement subi par les employés de clients, collègues ou auteurs invités.

 

Et comme l’industrie du livre s’articule avant tout sur le relationnel, ce dernier rime facilement avec alcool. De nombreux incidents sont survenus après un verre — ou après trop de verres. « Les collègues masculins exploitent le fait que notre secteur soit une industrie détendue », assure une répondante. 

 

Chose intéressante, deux responsables de maisons d’édition ont pris part à l’enquête pour faire état soit de mesures prises au sein de l’entreprise pour lutter activement, soit d’une politique stricte sur le sujet. Mais pour nombre de répondants, le problème est avant tout générationnel : des hommes d’âge mûr, ou au moins plus âgés, issus d’une « vieille école », ont conservé des attitudes et des comportements déplacés. Voire, les ont reproduits. 

 

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Pour les 51 % de répondants qui ont fait état de harcèlement ou de comportements prédateurs, seuls 36,8 % des femmes ont déclaré avoir porté plainte, et 29,9 % des hommes. Et principalement parce que les personnes ont peur, honte ou sente de l’embarras : une plainte pourrait avoir des conséquences directes sur leur emploi…

 

Dans le même temps, 66 % des répondants ignorent s’il existe des consignes claires émanant des RH pour ce type de situation. Parmi eux, certains assurent d’ailleurs qu’il n’en existe aucune. D’autres manifestent une réelle inquiétude quant au traitement des plaintes par leur hiérarchie. Et bien entendu, elles/ils sont nombreux à vouloir que cet état de fait change. 

 

On peut retrouver l’ensemble du compte-rendu à cette adresse.