Univers Poche accuse l'écrivain Patrick Graham de “dénonciation calomnieuse”

Antoine Oury - 31.05.2016

Edition - Justice - Patrick Graham auteur - Patrick Graham procès - Patrick Graham Anne Carrière


Le dépôt de la plainte avait été dévoilé dans ActuaLitté au début du mois de février 2016 : Patrick Graham, auteur de thrillers habitué des meilleures ventes dont L'Évangile selon Satan et L'Apocalypse selon Marie, portait plainte contre son ancien éditeur, Anne Carrière, et son éditeur actuel, Univers Poche, « pour des faits constitutifs des délits d'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de faiblesse et d'extorsion ». Tandis que sa plainte est toujours sous l'oeil de la justice, l'écrivain persiste et signe, quand Univers Poche l'accuse de « dénonciation calomnieuse ».

 

Couvertures des deux premiers livres de Patrick Graham (versions poche)

 

 

Rappel des faits, déjà exposés dans un précédent article : c'est en 2013 que la santé de l'écrivain Patrick Graham se dégrade rapidement. En début d'année, il subit plusieurs interventions du cœur qui le laissent très affaibli. Plus qu'affaibli, même : « il lui a été prescrit des arrêts de travail successifs d'un mois, jusqu'au 19 juillet 2013, puis du 19 août au 15 septembre 2013, et enfin du 8 novembre 2013 au 7 janvier 2014 », précise la plainte déposée au pénal le 22 janvier 2016, qu'ActuaLitté a pu consulter.

 

Au cours de ces quelque 249 jours d'arrêt de travail se produit un autre bouleversement dans la vie de l'écrivain : son contrat signé en juin 2010 avec la maison d'édition Anne Carrière — le deuxième avec cet éditeur —, qui couvrait la rédaction et la publication de 3 romans généralistes, avec le versement d'un à-valoir de 60.000 € pour chaque titre, est sur le point d'être transféré aux éditions Univers Poche « à l'insu » de l'auteur, selon la plainte déposée.

 

En réalité, l'auteur, dont le contrat avec Anne Carrière ne comportait aucune clause d'exclusivité, souhaitait publier des polars chez Univers Poche qui se montrait alors très désireux de publier ses livres. L'Évangile selon Satan, premier livre de Graham, s'était en effet écoulé à près de 50.000 exemplaires et 126.000 en poche, L'Apocalypse selon Marie à 25.000 exemplaires et 45.000 en poche, tandis que le dernier chez Anne Carrière avant son second contrat se vend 9.000 exemplaires et 20.000 en poche (données Edistat). Bref, si les chiffres suivaient une courbe descendante, Graham restait un auteur avec un lectorat significatif.

 

D'après la plainte déposée par l'écrivain, c'est un courrier du 29 mai 2013, une lettre-accord, qui organise « sans l'en avertir le transfert de contrats », alors que la maison Anne Carrière aurait très mal considéré la proposition de travailler avec deux éditeurs à la fois : « cette lettre dont le contenu ne sera jamais dévoilé » à l'auteur, « n'a jamais été communiquée même plus tard en réponse aux mises en demeure ». Pourtant, elle semble bien exister puisqu'un document émanant de la maison Univers Poche, qu'ActuaLitté a pu se procurer, la mentionne.

 

Selon la plainte déposée au pénal par l'auteur en février dernier, il reçoit quelques jours plus tard « un projet de contrat soumis par Univers Poche » qui lui « impose de renoncer à 8.900 € de solde de droits d'auteur dus par Anne Carrière ». Par ailleurs, selon les éléments dévoilés dans cette plainte, les « 60.000 € d'à-valoir sur le roman “La Ville” [prévu pour la publication chez Anne Carrière] devenaient ainsi l'à-valoir du thriller qu'il allait devoir achever sans revenu tout en ayant à rembourser cette somme sur les ventes à venir ».

 

Toujours d'après la plainte, les éditions Anne Carrière « lui adressent le 15 juillet 2013 une mise en demeure de leur remettre le manuscrit “La Ville”, celui-là même qu'ils avaient renoncé à publier ». L'auteur assure que cette procédure est « une pression supplémentaire pour le forcer à signer la lettre accord du 5 septembre 2013 et les contrats d'édition afférents ». De fait, l'auteur signe ce nouveau contrat, mais sa plainte assure aujourd'hui qu'il l'a fait sous la contrainte.

 

Après la publication d'un premier article sur ce litige entre l'auteur et les maisons d'édition, le groupe Univers Poche avait demandé la publication d'un droit de réponse, qui précisait notamment :

 

Patrick GRAHAM a bien signé des contrats chez nous, en septembre 2013; il l'a fait après un été de réflexion, en parfaite connaissance de cause et avec l'assistance d'un avocat. Il nous en a d'ailleurs chaleureusement remerciés. Nous sommes donc stupéfaits d'être accusés d'extorsion par un auteur qui nous doit encore à ce jour deux manuscrits, pour lesquels nous lui avons versé des avances substantielles.

 

 

Plainte pour « dénonciation calomnieuse » contre Patrick Graham

 

Déposée au pôle financier du Tribunal de grande instance de Paris, la plainte a, d'après nos informations, été classée par le Parquet sans qu'aucune enquête préliminaire ne soit mise en œuvre. Le plaignant Patrick Graham a formulé une demande en constitution de partie civile et désignation d'un juge d'instruction. Cette dernière permettra d'examiner à nouveau la plainte, aux fins d'ouverture d'une instruction pénale.

 

En attendant, la défense des éditions Univers Poche, assurée par Me Olivier d'Antin, annonce à ActuaLitté un dépôt de plainte au pénal pour « dénonciation calomnieuse » à l'attention de Patrick Graham. « Au demeurant, Univers Poche estime avoir dit l’essentiel dans son droit de réponse, la plainte de Patrick Graham étant sans aucun fondement », ajoute la défense de la maison du groupe Editis.

 

« Lorsque Patrick Graham a voulu changer d'éditeur, les Éditions Anne Carrière l'ont regretté, mais ne se sont pas estimées moralement en droit d'y faire obstacle. Et Patrick Graham, assisté d'un conseil notoirement compétent, s'est trouvé alors ravi d'un transfert que mon client a subi. Aujourd'hui, Patrick Graham tente d'obtenir de l'argent sous la menace de propos diffamatoires et de dénonciation calomnieuse », a commenté Gérard Mercier, qui assure la défense des éditions Anne Carrière. Ces dernières « approuvent cette plainte [d'Univers Poche] », a-t-il précisé à ActuaLitté.

 

S'ils ne souhaitent pas commenter la plainte elle-même, Me Boutron-Marmion et Me Godin, qui assurent la défense de Patrick Graham, y voient « une stratégie classique, qui n'entame en rien la détermination de notre client, totale, car son action est juridiquement fondée ».

 

Concernant l'absence d'enquête préliminaire, la défense de Patrick Graham se déclare « des plus surprises qu'aucune enquête n'ait été ouverte au regard de la gravité des éléments soumis au Parquet. La transformation de la plainte simple en plainte avec constitution de partie civile devant un juge d'instruction relève du droit de M. Graham, comme tout justiciable, et nous sommes dans l'attente de l'ouverture d'une information judiciaire à ce titre ».