Une médiathèque de La Courneuve attaquée à la voiture-bélier

Antoine Oury - 28.06.2018

Edition - Bibliothèques - médiathèque La Courneuve - La Courneuve voiture bélier - attentat bibliothèque


Dans la nuit du 26 au 27 juin, la médiathèque John Lennon de La Courneuve a été la cible d'un incendie criminel provoqué par une voiture, jetée dans la devanture de l'établissement. Les dégâts, importants, ont conduit à la fermeture de l'établissement. Un rassemblement citoyen sera organisé ce soir, jeudi 28 juin, devant la médiathèque. Tous les équipements du réseau seront fermés à cette occasion, en signe de solidarité.


Devant la médiathèque John Lennon, dans la nuit du 26 au 27 juin (© Plaine Commune)


 

La médiathèque John Lennon, située dans la Cité des 4000 de La Courneuve, a été la cible de cette attaque à la voiture-bélier vers 1h du matin, dans la nuit de mardi à mercredi. Aucun blessé n'est à déplorer, mais l'incendie provoqué par le véhicule a détruit 250 mètres carrés de locaux, ont précisé les services municipaux. Une enquête a bien sûr été ouverte.

 

Dans un message, le maire communiste de la ville, Gilles Poux, a dénoncé l'acte, commis par « des individus sans scrupule ». « Je condamne avec la plus grande fermeté cet acte scandaleux et crapuleux. J’apporte toute ma solidarité aux personnels de Plaine Commune qui ont vu leur lieu de travail saccagé ainsi qu’aux usagers », indique l'élu.

 

« Dans ce quartier où nous conduisons depuis tant d’années un important travail pour favoriser une plus grande qualité de vie, le vivre-ensemble, et ce en lien avec le monde associatif, nous ne baisserons pas les bras face à ce type d’actes odieux », poursuit Gilles Poux.

 

Bibliothèques incendiées : “Il faut interroger l'acte,
lui accorder un intérêt politique”

 

Le maire appelle ainsi à un rassemblement citoyen devant la médiathèque, ce jeudi 28 juin à 18 heures, en présence de Patrick Braouezec, président de l'intercommunalité de Plaine Commune. « Non, quelques individus violents n’imposeront pas leur loi à l’immense majorité des Courneuviennes et des Courneuviens. Notre ville continuera à investir dans des équipements publics de proximité et à mener des politiques soucieuses de répondre aux besoins et aux attentes de la population », termine-t-il.
 

Mise à jour 11h02 :


L'Association des Bibliothécaires de France (ABF) a diffusé le message suivant :
 

La médiathèque John Lennon, située dans la cité des 4000 à La Courneuve, a été victime d'un incendie volontaire dans la nuit du 26 au 27 juin 2018. L'ABF dénonce cette nouvelle attaque à un service public culturel de proximité, libre d'accès et ouverte à tous les publics. L'ABF adresse un message de solidarité à tous les collègues de La Courneuve et se tient à leur disposition pour tout aide que nous pourrions apporter.



 


Commentaires

Accoler les mots vérité et vraie est suffisamment parlant me semble-t-il.



Quant aux causes principales, j'y vois un brûlant cocktail de sentiments individuels, familiaux et communautaires d'humiliation, d'injustice, d'irrespect, de discrimination, de ségrégation et d'abandon qui se mélange de façon anarchique pour faire des bombes incendiaires.



