USA : des bibliothèques ferment leurs portes à des usagers peu scrupuleux

Orianne Vialo - 07.04.2016

Edition - Bibliothèques - impayés amendes bibliothèques - San Jose


Chaque année, le nombre d’amendes et pénalités de retard impayées au sein des bibliothèques publiques ne cesse d’augmenter. Malgré un souhait de la plupart des établissements d’assouplir leur politique en terme de prêts, certaines bibliothèques, et surtout certains Etats, ont fait le choix de les durcir encore plus. 

 

Book Buyers

(Thomas Hawk / CC BY-NC 2.0)

 

 

En 2015, la bibliothèque publique de San Jose a atteint un record d’amendes impayées (résultat des pertes ou dégradations de livres), parmi les chiffres enregistrés aux États-Unis. À elle seule, elle cumule 6,8 millions de $ (US dollars) de frais impayés, dépassant même les montants relevés d’autres villes de la région, telles qu’Oakland (3 millions $) ou San Francisco (4,6 millions $).

 

Le concept de bibliothèques publiques gratuites a émergé dans les années 1830 et a été popularisé par l’industriel Andrew Carnegie, qui a aidé à construire 1689 bibliothèques à travers le pays à la fin des années 1800 et au début des années 1900. Il estimait que tout le monde devrait avoir l’occasion de se perfectionner et de se cultiver.

 

Néanmoins, les bibliothèques publiques comme celles de San Jose peinent à trouver de l’argent pour payer les livres, et les services nécessaires au bon fonctionnement de l’institution. Pour faire face au manque d’argent, les bibliothèques de San Jose ont commencé à faire payer 50 cents $ par jour pour chaque livre rendu en retard.

 

Jill Bourne, devenue directrice des bibliothèques en 2013, a instauré des amendes s’élevant à un montant de 20 $ pour chaque matériel perdu. Parallèlement, lorsque les frais de retard atteignent 50 $, les bibliothèques transmettent la « dette » à une agence de recouvrement.

 

Le nombre de détenteurs de cartes d’abonnement aux bibliothèques se trouvant en situation irrégulière, et le nombre d’amendes impayées se trouvant en constante croissance aux États-Unis, il est désormais devenu monnaie courante pour les utilisateurs d’utiliser la carte d’emprunt de leurs proches, pour ne pas avoir à payer leurs amendes. En contournant ainsi les règles mises en place par la bibliothèque, les utilisateurs contribuent largement aux difficultés financières rencontrées par les services publics. 

 

Un cercle vicieux qui grandit 

 

Dans une interview accordée au New York Times Jill Bourne déclarait : « Dans les quartiers pauvres, peu de résidents ont accès aux ordinateurs. Pourtant près d’un tiers des titulaires de carte n’ont plus le droit d’utiliser le matériel informatique, car ils se trouvent en situation irrégulière auprès de nos services. À titre d’exemple, la moitié des enfants et des adolescents possédant des cartes de bibliothèque dans la ville ont des amendes à payer aux institutions. Au total ce sont 187.000 comptes, soit 39 % de l’ensemble des titulaires qui doivent de l’argent bibliothèque. » 

 

Et de poursuivre : « Dans certains quartiers où le nombre d’immigrants est élevé, il y a une réelle peur de leur part d’avoir affaire au gouvernement. Dès que les gens apprennent qu’il est possible d’être pénalisé par le gouvernement, ils restent à l’écart du service qui pourrait leur poser problème. Voilà pourquoi la plupart des gens ne paient pas leurs amendes », poursuit-elle.

 

En février, la directrice des bibliothèques a fait appel au conseil municipal de San Jose, afin d’envisager une offre d’amnistie aux emprunteurs se trouvant aux prises avec des amendes. Elle souhaite également rabaisser de 50 cents $ à 25 cents $ le coût quotidien appliqué pour les livres rendus en retard pour les enfants.

 

Toujours dans l’interview du New York Times, Jill Bourne annonçait qu’elle voulait « revoir » l’utilisation d’une agence de recouvrement. « Les politiques de la bibliothèque ne sont pas destinées à prévenir ou à limiter la capacité d’un individu d’accéder à des ressources des services de bibliothèque. »  Sa proposition a été entendue par le comité du conseil de la ville. Le conseil municipal entier est appelé à examiner la proposition dans un mois. Le budget des bibliothèques de San Jose cette année était estimé à 58,9 millions $.

 

Un problème qui s'étend à travers tout le pays

 

Le problème des frais de retard est si répandu que l’American Library Association a abordé publiquement la question. Dans un objectif de politique peu connu, l’association appelle à « la suppression de tous les obstacles à la bibliothèque et des services d’information ». « Les bibliothèques publiques n’existent depuis des siècles », a déclaré le président de l’association, Sari Feldman.

 

« Nous sommes très attentifs à la création d’un environnement sans obstacle, qui permettrait à tout le monde d’utiliser les bibliothèques. » 

 

Alors que de nombreuses bibliothèques ont assoupli les règles sur les frais de retard, d’autres pas. Le Texas a adopté une loi en 2013 accordant aux bibliothèques le pouvoir d’engager des poursuites, dans les cas extrêmes, contre les emprunteurs qui ne parviennent pas à retourner les documents aux bibliothèques. Gloria Meraz, la directrice des communications pour l’Association Texas Library, déclarait dans un communiqué que « la loi a donné plus de poids aux bibliothèques ». Mais, pour autant, elle n’a « pas entendu parler de poursuites judiciaires. » 

 

Affaire à suivre, donc.

 

(via NY Times)