Une fois de plus l'anonymat du net sert la diffamation

Clément Solym - 28.04.2010

Edition - Justice - commentaires - diffamer - protection


Orlando Figes a fait tout ce qu'il fallait, à l'envers pour faire tourner en bourrique les uns et les autres - son avocat, sa femme et Amazon y compris. Quoique le cybermarchand s'en fiche comme de sa première couche vendue - et pour cause - cette histoire de commentaires offensants lancés dans les colonnes de la boutique en ligne pose de sérieux problèmes à plusieurs éditorialistes.

D'abord, parce qu'en dépit du mouvement qu'elle crée, cela ne changera pas d'un iota la politique d'Amazon sur les commentaires que l'on peut publier concernant tel ou tel livre.

Ensuite, parce que cela souligne une fois de plus les limites de l'anonymat et les dégâts qu'il peut causer - en terme de notoriété, pour celui qui est frappé - ou encore pire, en termes de diffamation protégée, bien à l'abri face à son écran. Or, il est particulièrement aisé de fustiger, loin, si loin, derrière sa connexion internet.

Orlando a beau s'être excusé d'avoir fait croire que sa femme avait été à l'origine de ces commentaires désobligeants à l'égard de certains confrères, puis avoué qu'il en était l'auteur, cela n'enlève rien, estime-t-on en Angleterre, à un comportement outrancier. Et qui plus est, qui montre définitivement que la loi sur la diffamation dans le pays doit être profondément remaniée.

Car ce qui a bel et bien fait reculer notre historien spécialiste de la Russie, ce sont les menaces juridiques. On estime, selon des chiffres donnés par le ministère de la Justice que les attaques pour diffamation sont souvent arrêtées parce qu'en cas de défaite, le plaignant peut encaisser jusqu'à quatre fois le coût de ce que la procédure lui aura coûté.

Étranges similitudes avec ce monde de Staline, décrit comme un endroit où tout le monde avait peur de parler.

Pour Sir Geoffrey Bindman, avocat spécialisé dans les droits de l'homme, la limite entre protection de la liberté de parole et défense des innocents contre le mensonge et l'invasion de leur vie privée, dont la sécurité est tout à fait légitime, nécessite de trouver un équilibre, lequel est particulièrement complexe à définir.

Mais dans le cas d'Orlando, s'accuser d'avoir commis une erreur stupide est loin d'être suffisant... Et quelle responsabilité pour celui qui héberge alors des commentaires, dans le cas où ces derniers seraient plus virulents encore ?