Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Une histoire de piment, de sauce piquante et de thriller littéraire

Clément Solym - 06.03.2014

Edition - International - restaurant - sauce piquante - littérature


On ne le répétera jamais assez : la réalité qui dépasse la fiction, c'est d'un prosaïsme terrifiant. Pour Randy Wayne White, fiction et réalité se sont entremêlées au point de donner lieu à une savoureuse sauce épicée, qui a fini par déteindre dans le monde de sa fiction. À moins que ce ne soit l'inverse ? Son personnage, Marion ‘Doc' Ford, est un biologiste et consultant sur l'environnement marin, avec un passé troublé : il fut secrètement assassin pour le compte du gouvernement… Quel rapport avec les piments ?

 

 

 

 

White est un romancier, qui, à 63 ans, se qualifie volontiers de « gars chanceux ». Avec son dernier ouvrage, Bone Deep, sa saga de thrillers littéraires a pris une nouvelle orientation. En effet, on retrouve dans des restaurants, en Floride, ses livres, avec des chemises flanquées Doc Ford, mais également des chapeaux et… de la sauce pimentée, Doc Ford. Un produit entièrement naturel, importé de Colombie, qui « reflète la saveur tropicale de mes romans. Épicé, mais pas trop ».

 

Car, s'il est romancier, c'est bien à partir de la sauce piquante que son personnage l'a entraîné vers la restauration. Retour en 1999, alors que White écrivait, en Colombie, pour le compte du magazine Outside.

 

Il rencontre à cette époque deux producteurs de piment, qui se trouvaient en fâcheuse posture : leur culture avait été accidentellement pollinisée par un piment sauvage, ce qui signifiait la perte directe de leur plus gros client. Celui qui produit la sauce Tabasco. Quelques échanges s'ensuivent, et voilà qu'il propose aux deux associés de fabriquer leur propre produit. Et il investit 5000 $ dollars dans l'opération, alors que son compte en banque n'en comptait pas plus de 7000 $. 

 

Quelques mois plus tard, une cargaison de plusieurs milliers de bouteilles de sauce piquante débarque, mais la marge n'est que de 3 cents sur chacune. Difficile de faire fortune - et plus encore d'écouler le stock. Pourtant, après de nombreuses discussions, des investisseurs acceptent de la servir dans un restaurant, et pas n'importe lequel : le premier Doc Ford, ouvert en 2003, et qui découle bien entendu du personnage apparu en 1990, dans le premier livre, Sanibel Flats. 

 

Aujourd'hui, donc, la chaîne de restaurant Doc Ford propose cette sauce piquante. White ne s'occupe pas de la gestion des boutiques, car il se consacre aux livres et l'écriture. Et l'on compte, en Floride, trois établissements qui sont à l'effigie du personnage. White précise qu'il reste un « partenaire silencieux » dans cette entreprise.

 

Mais cette aventure gastronomico-littéraire, qui ne manque certainement pas de piquant, a donné un nouveau sens à l'idée de franchise littéraire…

 

 

 

(via USA Today)