Universitaires ou de lecture publique : bibliothèques, au rapport !

Cécile Mazin - 11.05.2017

Edition - Bibliothèques - rapport bibliothèques France - inspection générale bibliothèques - rapport 2016 universités


Comme chaque printemps, les hirondelles reviennent, et avec elles, les rapports annuels de l’inspection générale des bibliothèques. Le point commun ? Le noir et blanc. Au cours de l’année 2016, l’IGB a accompli 23 missions, qui ont abouti à des observations spécifiques, tant dans le secteur des bibliothèques universitaires que de la lecture publique.


Bibliothèque de l'Institut du monde arabe
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


 

Première conclusion, et des plus partiellement rassurantes, les deux types d'établissements « continuent à améliorer leurs services aux usagers dans un contexte de baisse des moyens qui leur sont alloués et de reconfiguration de leur périmètre territorial ». En outre, la fréquentation ne diminue pas, et, si la transition numérique s’opère à des rythmes différents, les lieux restent prisés.


On observe cependant : 

Diminution de 10 % des dépenses documentaires des universités entre 2011 et 2015

Diminution de 15 % en ratio par étudiant des dépenses documentaires des services communs de documentation


Avec pour conséquence de limiter les achats de livres imprimés, au profit d’une offre numérique qui, si elle est « bien avancée dans la plupart des secteurs pour la recherche, en est à ses débuts pour les ressources documentaires à destination des étudiants ». 

 

Il importera que l’intégration des ressources pédagogiques en ligne se développe, chose qui ne pourra se faire qu’avec la « transformation pédagogique des universités », pointe le rapport. À ce titre, la « politique d’acquisition doit donc évoluer tout en répondant aux exigences de publics étudiants plus nombreux, à condition que l’édition universitaire accompagne ce mouvement ».

 

Reste que pour les établissements universitaires, la politique documentaire doit répondre à des questions telles que 

• le positionnement de l’établissement dans la carte documentaire au niveau du site et à l’échelle nationale, 

• le degré de coordination ou de centralisation par le SCD de l’ensemble des ressources documentaires, 

• le lien entre les politiques d’acquisition et les besoins en formation et en recherche, 

• l’équilibre à atteindre entre l’effort pour la pédagogie et celui pour la recherche,

• la transition de l’imprimé au numérique

 

Le problème vient avant tout de ce que la documentation reste une approche cruciale, mais rarement un « enjeu stratégique fort ». Il revient donc aux directions de trouver les solutions adéquates pour ce faire. Cependant, « il importe que l’État, dans cette diversification du paysage universitaire, veille aussi à l’égalité des chances pour les étudiants sur l’ensemble du territoire à travers l’aménagement en bibliothèques universitaires modernes et répondant aux besoins nouveaux des usagers ».

 

Au cours des 10 prochaines années, 125.000 m2 d’établissements, représentant 34.000 places, seront bâtis. De même, l’élargissement des heures d’ouverture en cours et de leur fréquentation tout au long de l’année « exige d’adapter les bâtiments à l’évolution des usages sur le long terme, de faciliter les usages d’équipements numériques, d’améliorer le confort et l’ergonomie, de créer des espaces différenciés et de rendre les espaces modulaires et conviviaux ».
 

La lecture publique, et le déploiement numérique


Du côté des bibliothèques territoriales, les observations sont distinctes : on y mesure avant tout les progrès de l’intercommunalité, à des degrés divers et sous différentes formes. À travers plusieurs exemples, on constate le développement de services et d’accueil, toujours plus important.

 

Pourtant, ces lieux rencontrent une problématique double, « la conservation et de la mise en valeur de leur patrimoine dans un lieu répondant à la fois aux exigences de sécurité, de sûreté et d’accessibilité ». Là encore, plusieurs exemples viennent étayer les propos – établissement sans site internet, bâtiments inaptes à conserver les documents, etc.

 

Les améliorations à apporter ne manquent donc pas, alors que la présence web et l’enrichissement des métadonnées catalographiques permettent de proposer de meilleures solutions. Dans le cadre du programme Bibliothèques numériques de Référence, poussé par l’État – et doté de 9,57 millions € – entre 2010 et 2015, plusieurs actions ont été menées. 

 

« La transition numérique contribue ainsi à renforcer et approfondir les missions essentielles des bibliothèques que sont la conservation du patrimoine, la médiation des savoirs, la diffusion de l’information et la démocratisation culturelle », note-t-on. 

 

Or, en tant que lieu commun, et de citoyenneté, elles sont également exposées aux débats sociétaux – l’éternelle question de la laïcité et du fait religieux. Les différentes collections qu’elles proposent traitent évidemment de ces points, et, de par la diversité apportée aux publics, ouvrent un champ de réflexion possible. La politique d’accueil doit alors suivre, tout en se montrant explicite sur certains points. La bibliothèque incarne un lieu de maillage culturel et social, avec pour objectif de favoriser « une éducation et une pratique citoyenne de la laïcité ».