Une partie des actionnaires de Pearson réclame une nouvelle stratégie

Antoine Oury - 08.03.2016

Edition - Les maisons - Pearson éditeur - Pearson plan social - Pearson édition


Une partie des actionnaires du groupe britannique Pearson a adressé un courrier au conseil d'administration pour réclamer la mise en place d'une évaluation stratégique dans les 6 prochains mois. À l'origine de ce mouvement de défiance, une baisse du prix des actions du groupe, évaluées à 40 % en 7 mois, due, selon ces actionnaires, à « une crise de confiance provoquée par une stratégie commerciale confuse ». Rappelons que le groupe a annoncé un vaste plan social en début d'année.

 

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(keso s, CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

Le camp des septiques vis-à-vis de la stratégie actuelle du groupe rassemble 193.000 actions avec droit de vote, et est soutenu par le Chicago Teacher's Pension Fund, TU Fund Manager et Unison, le plus grand syndicat britannique du service public. Par l'intermédiaire des fonds de pension, ces actionnaires ont investi dans Pearson, et ne sont visiblement pas satisfaits des choix stratégiques effectués dernièrement.

 

D'après les actionnaires mécontents, les décisions stratégiques prises ces derniers mois reviendraient à « miser » avec les pensions des cotisants. La résolution qu'ils déposent avec leur courrier est la suivante : « Que le conseil d'administration de Pearson mette immédiatement en œuvre une évaluation approfondie de la stratégie commerciale de Pearson, y compris ses investissements dans les tests à grands enjeux [high-stakes testing, examen "quitte ou double" aux États-Unis, NdR] et dans les écoles privées aux frais d'inscription réduits, et à en rendre compte aux actionnaires sous six mois. »

 

Cette résolution devra évidemment être adoptée par la majorité des actionnaires. 

 

Dave Prentis, secrétaire général d'Unison, explique que la société « ne s'est pas adaptée aux mutations du marché de l'éducation aux États-Unis, où elle réalise 60 % de son chiffre d'affaires ». Les investissements dans les tests à grands enjeux sont particulièrement critiqués sur le plan politique : ces examens, en cas de réussite, permettent l'entrée dans des écoles ou l'obtention d'un diplôme, mais, en cas d'échec, sanctionnent lourdement le candidat en freinant considérablement son cursus.

 

Les professeurs ayant investi dans Pearson sont particulièrement remontés contre ce type d'examens et les investissements que Pearson effectue dans ce secteur. Cette méthode « heurte les enfants et les professions pédagogiques, tout en conduisant à une "politique de l'examen" dans les écoles », souligne Kevin Courtney du Syndicat National des Professeurs, qui fait partie de TU Fund Manager. 

 

Les suppressions de poste annoncées en début d'année, qui concernent 10 % de l'effectif total de Pearson (soit 4000 emplois), sont également très critiquées. D'autant plus que le groupe annonçait un résultat positif au même moment, avec des bénéfices à hauteur de 720 millions £ pour l'année 2015. La France est d'ailleurs concernée par ce plan social, mais la filiale française de Pearson a refusé de nous donner plus de précisions.

 

Un porte-parole de Pearson a expliqué que les fameux examens ne représentaient que 10 % de ses revenus, et a affirmé que le cours des actions était en hausse de 20 % depuis l'annonce du plan social.

 

(via The Bookseller)