USA : Sapphire dénonce le racisme en art et en littérature

Clément Solym - 24.08.2011

Edition - Société - sapphire - kid - push


Sapphire est une romancière et poètesse américaine d’origine africaine. Son premier roman, Push (Seuil, 1998) est un bestseller et fut adapté dans un film sous le titre Precious, récompensé par deux oscars.

Grâce à ce succès, elle peut dénoncer plus ouvertement le racisme prédominant, selon elle, dans les milieux de l’art et de la littérature aux Etats-Unis, dont elle subit toujours les effets.

 
Lors du festival international du livre d’Edimbourg, Sapphire a expliqué au Guardian que lorsque Push fut publié, les lecteurs avaient du mal à comprendre qu’elle, l’écrivaine, n’avait rien à voir avec la narratrice, Claireece « Precious » Jones.

De la fiction au retour du réel

Push
est l’histoire d’une jeune fille noire de 16 ans issue d’un milieu défavorisée, analphabète et obèse. Elle est de plus maltraitée par sa mère et violée par son père, dont elle a une fille trisomique. Pour fuir un réel devenu trop pesant, elle s’invente un autre monde où elle est une star adulée et aimée de tous.

« Je me rappelle quand Push est sorti, les gens étaient choqués de me voir. Ils me disaient : ‘Vous n’avez pas 16 ans, vous n’êtes pas obèse. Nous pensions que c’était l’histoire de votre vie.‘. » « C’était difficile de voir qu’ils pensaient que c’était la véritable histoire d’une adolescente analphabète qui aurait tout enregistré sur dictaphone, et qu’un éditeur blanc aurait retranscrit. » ajoute la romancière de 61 ans au Guardian.
« C’est comme si les artistes noirs étaient seulement capables de raconter des histoires autobiographiques horribles et n’avaient aucune imagination. Il y a avait cet a priori que je n’aurais pas pu être capable de concevoir la vie de Precious sans l’avoir vécu. (…) Cet a priori que je n’étais pas capable de lire, d’étudier, de me servir de mon imagination et de créer un personnage, a été manifeste et très douloureux pour moi. »
Loin de coller à son personnage, Sapphire est née en Californie et s’est rendue célèbre dans le monde la littérature par ses poèmes. Elle s’est inspirée de son expérience comme professeur à New York pour écrire Push, publié en 1996.

Son deuxième roman, The Kid, qui vient d'être publié aux éditions Penguins Press, raconte la vie du second enfant de Precious, Abdul, devenu orphelin à neuf ans lorsque sa mère meurt du SIDA. Sa vie est aussi sombre que celle de sa mère mais il finit par réussir en société. Une histoire que Sapphire décrit comme « un Oliver Twist afro-américain ».


Pour Sapphire, les réussites universitaires et artistiques sont toujours considérées comme au-delà des capacités des noirs aux Etats-Unis. « Le grand royaume d’activité intellectuelle et artistique n’est pas perçu comme quelque chose réalisé par des noirs. Nous restons des danseurs et non des chorégraphes, et toujours des musiciens et non des chefs d’orchestre. »

La romancière est également agacée de voir son livre dans la section « littérature afro-américaine » dans les librairies. « Je ne comprends pas pourquoi cette littérature est toujours catégorisée, (…) Philip Roth ne va pas aller en librairie et voir son livre dans la section ‘homme juif ‘ . C’est absurde. »

Sapphire aura mis dix ans à accepter l’adaptation de Push au cinéma. Elle n’est pas pressée de voir The Kid adapté à son tour. « Je n’écris pas pour satisfaire les idées économiques des éditeurs », a-t-elle souligné.


Crédit photo : Sapphire, Clutchmagonline.com / Precious  A. O. SCOTT NY Times.