Une rentrée littéraire à l'image de l'année 2020 : 30 % de romans en moins

Nicolas Gary - 20.08.2020

Edition - Economie - rentrée littéraire 2020 - production romans France - coronavirus 2020 édition


La voici, toute de pages, de numérique ou de fichiers audio : superbe d’atours, la rentrée littéraire, ce mal français que personne ne comprend. Et dont on en vient à se demander si, vraiment, elle est jalousée au-delà de la grande couronne francilienne. Un afflux de livres… enfin, presque.



La littérature, dans son ensemble, pesait pour 22,5 % des 2,670 milliards € de chiffre d’affaires des éditeurs sur 2018, d’après le Syndicat national de l’édition. D’une part, ces données intègrent le format poche, d’autre part, les éléments pour 2019 ne sont toujours pas connus. 

La réalité est que cette rentrée littéraire cache une forêt d’interrogations. 
 

Plongée dans les chiffres


En l’absence d’une base de données totale, globale et fiable, il faut jongler : d’un côté, GfK annonce 11.549 ouvrages de fiction moderne en littérature générale sur 2019. Une classification qui intègre romans contemporains, policiers, fantasy, SF, fantastiques, historiques, sentimentaux, érotiques, régionaux ainsi que contes & légendes.

La base Electre, pour sa part, totalise près de 22.000 en fiction — mais qui intègre également des essais littéraires, ou encore la fiction jeunesse et autres. En procédant à quelques filtrages, ont peut resserrer un brin la comptabilité.

En restreignant aux seuls romans, on tombe sur 7300 ouvrages — avec les littératures de genre (polar, SF, romance, terroir, et ainsi de suite).

Si l’on prolonge l’expérience, en restreignant à ce qui pourrait s’apparenter le plus à de la seule littérature blanche (hors genre, donc), on trouve 4900 ouvrages, français et étrangers. L’année passée, 524 livres de la rentrée littéraire étaient annoncés – ActuaLitté avait en réalité découvert qu’on n’en recensait que 481.

Grosso modo, 10 % de la production sort sur une période de 2 mois et quelques — fin août jusqu’à fin octobre. Sauf qu’en fouillant un peu plus, on dénombre 1430 romans sortis en 2019, entre le 1er août et le 31 octobre. Soit presque 34 % de tous les romans publiés. Pas pareil.
 

2020 : dernier contact


Allez, même exercice sur 2020. Le magazine Livres Hebdo a annoncé 511 nouveautés — dont on pourrait d’ores et déjà exclure les 103 essais littéraires, qui n’ont que peu à voir avec une rentrée littéraire logiquement centrée sur les romans. Mais nous y reviendrons.

Le calcul sur l’année 2020, du 1er janvier au 31 décembre, est réalisable, bien que tronqué. En effet, tous les éditeurs n’ont pas forcément déjà référencé leurs publications des mois de novembre et décembre. Le nombre de livres prend en compte les parus et annoncés en parution.

Au global, pour 2020, devraient sortir 5000 romans. En filtrant, on aboutit à 3200 titres de littérature blanche prévus sur l’ensemble de l’année. Et sur la période de rentrée littéraire, du 1er août au 31 octobre, ce sont 980 romans, soit 30,4 % de la production “blanche”.
 

Dites “33” : “32” 


Premier constat, avec plus de deux mois et demi sans publication, l’édition française publierait donc 2300 romans de moins. Avec certainement des titres qui seront décalés sur 2021 — un pourcentage qui reste difficile à évaluer toutefois. 

Il faudra évidemment attendre janvier de l’an prochain pour confirmer ces tendances, parce que le dernier trimestre n’est pas totalement fiable. À date, et en vertu des réserves nécessaires qui sont à conférer, on peut estimer que la production afficherait une baisse autour de 32 % dans le secteur romanesque, entre 2019 et 2020.

Et le même delta se retrouve entre août et octobre de cette année, contre l'an passé : une diminution autour de 32 %.

On comprend mieux la certaine obligation pour les éditeurs de maintenir un volume de parution pour la rentrée littéraire. D'ores et déjà, l'année 2020 enregistrera une baisse entre 25 et 30 % en termes de nombre de romans. Personne ne pouvait ainsi assécher sa rentrée, au risque de passer à 40 % de déficit...

Car, surtout, il semble inenvisageable que 2300 romans sortent entre octobre et fin décembre, pour rattraper le nombre de références de l’année dernière. Sauf à souhaiter que les libraires ne troquent leur casquette pour un Gilet jaune...
 
 
Dossier - Les romans de la rentrée littéraire : 2020, l'année inédite


photo d'illustration : Jaworski  CC 0


Commentaires
Sacré travail de compilation. Comme le secteur de la vente de livres est quasi soviétique au point de vue du prix, si on allait plus loin avec un organisme d’état qui centraliserait le dépôt légal et publierait la statistique officielle des parutions? J’ai connu les outils libraire de la Bibliographie de la France qui étaient ainsi avant l’informatique et la création d’Electre.

Avouez qu’au temps de l’informatique votre article prouve qu’on a toujours du mal à s’y retrouver, en tous cas merci ActuaLitté au moment où Livres Hebdo change sa présentation et son site pour les non-abonnés comme moi est encore moins consultable.
Entendu, on peut estimer une légère marge d'erreur dans les calculs, après tout, une base de données est évolutive, mais grosso modo, cela donne une vision assez nette.

Ce que je ne comprends pas, c'est que Livres Hebdo travaille avec la même base, et forcément, a le même accès à ces données : pourquoi balancer 511 nouveautés comme chiffre, si la réalité est toute autre ?
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