Une solution parmi tant d'autres : faire en sorte que ces gosses meurtris, revanchards et prêts à en découdre voient que nous sommes fiers d'eux. Ils donneront alors le meilleur d'eux-même pour se hisser à la hauteur de cette fierté qui est pour eux gage de reconnaissance, d'existence et d'avenir. L'estime de soi (individuelle et communautaire) et le sens de l'intérêt collectif sont au coeur de l'enjeu. Le service civique me semble à ce titre une idée intéressante s'il est rémunéré et débouche sur une formation pro ou un emploi.
je dirais qu'une chose : "Là où l’on brûle les livres, on finit aussi par brûler des hommes" Heinrich Heine
De là d'où je suis posté, sentinelle désoeuvrée accrochée au balcon -très haut dans une tour qui domine Paris et la grande couronne-, à la nuit tombée je guette les feux de bengale qui chaque soir s'allument à l'horizon tout autour du périph. La rumeur enfle, les cris d'ivresse déchirent le ciel, des bandes anarchiques et violentes font vrombir les moteurs gonflés à bloc de leurs scooters débridés. Trois, quatre rafales de kazakh saluent l'exploit. Les boulevards sont livrée aux pilleurs et aux anarchistes. Alors je tire sur mon mégot, moi l'ancien anar nihiliste, je me gratte la mâchoire et je lève les yeux au ciel : La voie lactée immuable et tranquille ne semble pas prêter attention aux accès de fièvre d'une jeunesse aux abois. Odeur de napalm au crépuscule. et rebelote.
Les incendiaires, de mon point de vue, sont loin d'être des sots. Pour mettre le feu, il faut avoir dépassé un certain seuil de normalisation, de peur de l'autorité, de défiance, qui dénote, de fait, des aptitudes particulières à la résistance. La révolte contre le sentiment d'humiliation et d'injustice est un acte sain et courageux. C'est la normalisation et le zèle qui sont des choses lâches, idiotes et malsaines. Ces "jeunes" qui mettent le feu ont un potentiel intellectuel et moral fort. Il faut les mettre en valeur pour des choses positives et les citer plus tard en exemple quand ils auront transformé leur révolte en savoir et en transmission grâce à l'écoute particulière qu'ont aura bien voulu leur accorder (formation, accès aux études, travail digne de ce nom...). Ils deviendront alors les leaders des masses accaparées par le sort et soumises au dictat de nos lois "bienveillantes", discriminantes et ségrégationnistes.
Bonjour Koinsky, c'est tout à fait paradoxal ce que vous proposez: les auteurs du délit détruisent les moyens d'intégration de la collectivité, vous leur pardonnez, vous les valorisez pour leur "courage" puis vous espérez les intégrer (formation, accès aux études, travail digne de ce nom). Pourtant vous disiez vous même que normaliser est lâche et malsain.



Vous le feriez peut-être, reconstruire ce qu'ils viennent de détruire, avec votre force ou avec leur aide. Vous réimprimerez les livres brûlés, vous reposerez chaque parpaing fendu par les flammes. Peut-être vous porteriez vous garant de leur comportement en nom propre, si vous les connaissiez. Moi je vous trouve bien naïf, car ceux que vous valoriserez pour avoir brûlé, détruit, au risque de tuer, n'auront en fin de compte pas de pitié pour vous. La révolte est naturelle, c'est vrai. Mais pouvez-vous nous dire clairement que vous trouvez "sain et courageux" de déclencher un incendie criminel ? En toute logique, seriez-vous prêt à être la victime de vos propos ?



A moins d'un malentendu, ce que vous proposez est proche de la solution que souhaite la communauté : il est bien question de valoriser le comportement les gens pour qu'ils prennent part active dans la société, mais avant qu'ils ne commettent un crime. Il ne s'agit pas de valoriser les comportements dangereux ou destructeurs.



Et je confirme mon opinion que détruire l'objet de sa convoitise est une bêtise, un dérapage, voire un abandon. Si ce n'est par bêtise, je ne crois pas que les auteurs de telles destructions ne nourrissent d'autre ambition que remettre à plat l'échelle des valeurs, et de dominer dans un nouvel ordre établi, ne serait-ce que localement. C'est un fait commun et reconnu dans l'histoire de l'humanité. Les humains sont nombreux à chercher la valeur de leur existence dans le pouvoir.



Ils ont probablement brûlé ce film là : "la violence entraîne la peur, la peur entraine la haine, et la haine mène à la destruction."

Ironique non ?
"la violence entraîne la peur, la peur entraine la haine, et la haine mène à la destruction." dites-vous, mais qu'est-ce qui entraîne la violence ? Nos sociétés policées et bien-pensantes sont d'une violence inouïe pour quantité de gens. Cette violence sourde et molle, chaque jour distillée par des médias uniformes, le copinage, l'entre-soit, la corruption silencieuse et complice des élites, la cupidité des patrons de grandes entreprises, la préservation des intérêts particuliers et claniques, les postes réservés entre fonctionnaires, les parachutes dorés, j'en passe et des meilleures... bref cette violence omniprésente génère une haine insidieuse et profonde qui pousse le désespoir et la rancoeur à inflammer tout ce qui ressemble à un symbole de valeur collective. Je n'excuse rien. De mon balcon où l'amer monte par vagues irrésolues, je ne fais que noter l'accélération de l'altération de notre vieux monde et sa précipitation vers le chaos. En marche forcée vers le chaos, mèche au vent... l'argent est le paquet de nerfs de la guerre : il frétille pour quelque-uns et excite tous les autres.
Bonjour Koinsky,



Vous posez de nouveau la question "Qu'est ce qui entraîne la violence ?"

