Une gigantesque arnaque à l'ebook sur Amazon mise au jour

Antoine Oury - 29.09.2016

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Plusieurs éléments ont permis à Amazon d'asseoir sa domination sur le commerce du livre et le marché de l'autopublication : facilité et rapidité de publication, dynamisme des classements et un volume de titres impressionnant. Mais aucun système n'est infaillible : le site ZDNet révèle ainsi une vaste arnaque à l'ebook exécutée sur Amazon pendant 2 ans.

 

Throwing Money Away

(Tax Credits, CC BY 2.0)

 

 

Emma Moore, Nina Kelly, Andrew Walker, Julia Jackson... Des auteurs dont les livres, autopubliés sur Amazon, apparaissaient de temps à autre dans les tops des ventes du site de e-commerce. Leurs sujets ? Des guides pour vivre en autosuffisance, d'autres pour arrêter de procrastiner, ou encore pour fabriquer ses propres antibiotiques à base de plantes... Des ouvrages très variés donc, mais avec un point commun, être les éléments d'une vaste arnaque.

 

Si la couverture des livres avait tout de celle d'un ouvrage autopublié lambda, le contenu des ouvrages laissait généralement les lecteurs perplexes : bourrés de fautes d'orthographe et de grammaire, les livres semblaient écrits à la va-vite, et les informations peu fiables... 

 

Mais cela suffisait à l'entreprise montée par Valeriy Shershnyov, un ancien ingénieur propriétaite de la société Alteroxity, basée à Vancouver, qui propose des services de publication aux auteurs — lesquels incluent... l'achat de fausses critiques sur Amazon, que le site cherche justement à combattre. La société semblait toutefois agir dans la légalité, mais Shershnyov, selon ZDNet, aurait tiré plus de 3 millions $ de son arnaque sur Amazon. 

 

En effet, si les livres avaient tout de la supercherie, l'argent dépensé par les clients d'Amazon était, lui, bien réel, et l'arnaque mise en place par l'ingénieur profitait de toutes les failles de la plateforme de vente. D'abord, Shershnyov a inondé Amazon de centaines d'ebooks, écrit par des auteurs recrutés via des sites de missions ponctuelles, et mis en ligne avec des adresses mail différentes. C'est avec ces dizaines de comptes qu'il récupérait les revenus des ventes des ouvrages.

 

Restait à faire acheter les livres, ce qui n'était pas gagné au vu de leur qualité : pour susciter des achats, Shershnyov a dû commencer par générer de l'intérêt. Rien de plus simple : il a mis en place de faux comptes, pilotés de manière artificielle, pour acheter de manière artificielle les livres qu'il avait lui-même mis en ligne. 

 

Pas besoin de débourser un centime, dans certains cas : il suffisait de rendre le livre gratuit, comme sous le coup d'une promotion, puis d'en télécharger suffisamment pour faire passer le titre dans les fameux classements des meilleures ventes d'Amazon. Les clients peu soupçonneux faisaient alors confiance à l'effet de masse, et s'offraient le livre. L'usage de robot, explique ZDNet, était d'autant plus simple qu'Amazon ne vérifie pas les adresses email fournies par les nouveaux inscrits...

 

Plusieurs identités, un seul bénéficiaire

 

Évidemment, la plateforme n'est pas pour autant dénuée de modérateurs, et les ouvrages, voire les comptes associés avec ces derniers, étaient régulièrement fermés par Amazon : grâce à un savant système de VPN et autres proxys destinés à brouiller les pistes, Shershnyov ne s'inquiétait pas outre mesure et ouvrait d'autres comptes ou changeait les couvertures et les auteurs des ouvrages signalés à Amazon par des clients.

 

L'arnaque a été mise à jour par le MacKeeper Security Research Center : Shershnyov avait ouvert une base de données pour gérer l'ensemble des opérations — assez complexes —, mais en oubliant de la protéger par un mot de passe. Pour l'équipe du centre de recherche, l'accès aux dossiers du Shershnyov fut assez aisé. 

 

L'ironie, c'est que MacKeeper, à l'origine du Research Center, est une suite logicielle elle-même très critiquée pour ses méthodes pour le moins discutables en matière de marketing : son nom est généralement associé avec des outils particulièrement difficiles à désinstaller de ses machines, et plutôt inefficaces en matière de lutte contre les virus...

 

Quoi qu'il en soit, Shershnyov avait créé et stocké dans sa base de données près de 1450 livres numériques, qu'il vendait également en format papier. Les 11 comptes principaux utilisés par l'ancien ingénieur lui auraient ainsi permis de collecter 2,44 millions $ depuis juin 2015, et l'arnaque a probablement commencé plusieurs mois auparavant. Les ventes de livres papier, mises en place depuis mars 2016, auraient généré un peu plus de 83.000 $ sur la période.

 

« Tous les titres liés à cette affaire ont été supprimés, et nous étudions actuellement les options légales contre les auteurs », a laconiquement commenté un porte-parole d'Amazon, confirmant ainsi l'arnaque. Évidemment, depuis que ZDNet s'est intéressé à l'affaire, le site de la société de Shershnyov ainsi que ses comptes personnels sur différents réseaux sociaux ont été supprimés.

 

Comme le souligne ZDNet, si Shershnyov est responsable d'actes contraires aux conditions d'utilisation d'Amazon, il n'a enfreint avec aucune loi américaine, dans la mesure où l'écriture d'un livre sous pseudonyme, ou par un tiers, n'est pas interdite par la loi. Et heureusement. Mais, pour Amazon, c'est un véritable casse-tête, d'autant que Shershnyov a peut-être déjà relancé son système d'arnaque sous un autre faux nom...