USA : la librairie indépendante “renaît de ses cendres" grâce aux lecteurs

Clément Solym - 06.01.2016

Edition - Librairies - librairie indépendante - Ann Patchett - tendance clients


Ann Patchett compte parmi ces romancières qui ont tenté la folle aventure d’ouvrir leur propre librairie. Avec Parnassus Books, situé à Nashville, elle figure parmi les irréductibles qui n’ont pas eu peur des chaînes, d’internet, et ont tout misé sur la relation avec les lecteurs. La proximité et le contact. Et, remarque-t-elle, la librairie indépendante « renaît de ses cendres ». Pour son plus grand plaisir.

 

 

 

Auteure de Bel Canto (trad. Oristelle Bonis), Dans la Course (trad. Marie-Odile Fortier-Masek) ou Anatomie de la stupeur (trad. Gaëlle Rey), Ann Patchett s’est associée à Karen Hayes pour ouvrir son établissement. Voilà plus de quatre ans maintenant que Parnassus Books accueille les clients, avec le sentiment de faire partie d’une tendance. La petite librairie fut longtemps malmenée : il y eut Borders et Barnes & Noble, les grosses chaînes, puis Amazon, le foudroyant vendeur en ligne... 

 

Quand elle décida de se lancer dans l’aventure, Ann Patchett souhaitait avant tout venir en aide à la ville de Nashville, privée de librairie. Après la fermeture de l'établissement Joseph-Beth Booksellers and Davis-Kidd Booksellers, et d'autres, la ville se retrouvait en effet sans une seule boutique où se procurer des bouquins. Un problème sérieux et pris très au sérieux pour la romancière, qui a décidé de fourrer son nez dans cette histoire.

 

Ses conclusions furent simples : il est impossible pour elle de vivre dans une ville qui ne disposerait d'un tel établissement. Et sans savoir si c'est l'idée la plus folle du siècle débutant, elle a décidé de se lancer. « Amazon pourra toujours tout avoir - et vous ne pouvez pas lutter contre cela. Mais il y a, je crois, encore une place pour un magasin où les gens lisent des livres », expliquait-elle. 

 

Les clients, et la prise de conscience, au coeur de tout

 

Mais aujourd’hui, le commerce reprend son souffle, simplement parce que les gens sont fatigués de leurs écrans et de cliquer, estime-t-elle. « Ils ne voulaient plus d’un magasin qui leur promettait tout, mais d’un lieu qui vendait de bons vieux livres, avec une équipe de lecteurs intelligents, une section pour les enfants, et peut-être un couple de chiens dans la boutique ».

 

Chance, c’est justement ce qu’elle et Karen offraient. Sauf que, quatre ans auparavant, cette vision était proche de la folie douce. Elle s’inscrivait pourtant bel et bien dans une tendance véritablement constatée. « À Nashville, nous n’avons pas simplement doublé notre taille pour 2016, nous avons acheté un van livresque. » 

 

Certes, la prudence est une vertu de libraire, mais elle sent « une vague de changement dans la culture à venir : les livres et la librairie, et la lecture sont cette vague d’avenir ». Une modification sociétale qui ne vient cependant pas des libraires eux-mêmes, mais des clients.    

 

Ces derniers « collectivement semblent prendre conscience qu’ils sont responsables de ce que les commerces marchent ou échouent, selon l’endroit où ils dépensent leur argent ». Et de poursuivre : « Si vous aimez votre librairie et que vous souhaitez qu’elle se maintienne dans votre paysage, alors vous devez y acheter vos livres, de la même manière que vous devez acheter votre marteau au gars du magasin de bricolage, qui vous donne toujours de bons conseils. »

 

Être dans la tendance, ou dans le vent, est une ambition de feuille morte, certes, mais il vaut mieux opter pour la douce brise que la vilaine bourrasque, en somme... (via WSJ)