"Une traduction est une lecture subjective d'une oeuvre", Santiago Artozqui

Claire Darfeuille - 21.10.2015

Edition - International - Santiago Artozqui - traduction oeuvre - lecture subjective


Avant la tenue des 32èmes Assises de la traduction à Arles du 6 au 8 novembre prochain, Santiago Artozqui, nouveau président de l’Association pour la Promotion de la Traduction Littéraire revient sur le rôle majeur des traducteurs qui « rendent la littérature universelle ». A la tête de l'association ATLAS depuis mars dernier, il entend multiplier toute l'année les manifestations dans les librairies, les bibliothèques et les établissements scolaires en vue de toucher un plus large public.

 

Santiago Artozqui, nouveau président de l'ATLAS, au Printemps de la traduction, juin 2015 ©atlas

 

 

Comment envisagez-vous de poursuivre l’action de l’ATLAS ?

 

Je souhaiterais attirer l’attention du grand public sur l’importance culturelle de la traduction et sur le rôle essentiel joué par les traducteurs. On peut aimer un livre dans une traduction et ce même livre peut ne plus vous plaire dans une autre. Une traduction est une lecture subjective d’une œuvre, aussi ne devrait-on pas parler de la traduction de Tolstoï, par exemple, mais d’une traduction de Tolstoï…

 

C’est une problématique qui reste encore trop absente de la tête d’un grand nombre de lecteurs. Pourtant, si les traducteurs insistent pour que leur nom soit mentionné sur les couvertures, ce n’est pas par gloriole pour figurer à côté du nom de l’auteur, mais bien pour indiquer au lecteur de quelle lecture il s’agit. Un traducteur est un auteur de sa traduction. 

 

 

Vous remettez par ailleurs en question la notion de fidélité à une œuvre  ?

 

Oui, la fidélité en traduction ne veut rien dire. Quelle fidélité ? Fidélité au son, au style, au rythme, à l’époque ?

 

 

Quelles nouvelles actions souhaitez-vous mettre en place pour toucher un plus large public ?

 

Mon objectif est de multiplier les manifestations en direction du public en y associant les bibliothèques ou les librairies comme se fut le cas lors du dernier Printemps de la traduction où une dizaine de rencontres ont eu lieu dans des librairies partenaires. Les traducteurs peuvent très bien parler des œuvres et des auteurs qu’ils ont traduits et, de manière générale, une fois que l’attention du public est éveillée sur le fait que ce sont les traducteurs qui rendent la littérature universelle, les gens ont envie de savoir qui ils sont et comment ils traduisent.

 

On a vu dernièrement l’intérêt suscité par le travail d' Olivier Mannoni (Interviewé par France Info ci-dessous) qui est l'auteur d'une nouvelle traduction de Mein Kampf (à paraître chez Fayard en 2016).

 

 

 

Nous envisageons aussi de produire une série de vidéos de 2 à 3 mn, des petits films d’animation qui mettraient en lumière des problèmes de traduction très concrets, tirés de romans contemporains. Il est également prévu d’organiser des rencontres dans le milieu scolaire, en partenariat avec l'Eduction nationale. Enfin, les actes des Assises, jusqu’à présent édités en version papier, seront désormais en version numérique, ceci pour économiser des frais d’impression, mais je serais partisan de profiter de cette migration vers le numérique pour les rendre librement accessibles à tous.