Une heure avec Carl-Johan Vallgren

Clément Solym - 22.03.2011

Edition - Société - vallgreen - aventures - hercule


Il se cache derrière ses lunettes noires, parce qu’il ne dort que 4 heures par nuit. C’est le secret de son succès. Éteindre son téléphone, et écrire toujours. Pour la musique ou la littérature.

Derrière ses lunettes de rocker, se cache surtout un homme modeste, accessible, qui pourtant a vendu des milliers de livres, et bien au-delà de la frontière scandinave.


Comment vous est venue l’idée d’écrire « Les aventures fantastiques d’Hercule Barfuss » ?
J’avais envie d’écrire un grand roman d’amour, mais pour moi, tous les grands romans d’amour avaient été déjà écrits. La seule solution était de placer ce roman dans la période du Romantisme. Au début du XIXe siècle, tout est encore possible.

J’adore la littérature gothique, et je voulais éviter d’écrire un roman ancien. L’idée était de construire un roman gothique moderne.

Comment vous est venue l’idée de doter le personnage principal du don de télépathie ?
J’ai moi-même fait l’expérience de la télépathie ! Non, plus sérieusement, mon personnage était tellement handicapé à la naissance qu’il lui fallait, pour le sauver, un don. J’ai choisi celui-ci.

Vous décrivez une époque, qui malgré les progrès techniques, reste dans un entre-deux, entre avancée et archaïsme religieux. Pourquoi ce choix ?
La période après Napoléon était une période de paix. C’est une période qui m’a fortement intéressé, car elle correspond à une période d’amélioration du citoyen. La Vielle Europe et la Nouvelle Europe sont restées longtemps côte à côte. C’est une période de progression en somme.

Alors où, dans votre univers, se situe le souci de vraisemblance ?
Heureusement, en tant qu’écrivains, nous avons une certaine liberté. Nous ne sommes pas chercheurs. Tout est possible lorsqu’on écrit, mais comme c’était une période qui m’intéressait beaucoup, j’ai tout de même fait plusieurs recherches.

D’où vous vient ce goût pour ces choses fantastiques ?
Ça fait tellement que j’ai oublié ce qu’il y avait derrière. (Rires)

Le livre a eu un succès énorme dans mon pays natal. Les ventes ont explosé. Ce livre lui a donné du temps. Le temps de faire autre chose. C’est extrêmement précieux pour un écrivain le temps. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’on apprend un tas de choses avec la littérature. Avec ce livre, je me suis intéressé aux différences, handicap/normalité notamment. Qu’est-ce qu’être normal ? Qu’est-ce qu’être handicapé ? La question de la normalité dans le roman est essentielle.

Oui, je suis d’accord, on oublie au fil des pages que l’enfant dont on parlait au départ est si monstrueux…

Je pense que le handicap est un concept, un concept fasciste même. Lorsque l’on regarde de plus près le langage des signes par exemple, le concept de sourd et muet n’existe plus.

Pour Hercule, dans le roman, la musique a pensé ses plaies. « La musique est une manifestation abstraite du profond désir humain » dites-vous.

Je ne me souviens plus comment j’ai formulé mes phrases, mais ça avait l’air bien !
Oui, la musique est primordiale pour moi, j’ai du mal à éteindre la radio que j’ai dans la tête.

En Suède, vous êtes un musicien reconnu. En quoi diffère l’écriture de vos chansons et celle de vos textes ?
Je suis quelqu’un qui raconte des histoires. C’est l’histoire des idées qui m’indique avant tout comment il faut que je les représente.

Comment parvenez-vous à concilier toutes ces activités artistiques et intellectuelles ?
Il faut commencer par éteindre son téléphone, et je dors très peu. 4 heures sur 24. Regardez, je ne suis pas très frais !

Aujourd’hui, comment envisagez-vous le futur ? Un nouveau roman en perspective ?

Il s’agit d’un secret d’État !

Comment êtes-vous devenu écrivain ?

J’ai commencé à écrire de la poésie, mais heureusement, j’ai brûlé tous mes vers ! Ça aurait pu avoir une conséquence néfaste sur ma réputation ! J’ai compris après que j’étais meilleur pour la prose que pour la poésie. J’ai écrit mon premier roman très jeune, à 22 ans. Mon éditeur a accepté de publier ce manuscrit, car il pensait que je pouvais faire quelque chose de plus grand. Il y avait comme un souffle.

Est-ce qu’un jour, vous écrirez un roman policier ?
Non, il n’y aura pas de roman policier de ma plume ! C’est peut-être snob de ma part, mais je suis tellement idiot, que je ne comprends généralement pas la fin. Et lorsque l’on m’explique, je dis « non, ce n’est pas possible, ça ne peut pas être lui le coupable ! »

Vous êtes donc un anti-Stieg Larsson, mais pensez-vous qu’il y a une unité littéraire scandinave ?

C’est une question difficile. Peut-être y a-t-il un blues scandinave, une certaine mélancolie pour dénominateur commun. Sur le plan social, les 3 langues sont très proches, ce qui permet un échange plus riche.


Les aventures fantastiques d’Hercule Barfuss
, aux Editions JC. Lattès.