Une pétition réclame l'interdiction de “Marie-toi et sois soumise”

Antoine Oury - 24.12.2015

Edition - Les maisons - Marie-toi et sois soumise - Costanza Miriano - éditions du Centurion


En Italie, le livre Marie-toi et sois soumise (Sposati e sii sottomessa) a été publié en 2011, et s'est rapidement imposé comme un best-seller : la journaliste Costanza Miriano y développait une vision bien personnelle de la femme. Elle y expliquait « que le rôle de la femme est de se montrer aussi bonne et belle que possible à l'homme. Lui renvoyer une image positive, lui dire à quel point il est important, et lui permettre de s'impliquer au mieux dans la construction d'une famille et l'éducation des enfants. » Une pétition réclame l'interdiction du livre et de sa suite, publiés en France par les Éditions du Centurion.

 

Costanza Miriano

lafiguradelpadre Congreso, CC BY 2.0

 

 

La pétition a été mise en ligne il y a deux semaines, et elle est adressée à la Secrétaire d’État chargée des Droits des Femmes, Pascale Boistard, sous le titre « Pour l'interdiction de la vente des livres de Costanza Miriano ! » Signé par près de 17.000 personnes à la date de publication de cet article, le texte dénonce « l'apologie de la soumission de la femme ainsi que d'un patriarcat archaïque » que ferait la journaliste, qualifiée de « journaliste catholique intégriste ». 

 

Parce qu'au XXIème siècle il n'est pas tolérable que de tels écrits puissent paraître demandons à Pascale Boistard, secrétaire d’Etat chargée des Droits des Femmes, d'exiger le retrait de la vente ! Ces écrits, totalement réactionnaires, contreviennent gravement à l'égalité des droits et menacent toutes les femmes et les identités plurielles.

 

Il n'y a pas de petite atteinte aux droits des femmes, toutes sont graves à l'heure ou les patriarcats de toutes sortes menacent de refaire surface contre la libre disposition de nos corps, contre notre liberté sexuelle, contre nos identités plurielles soyons mobilisé-e-s, toutes et tous !

 

Sollicité par ActuaLitté, Hervé Beligné, directeur des Éditions du Centurion, explique que « ce qui nous a poussé à publier ces livres, ce sont leur côté humoristique, qui n'est pas du tout mis en avant dans la pétition : l'auteure a vraiment de l'humour, et des discussions avec des journalistes du magazine Causette les ont amenées à reconnaître que le livre était vraiment amusant », explique-t-il.

 

« L'autre élément qui m'a incité à publier ces livres, c'est la vision un peu à part qu'ils proposent, qui offre un regard complémentaire sur ce qui peut être proposé actuellement sur ce sujet », poursuit l'éditeur. « Aujourd'hui, quand je prends le train, je trouve dans les Relay au moins 5 livres de poche pornos ou érotiques où la question de la soumission de la femme est centrale, et toute cette littérature de gare me semble être une attaque pour les femmes. Là, au contraire, on évoque la femme qui porte la vie, le sens, l'âme du monde. »

 

D'après Hervé Beligné, il y a « méprise totale » de ceux qui ont lancé la pétition, « qui, je pense, n'ont pas eu le livre entre les mains », explique-t-il. Les deux ouvrages sont disponibles depuis le 19 novembre dernier, et ont été vendus à 5000 exemplaires, les deux titres confondus, un « modeste succès ». Dans la foulée des ventes en Italie, Costanza Miriano avait signé une suite, destinée aux hommes et intitulée Épouse-la et meurt pour elle (Sposala e muori per lei).

 

 

 

La question de la soumission, dans les ouvrages, « va plus loin que la femme-objet », souligne Hervé Beligné : « Les trois produits présentés au BHV, c'est bien prendre les femmes pour des connes », estime l'éditeur en référence aux produits ménagers qualifiés de sexistes vendus par l'enseigne. « Mais là, Costanza Miriano ne veut pas assimiler la femme à un homme, à un objet, ou à une imbécile : nous avons affaire à deux livres de 300 pages chacun, développés. Nous ne sommes pas dans l'article un peu miteux, nous avons affaire à une journaliste à l'itinéraire singulier », termine Hervé Beligné.

 

En Espagne, comme le rappelle la pétition, la ministre de la Santé Ana Mato avait demandé le retrait de l'ouvrage, qu'elle jugeait « irrespectueux » envers les femmes. L'archevêché de Grenade, qui publiait la traduction de l'ouvrage, avait répondu que « ni cette oeuvre ni aucune de [s]es déclarations n'ont jamais justifié ou excusé, et encore moins encouragé, un acte de violence envers la femme », avant d'assurer que « la législation qui libéralise l'avortement » était elle un acte de violence...

 

Costanza Miriano travaille actuellement pour Rai Vaticano, la chaîne officielle du Vatican, et a auparavant officié pour TG3, le journal télévisé de la chaîne Rai.

 

Pascale Boistard, la Secrétaire d’État chargée des Droits des Femmes, n'a visiblement pas encore réagi à la pétition, qu'il est possible de retrouver sur le site Change.org