Une thérapie par le livre coûte 18 mois de mise à pied à son auteur

Cécile Mazin - 07.02.2013

Edition - Justice - diffamation - mairie - autoédition


Fin janvier, le fonctionnaire de la mairie de Pontault-Combault risquait simplement une mise à pied ferme. Une semaine plus tard, il est bel et bien puni. En cause, un ouvrage dans lequel il dénonçait les errances de la fonction publique, et plus particulièrement, celles de la mairie qui l'employait. La publication, à compte d'auteur, va faire mal...

 

 

 

 

Abruti de fonctionnaire, c'est un titre-choc, qui depuis novembre 2011 circule sous le sceau du secret. Jérôme Morin, son auteur, avait fait l'objet de plusieurs manifestations de harcèlement moral, deux années durant. Un peu trop pour accepter et tolérer. Ses premiers écrits, alors, ne servaient que d'exutoire, sans réellement intention de les publier, se souvient-il. Mais quelque mois plus tard, c'est le trop-plein. 

 

Tout a été réécrit pour ne citer officiellement personne, et s'assurer de ne pas entrer en violation de son poste et du devoir de réserve qui le lie à l'administration. Même son pseudonyme, tout droit sorti du XIXe siècle, Henri Rouant-Pleuret, semble hors d'âge et d'atteinte. Enfin, semblait. 

 

Avec plus de 5000 exemplaires écoulés, Jérôme est victime d'un exercice courageux de délation anonyme et un an après la parution du livre, Le Parisien s'empare du sujet et publie une interview du bonhomme. La maire de la ville, Monique Delessard et son troisième adjoint décident de porter plainte contre X, pour diffamation, mais c'est déjà trop tard pour Jérôme. 

 

De ce texte écrit originellement pour évacuer les pressions, le stress et les humiliations, est né un livre, qui désormais le contraint à assumer ses pensées secrètes. Et même les violences de ses collègues, alors qu'un confrère, qui a cru se retrouver dans un des personnages du livre, va l'agresser. Définitivement, ce qui était une psychanalyse à moindre coût, va devenir une pénitence au long cours. 

 

Le 21 janvier dernier, le conseil disciplinaire de la Mairie s'était réuni à l'occasion d'un tribunal administratif, pour statuer sur le sort de l'impétrant : 18 mois de mise à pied, dont un an ferme, sont requis. Avec le soutien de Zoé Shépard, auteure d'un livre portant sur la fonction publique, vue depuis Bordeaux, Jérôme a des sueurs froides et commence à regretter sa publication, mais l'effet thérapeutique a été trop important. 

 

Aujourd'hui, âgé de 39 ans, ce cadre a été condamné, selon un arrêté, à 18 mois de mise à pied, dont 6 mois fermes, confirme l'AFP. L'avocat des plaignants n'était pas joignable, mais celle de l'accusé, Me Delphine Krust, veut défendre la liberté d'expression, ainsi que la discrétion de son client. « Cette décision est tout de même sévère compte tenu des circonstances : il n'avait pas mentionné le nom de la municipalité visée, par souci de tout masquer. Ce livre avait pour but d'exprimer anonymement sa souffrance dans un milieu où il n'était pas entendu. Et un an après sa sortie, une personne l'a dénoncé à la presse. »

 

Cela n'aura manifestement pas suffi, bien que Jérôme Morin dispose désormais de deux mois pour interjeter appel. 

 

Zoé Shépard, condamnée récemment par le tribunal de Bordeaux, avait vendu 400.000 exemplaires de son livre publié chez Albin Michel, avec 10 mois d'exclusion du conseil régional dont 6 avec sursis...