Le marché de l'ebook en recul aux États-Unis ? Attention aux chiffres

Nicolas Gary - 24.09.2015

Edition - Economie - Etats-Unis ebooks - éditeurs marché - livre numérique


Les données présentées par l’Association of American Publishers, collectées auprès de 1200 maisons d’édition, annonceraient la fin d’une époque. Les ventes de livres numériques auraient diminué de 10 % durant les cinq premiers mois de l’année 2015. Plusieurs hypothèses sont avancées et pourtant, le chiffre est toujours pris avec un aplomb terrifiant. Décryptage.

 

Lecteur ebook KO

Tout cassé, le marché ? ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Entre 2008 et 2010, les ventes d’ebooks ont augmenté de 1260 % et au cours de cette période, les augures prophétisaient à tout va la mort du livre – comprendre, du livre papier. Personne ne se posait la question de savoir si la lecture ne sortait pas grandie, et le nombre de lecteurs, augmenté. Soit. Les achats de livres imprimés diminuaient, mais la croissance de l’ebook ne compensait pas les pertes en chiffre d’affaires. C’était la fin des temps.

 

Alors qu’en 2014, les ventes d’ebooks pesaient pour près de 20 % du marché du livre aux États-Unis, l’annonce d’un recul de 10 % fait trembler les murs, indique le New York Times

 

Bien entendu, on se tourne en premier lieu vers le marché des lecteurs ebook : le cabinet Forrester estimait à 12 millions, les ventes de 2014 de eReader, contre 20 millions en 2011. Moins d’appareils achetés justifie-t-il les 10 % ? À vrai dire, le taux de renouvellement du parc de machines n’est pas faramineux, et il faut tout de même considérer que les achats s’ajoutent d’année en année.

 

On pointe également les services d’abonnement illimité : en soi, l’idée n’est pas idiote. Après tout, la lecture en illimité ne représenterait pas, à proprement parler, des ventes unitaires. Sauf que le modèle économique déployé par Amaozn avec Kindle Unlimited repose sur le paiement des titres, comme une vente unique, auprès des éditeurs. Et surtout, le catalogue présenté aux lecteurs états-uniens est majoritairement constitué de livres numériques publiés par des auteurs indépendants.

 

Il semblerait également qu’une nouvelle tendance se dégage : des lecteurs hybrides, qui achètent tout à la fois en numérique et en papier, alternant leur appareil de lecture avec de bonnes vieilles pages. Nielsen assure que le nombre de gens lisant sur lecteur ebook est passé de 32 % au premier trimestre 2015, contre 50 % en 2012. Mais là encore, les smartphones et les tablettes n’ont-ils pas joué un certain rôle ?

 

Markus Dohle, grand patron de Penguin Random House l’assure : « Les gens ont parlé de la disparition de livres physiques comme s’il ne s’agissait que d’une question de temps, mais même d’ici 50 à 100 ans, à compter d’aujourd’hui, l’impression restera une grande partie de notre entreprise. »

 

Chez PRH, l’imprimé représente plus de 70 % des ventes de l’entreprise sur le territoire américain. Alors, oui, assure un libraire sollicité par le NYT, « la terreur suscitée par l’ebook a disparu », mais on ne trouve toujours pas d’explication probante au recul constaté. 

 

La hausse des prix et les données tronquées de l'AAP

 

Poursuivant la réflexion, le journal évoque tout de même les nouvelles conditions contractuelles, qui ont découlé du procès pour entente où Apple était poursuivi par le ministère de la Justice américain. Après deux années où le contrat d’agence, par lequel les éditeurs furent interdits d’imposer un tarif de vente aux revendeurs, les négociations ont repris. Et comme on le sait, avec Amazon, le plus important vendeur du territoire, elles ne furent pas de tout repos – le cas Hachette Book Group n’était qu’une démonstration de force.

 

Or, avec les nouveaux contrats, le prix des livres numériques a été revu à la hausse. Début septembre, un responsable de maison d’édition s’en plaignait. « Le nouveau modèle économique pour le livre numérique est en train d’impacter de manière significative les données des grands éditeurs. Il ne fait aucun doute que le chiffre d’affaires a diminué. » Les titres ont en effet augmenté de 4,95 $, tarif moyen, à 10,81 $, actuellement, selon les données du Codex Group LLC. « Alors que les clients s’attendent à ce que le prix pour un ebook Kindle soit bien en deçà de 9 $. Une fois que vous parvenez au-dessus de 10 $, les consommateurs hésitent », affirmait le PDG.

 

Avec cette hausse, à laquelle les revendeurs ne peuvent rien, les clients pourraient donc préférer les livres de poche, plutôt que des ebooks – particulièrement si la différence de prix n’est pas évidente. D’autant plus que, dans le même temps, l’American Booksellers Association a indiqué que le nombre de ses membres avait augmenté, et que l’on assistait à une hausse significative des ouvertures de librairies indépendantes depuis cinq ans maintenant.

 

Il faut pourtant aller chercher des précisions sur cet état de fait : les 1200 éditeurs de l’AAP représentent moins de la moitié des ventes d’ebooks sur le territoire américain. En tout, 1,58 milliard $ généré en 2014 par les éditeurs de l’AAP, contre 3,37 milliards $ en tout. Autrement dit, les ventes d’ebooks ont reculé de 10 % chez les 1200 éditeurs. Sachant qu’au cours des six derniers mois, au mois, le prix de vente moyen a augmenté chez ces mêmes éditeurs, on conclurait facilement : CQFD. (via Digital Reader)

 

Au cours des 18 mois entre février 2014 et septembre 2015, tous les groupes éditoriaux américains ont vu leurs résultats s’effondrer, du côté des ventes Kindle, indiquait Author Earning. Le diagramme ci-dessous indique bien l’évolution connue.

 

ventes ebooks unitaires

 

 

Il sera toujours intéressant, le jour où cela sera possible, de disposer des chiffres de vente des livres numériques, chez les auteurs autopubliés. Et une fois ces données obtenues, il sera possible d’envisager, ou non, un recul des ventes d’ebooks.


Pour approfondir

Editeur : La martinière
Genre : essais de sociologie
Total pages : 232
Traducteur :
ISBN : 9782732452876

Mon Amérique ; 50 portraits de légendes

de Philippe Labro

Ce somptueux recueil est l'hommage que Philippe Labro souhaitait depuis longtemps rendre à ses " étoiles américaines ". En 50 portraits qui se lisent comme autant de nouvelles, il fait revivre avec talent ces êtres lumineux aux destins exceptionnels qui, icônes de sa mythologie personnelle, marquèrent son itinéraire d'homme et d'écrivain. Retraçant leurs combats, leurs rêves et leurs drames, il évoque ces personnages qu'il considère comme les plus symboliques de l'Amérique et qu'il eut, pour certains, la chance de rencontrer. Grâce aux sublimes photographies qu'il a ici choisies, il nous fait redécouvrir sous un angle inédit le charisme, le charme et le génie propres à chacun d'eux.

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