Une taxe protectionniste en Inde sur l'importation de livres étrangers

Nicolas Gary - 16.07.2019

Edition - International - inde taxe livres - importation livres - gouvernement éditeurs Inde


L’Inde a instauré une mesure de protection, à l’égard du secteur du livre : le gouvernement a approuvé une nouvelle taxation de 5 % sur le prix de vente des livres importés. La ministre des Finances, Nirmala Sitharaman, a confirmé l’opération — accompagnée de réductions d’impôts pour l’industrie indienne.

India
Ascaf on, CC BY 2.0


Le protectionnisme ne connait plus de limites : dans un premier temps, et à contretemps de la hausse des prix partout dans le monde, l’Inde avait choisi de diminuer la taxation du papier. Ce dernier passait alors de 12 % à 10 %. Pour autant, les éditeurs locaux estimaient que le pays n’en faisait pas assez. 

L’idée d’appliquer une taxe sur les seuls livres importés peut alors sembler étrange : d’autant plus qu’ils rejoignent une liste passablement hétéroclite réunissant les plastiques, les produits en acier inoxydable ou encore les pièces automobiles… Tous ces éléments verront leurs coûts augmenter.

En revanche, pour les armes, pas de mesure spécifique, a souligné l’opposition. À juste titre. Surtout qu’il existe, conformément à la loi sur les tarifs douaniers, une ponction de 10 % déjà appliquée sur les livres, brochures, dépliants, dictionnaires et encyclopédies imprimées. 
 
Difficile par ailleurs de croire que cette mesure ne portera pas préjudice aux éditeurs locaux : l’Inde lit beaucoup en anglais, et les éditeurs qui comptent parmi les groupes internationaux, comme Penguin Random House, n’apprécient que peu la justesse du propos.

De même, comment croire qu’en rendant les livres étrangers plus chers, l’économie et l’édition locales profiteront d’un effet de levier ? On n’améliore pas le chiffre d’affaires des éditeurs indiens en imposant les produits importés : au contraire, cela n’aura pour conséquence que d’affecter l’ensemble de la chaîne… jusqu’aux lecteurs qui ne se sont pas privés pour protester.

À ce jour, l’Inde représente le troisième marché mondial en termes de parutions de langue anglaise. Outre PRH India, qui sera le premier affecté, d’autres structures américaines en feront les frais. Or, la Fédération des chambres de commerce et d’industrie indienne estime qu’il faut bouger les lignes : « Les statistiques actuelles révèlent que le secteur un véritablement un colosse — mais un géant en sommeil qui doit être réveillé, trouver son statut et son identité. »

Plus qu’une mesure protectionniste, il s’agirait donc d’un sursaut nationaliste ? Cette hausse de la TVA finirait par ressembler à une taxe sur la lecture et l’accès aux livres, plus qu’à autre chose – avec pour corollaire de produire plus de piratage qu’on n’en constate déjà dans le pays. Une première vague de mesures pour aider les éditeurs avait pourtant bien démarré, en faisant basculer la TVA pour les livres numériques de 18 % à 5 %, en août 2018.

Pour Aditi Maheshwari Goyal, directeur de Vani Prakashan Group, la réduction du prix du papier représente évidemment une belle opportunité. En revanche, il se montre très réticent à la taxe sur l’importation. « Si l’on veut vraiment aider les éditeurs d’ici, il faudrait réduire les coûts croissants du papier, et remédier à sa rareté », indique-t-il à Business Today.

Nombre de maisons estiment qu’il est encore tôt pour faire autre chose qu’un procès d’intention : les premiers concernés, chez PRH India, préfèrent d’ailleurs attendre de voir. « Nous évaluerons le poids de cette décision et la meilleure tarification de nos livres à l’avenir », note Nandan Jha, vice-président directeur produits et ventes.

A contrario, Chiki Sarkar, éditeur chez Juggernaut, déplore que l’on sanctionne la population, en limitant l’accès aux seuls livres indiens. « En tant qu’éditeur local, qui fabrique des livres ici, j’apprécie de faire partie d’un marché dynamique où notre lectorat peut profiter d’une diversité d’ouvrages. »


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