Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Une place en bibliothèque, même pour les livres d'extrémistes

Nicolas Gary - 01.08.2013

Edition - International - islamistes - extrémistes - musulman


Où commence la liberté d'expression, où s'arrête l'indulgence ? Pour le conseil de Greenwich, ville située dans la banlieue de Londres, il a fallu trancher. Et pas vraiment à la serpette. En effet, le prédicateur islamiste radical Zakir Naik avait été interdit de séjour dans la bibliothèque - tout du moins, ses ouvrages. La faute à des déclarations controversées sur les femmes, les juifs et le terrorisme...

 

 

muslim protest

derek7272, CC BY 2.0

 

 

Dans un de ses ouvrages, Naik explique qu'il est « fier d'être un fondamentaliste », et ajoute un peu plus loin : « Chaque musulman devrait être un terroriste. Le terroriste est quelqu'un qui répand la terreur et la peur. » Pas vraiment très tolérant comme état d'esprit. Or, si le bonhomme est interdit de séjour sur le territoire britannique, ses livres  sont pourtant bel et bien disponibles dans l'établissement. 

 

Le Conseil de Greenwich s'est ainsi retrouvé pour discuter de la pertinence et de la licéité des livres dans la bibliothèque. « Nous ne sommes pas au courant d'une liste de livres qui auraient été sanctionnés par le ministre de l'Intérieur », explique un porte-parole. En outre, Mein Kampf, d'Adolf Hitler a été publiquement accessible sur les étagères des bibliothèques de Grande-Bretagne durant des décennies - et surtout, il est possible pour tout citoyen de la Courronne de se le procurer.

 

Pourquoi, et comment justifier l'interdiction des livres du bon Dr Naik ? Si ses déclarations l'ont conduit à être persona non grata, un juge ayant estimé que sa présence n'était pas propice au bien public, ses livres restent des ouvrages qu'il faut pouvoir donner à lire. Fut-ce pour que le bon et le mauvais exemples soient intégrés. 

 

« Le type de mode de pensée qu'il préconise n'est tout bonnement pas intelligent, ni correct pour la cohésion de la société. C'est inexact et sectaire », embraye Usama Hasan, ancien extrémiste qui lutte aujourd'hui contre ce comportement, au travers du think tank Quilliam. D'une part, les commentaires de Naik sont violemment antisémites, d'autre part, ses prises de position desservent la communauté musulmane.

 

Usama Hasan compte parmi les détracteurs qui auraient voulu voir les ouvrages disparaître de la bibliothèque : pour lui, les commentaires de Naik sont désobligeants vis-à-vis des véritables musulmans, et en mesure de fortement contrarier les organisations du culte. 

 

Reste que pour l'heure, les livres du docteur sont toujours en libre accès.

 

via The Telegraph