Une séance de dédicaces en Chine : la liberté de parole reste à l'entrée

Antoine Oury - 16.01.2013

Edition - International - Li Chengpeng - agression - séance de dédicace


La vie d'auteur n'a rien d'une sinécure, mais rencontrer ses lecteurs fait indéniablement partie des petits privilèges du métier, définitivement irremplaçables. Le chinois Li Chengpeng comptait en profiter, à l'occasion d'une séance de dédicaces de son dernier livre, The World All Knows (Le monde entier sait), recueil d'articles polémiques. 

 

 

 Fenced in

mark242, CC BY-NC-SA 2.0

 

 

Dès son arrivée à la librairie Chengdu Wenxuan, ce 12 janvier à 13 heures, difficile de ne pas noter une anomalie dans l'apparence de l'écrivain chinois : affublé d'un masque noir, l'auteur montre ouvertement que sa liberté d'expression est baillonnée. La veille, sur son profil Weibo, il révélait les conditions que lui ont imposé les autorités chinoises : aucun mot sur la politique, voire même aucune déclarations tout court. Sous peine d'une démission forcée de son poste de journaliste, à Beijing.

 

Un traitement qui ne fut pas réservé au seul auteur de The World All Knows : le poète Liu Shahe, 80 ans, l'écrivain Ran Yunfei, le poète Li Yawei et l'universitaire Yu Jianrong, venus en soutien, tombèrent sous le coup de l'interdiction, augmentée de quelques bousculades assurées par la Sécurité nationale. La présence de cette dernière n'avait pas pour objectif la sécurité, puisque l'auteur s'est fait gentiment carresser par le poing d'un de ses « admirateurs », choqué par le contenu du livre.

 

« Les communistes sont très anxieux, puisqu'ils ne savent pas quelle direction va prendre le nouveau gouvernement » comment l'analyste politique Zhang Lifan. Et The World All Knows n'est pas vraiment leur littérature, puisqu'il revient sur des événements comme le tremblement de terre de Sichuan (2008) ou l'accident de train de Wenzhou, en critiquant leurs gestions par le pouvoir en place.

 

Quelques heures plus tard, Chengpeng a été victime d'une seconde agression, filmée : pas de dommages à déplorer, mais un couteau, heureusement encore emballé dans un sac plastique, lui a été jeté au visage. Pour Ye Kuangzheng, poète chinois, « tous ces incidents résultent de la politique immuable du CCP, "maintenir la stabilité". [...] Si tous les écrivains et intellectuels osaient décrire la réalité, si tous écrivaient leurs opinions sur des problèmes sociaux, je pense que les autorités auraient beaucoup plus de mal à limiter l'expression. »

 

Mais ce sont encore les auteurs qui essuieraient les coups, puis les plâtres...

 

 

 

 




Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.