Vous et moi avons déjà répondu à cette question sur les raisons de cette violence dans nos précédent post, au moment où vous demandiez "dites-moi pourquoi, vous qui êtes professionnels ?".



Brûler une bibliothèque est un acte violent. Fournir un parachute doré à un président de la République sortant, aussi injuste que cela puisse paraître, n'est pas un acte violent. Vous dites que notre société est d'une "violence inouïe". N'exagèreriez-vous pas un peu ? Prendre un obus sur son immeuble est une violence inouïe, dans tous les sens du terme. Perdre son emploi ou échouer à un examen désiré est une souffrance.



Ce que vous appelez "violence sourde", c'est de la souffrance. Nous souffrons que, dans nos conceptions inégalitaires et hiérarchisées, le moindre petit pouvoir fasse l'objet de convoitise, c'est vrai. La violence est une des réponses naturelles à la souffrance. Mais il y a aussi des réponses plus modérées et plus constructives. Je suis intimement persuadé que la violence est contre productive pour résoudre ces problèmes. Moi aussi je veux changer la société, mais pas comme les incendiaires en mettant en péril des personnes ou en détruisant les biens qu'ils ont mis en partage. Il est vrai que je souffre probablement moins, et que je ne me laisse pas submerger par la violence.





Vous faites la prophétie d'une guerre civile. Vous dites ne pas cautionner ces actes de violence. Je vous soupçonne pourtant d'attendre que la violence s'abattre sur la "normalité" (que vous qualifiez de lâcheté dans un précédent message) dans une inversion de la justice.



Qu'est ce que la normalité selon vous ? Est-ce le fait d'être intégré ? Par conséquent, pensez-vous vraiment que tous les gens bien intégrés soient lâches ?



Vous n'avez toujours pas commenté les paradoxes que je soulève de vos précédents messages, je suis déçu. Est ce à dire que je ne me suis pas trompé ?



Par ailleurs, s'il s'avère que vous avez raison au sujet d'un chaos qui se prépare, comptez-vous juste regarder les gens se déchirer ou bien aiderez-vous à apaiser le conflit ?



Merci de vos remarques toujours intéressantes. A bientôt,
J'ai peur hélas que les traumas soient trop profondément ancrés pour être traités par des formules politiques placebo, quelques terrains de foot et médiathèques "flambant neuf", un peu de pommade et quelques livres poussiéreux...
Oui, en cela vous avez bien raison.

Bonne continuation,

Philippe
Tant que nous nous parlons, nous n'utilisons pas les armes, alors faisons en sorte de leur parler pour qu'ils nous répondent et inversement. Bâtir des ponts entre les êtres est l'antidote à la guerre. Amen.
On s'indigne, on monte sur ses grands chevaux, d'accord, mais a-t'on seulement demandé aux jeunes du quartier (puisque c'est bien eux qui sont désignés d'office comme coupables, n'est-ce pas ?) pourquoi, d'après eux, un tel acte a été commis... Qu'est-ce qu'ils en pensent, eux, les principaux intéressés ? Il est manifestement plus aisé d'asséner ses vérités que de questionner le réel, eh oui ça risquerait de remettre en cause nos belles et confortables certitudes...
Que voulez-vous dire? Ils ne sont pas responsables?
Qui : Les jeunes ou les politiques ?

Si vous parlez des jeunes, c'est que vous n'avez pas bien lu mon com. Je n'excuse rien, je constate. Ensuite, je réfléchis aux causes qui ont entraîné ces actes, sinon on ne fait que traiter les effets et on ne résout rien, on participe même par ce déni (ou cette paresse morale) à accentuer les exacerbations et à réveiller les traumas.

Les actes ne sont que la conséquences visibles des traitements qu'ils entraînent. Frappez un chien, devant vous il se soumettra, dans votre dos il vous mordra à la jugulaire et ne lâchera plus son étreinte avant que ayez rendu l'âme.

