medias

Une histoire de migrants mexicains vire aux menaces contre des libraires

Clara Vincent - 30.01.2020

Edition - International - American Dirt controverse - Jeanine Cummins' book - Flatrion Books editeur


Depuis sa sortie en librairie le 21 janvier, le dernier livre de l’auteure américaine Jeanine Cummins sème le trouble, à grande échelle. Alors que l’auteure était invitée à venir présenter son livre en librairie, des menaces visant tant l’écrivaine que les établissements eux-mêmes ont conduit l’éditeur du livre, Flatrion Books, à annuler toutes les rencontres. 
 


American Dirt retrace l’histoire d’une Mexicaine contrainte à fuir son pays pour échapper à la violence des cartels qui y sévissent : elle entreprend alors de se réfugier avec son fils aux États-Unis. 

Dès sa sortie en librairie aux États-Unis, l’ouvrage a soulevé l’indignation de plusieurs écrivains latino-américains et d’autres membres de la communauté mexicaine. Ces derniers s’offusquent de la manière dont Jeanine Cummins décrit dans son livre l’expérience des réfugiés et l'accusent de s’emparer d’un tel sujet à des fins lucratives. 

« Le livre est largement et fortement vu comme une manière simpliste et mal informée d'exploiter le sujet. Il se trompe trop souvent en évoquant les traumatismes de migrants et puise dans la migration et la culture mexicaine de quoi verser dans le sensationnalisme », ont ainsi indiqué plusieurs écrivains, dont certains se sont réunis sous le hashtag #DignidadLiteraria, dans une lettre publiée sur Literay Hub.

Alors que l’auteure entamait une tournée pour présenter son livre dans une quarantaine de villes à travers le pays, ces accusations ont tourné aux menaces. L’éditeur d’American Dirt, Bob Miller, a ainsi préféré réviser le planning des rencontres... pour n'en faire aucune.
 

Pression contre les libraires


Avant même cette décision, plusieurs librairies ont attesté qu'elles avaient fait l’objet de pressions : des groupes, mal identifiés, leur intimaient d’annuler la venue de l’auteure. 

Ce fut le cas pour Valerie Koehler, propriétaire de Blue Willow Bookshop à Houston, qui a coupé court suite à des courriels et appels téléphoniques : on lui promettait un boycott du magasin et une protestation lors de la signature. À ses yeux, la virulence des propos était suffisamment importante pour l'inquiéter et estimer « qu’il valait mieux ne pas faire subir cela à nos clients », a-t-elle expliqué au New York Times

Les libraires de Left Bank Book envisageaient la dédicace comme l'opportunité d'ouvrir la discussion sur la situation des immigrés aux États-Unis. Mais ils ont finalement dû, eux aussi, se résigner... 

Dans un communiqué publié ce mercredi 29 janvier, Bob Miller, président de la maison d’édition Flatrion Books qui a publié le livre incriminé, indiquait ainsi : « Sur la base de menaces spécifiques contre les libraires et l’auteur, nous pensons qu’il existe un réel danger pour leur sécurité. »

En réponse au tollé provoqué depuis la sortie d'American Dirt, l'éditeur reconnait néanmoins dans sa déclaration avoir « commis de graves erreurs » dans la promotion du livre. Ajoutant que « la discussion autour de ce livre a révélé de profondes insuffisances dans la façon dont nous abordons, chez Flatiron Books, les problèmes de représentation, à la fois dans les livres que nous publions et dans les équipes qui y travaillent. »

A la place des rencontres en librairies, l’éditeur propose ainsi d’organiser des réunions-débats, invitant les contempteurs d’American Dirt à faire part de leurs objections. 
 

Le public peut avoir droit à la critique 


Si certains membres de la campagne #DignidadLiteraria soutiennent n'avoir « aucun besoin de [s]'entretenir avec Jeanine Cummins », d'autres ont cependant fait part de leur étonnement face à la tournure des choses. Comme l'écrivain Roberto Lovato, qui affirme dans un tweet n'avoir jamais souhaité que les rencontres autour d'American Dirt soient annulées.

« Nous encourageons la prise de parole et le débat », souligne-t-il, avant de préciser que leur combat vise moins le livre en tant que tel que « l'industrie qui censure les voix latino-américaines.» :
   
Même son de cloche du côté des associations défendant la liberté d’expression. Ainsi, le PEN America, depuis Twitter, réaffirme que ses membres « en tant qu’auteurs, [croient] en la nécessité d'un discours raisonné sur la différence »:
 

L’American Bookseller for Free Expression a également abondé en ce sens dans une déclaration diffusée ce mercredi. Elle s’oppose à « toute action visant expressément à annuler les évènements autour d'American Dirt ou tout autre titre », et plaide pour le droit des libraires « à gérer leurs magasins et de programmer des évènements comme bon leur semble, à la lumière de leurs communautés et du personnel ».

Heureusement cette situation n’a pas frappé tous les libraires depuis la sortie du livre. Lissa Muscatine, copropriétaire de Politics & Prose à Washington DC, a organisé un évènement avec Jeanine Cummins la semaine dernière : elle regrette de voir ses confrères embourbés dans une telle affaire. 

« Je suis vraiment affectée pour ces librairies qui sont sous la pression ont supprimé l'évènement – alors qu’elles tentaient d’accueillir le public pour l'engager dans une discussion plus large », a-t-elle témoigné auprès du quotidien new-yorkais. Et de rappeler : « Le public peut avoir le droit de critiquer l’auteur, et nos événements le permettent. » 


Via The New York Times


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.