J'aime regarder les choses en face, les étudier sous tous les angles avant d'en juger, et même là je suis conscient de n'avoir accès qu'à une partie des choses...
Bonjour,



Bien sûr que nous voulons connaître les causes. Mais vous semblez reprocher que nous exprimions notre colère face à une poignée d'individus qui ruinent tant d'efforts et de moyens. C'est très grave de détruire une médiathèque, mais c'est aussi très facile. Des dizaines de raisons peuvent conduire des individus à détruire les biens, la culture et l'identité d'autres individus. Aucune n'est justifiable ni réparable. Toutes ne pourrons être évitées. Face à cette évidence, nous ne pouvons qu'être indignés et courageux.



Et puis votre exemple avec le chien est vraiment mauvais.

Respectueusement,

Philippe
Je n'avais pas le temps de répondre depuis ce matin, mais M. Koinsky, votre message est affligeant de cynisme. Vous semblez facilement regarder de votre fenêtre et juger, mais pour le reste...? En lisant votre 1er post, c'est tout juste si ce qui a été fait n'est pas excusable pour des raisons que vous prenez bien soins de taire!

Etes vous complètement à côté de la réalité, pour minimiser le fait que l'on vandalise une bibliothèque dans un quartier de ce type?

Soyez assuré, je sais lire, je suis bibliothécaire.
J'essaye juste de comprendre pourquoi des jeunes voudraient détruire d'une façon "spectaculairement violente" un lieu destiné à les émanciper et à leur apporter du plaisir. Je vous pose la question à vous, professionnels : Pourquoi ? Moi, en tant que badaud et chômeur de longue durée, passé par les fourches caudines de l'hôpital psychiatrique, breloque qui se penche par la fenêtre pour jouir du pestacle du monde, comme vous dite (avec un certain mépris me semble-t-il), et qui tire sur son mégot reconstitué en comptant les heures, j'y vois une sorte de punk attitude. Et si je me souviens bien, le slogan de la punk attitude c'était "no futur". Je crois que c'est notre société égocentrée et cynique qui est la mèche qui mène au bâton de dynamite. C'est tout ce que je dis.
La bonne volonté ne suffit pas. Elle peut même être contre-productive car considérée comme un affront, une insulte, une humiliation, surtout quand ça fait des générations que ça dure. Ca me fait penser aux séminaristes qui allaient évangéliser le monde : Comment pensez-vous que l'ont pris les autoctones quand ils ont vu débarquer ces donneurs de leçons perclus de dogmes et de vérités vraies...
Je comprends mieux votre état d'esprit grâce à vos précisions, Koinsky. C'est un débat intéressant. Je suis d'accord avec vous sur le fait que la société exerce une pression difficile a supporter pour partie de la population, mais quoi qu'il en soit, une résistance me semble nécessaire face à ces agressions car elle ira dans le sens de l'intérêt général. J'émettrais même le jugement suivant : ces agressions ne sont pas légitimes. Par ailleurs je crois qu'il faut considérer le service rendu par une médiathèque comme une source de découverte, pas comme un lieu qui cultive le dogmatisme. De gros efforts sont fait par les professionnels pour ouvrir toujours plus l'horizon culturel mis à disposition de tous. On peut y trouver un moyen d'émancipation quand on consulte, et un lieu d'expression quand on publie. La violence et la destruction n'y sont pas utiles, car elles réduisent à néant tout échange et tout espoir de tolérance. Au contraire, la violence mise en oeuvre pour détruire la culture alimente un désir de répression, ce qui est exactement l'inverse de l'effet initialement recherché par agresseurs et agressés d'être plus libres. C'est pourquoi nous observons dans les médias mais surtout auprès des agressés l'indignation, le courage et le désir de reconstruction. A grands frais car c'est un grand gâchis.

Mon métier est de prendre soin des livres anciens, je travaille dans une bibliothèque patrimoniale qui conserve plusieurs centaines de milliers de livres imprimés du XVIe siècle à nos jours, de toutes provenances géographiques. Tous les jours je suis confronté, par la lecture d'extraits, à des pensées qui heurtent les miennes. Bien que je ne sois pas d'accord avec la plupart des propos que je découvre, ils me forcent à la réflexion. Je recommande à tous, quel qu'en soit la façon, de se confronter aux plus d'idées possibles. C'est un des moyens les plus efficaces pour qu'en germent de nouvelles. Évidemment nous pourrions répondre que tout cela ne sert à rien, puisqu'il suffit d'y mettre le feu pour tout effacer. Mais en fin de compte, c'est une question de choix : actuellement dans notre société, je suis heureux de voir que le choix va globalement en faveur des échanges culturels. Haine et destruction nous rendent sourds et aveugles. Gardons-nous en.

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