USA : un livre réfute la responsabilité du Japon dans l'esclavage sexuel

Camille Cornu - 07.12.2015

Edition - International - Japon USA - distribution livre


Aux USA, deux livres minimisant la responsabilité du Japon pour des crimes commis durant la Seconde Guerre mondiale ont été distribués par la poste. La place des femmes enlevées comme esclaves sexuelles vient ranimer d’anciens débats particulièrement gênants pour l’histoire du pays. Un groupe d’activistes est soupçonné d’être responsable de ces envois, et considère que les USA auraient modifié la façon dont l’histoire du Japon a été transmise, afin de nuire à son image internationale. 

 

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8 Août 1945, Femme d'origine chinoise travaillant dans une des maisons de réconfort japonaise, interrogée par un officier de la royale air force. Domaine public. 

 

 

Les deux livres History Wars, publié par Sankei Simbun et Getting over it : why Korea needs to stop bashing Japan par Oh Sun-hwa (O Sonfa) ont été reçus par la poste de façon inattendue. Oh Sun-hwa né en Corée, mais naturalisé Japonais, s’était déjà vu interdire de séjour en Corée du Sud pour avoir publié un livre hostile au pays. 

 

Des professeurs et étudiants originaires d’Asie de l’Est et travaillant à Washington, ainsi que divers experts, ont reçu un livre niant la responsabilité de Tokyo dans l’esclavage sexuel des femmes en temps de guerre. Des activistes japonais de droite sont soupçonnés d’être responsables de ces envois, dans le cadre d’une campagne qui s’attacherait à minimiser les atrocités commises par le Japon durant la Seconde Guerre mondiale. Les livres étaient en effet accompagnés d’une lettre signée par Kuniko Inoguchi, un des leaders de ces mouvements japonais.

 

Dans ce courrier, Inoguchi explique que l’histoire de l’Asie de l’Est du XXe siècle aurait été déformée pour servir des intérêts politiques, et que ces livres tendraient à rétablir la vérité.

 

History Wars affirme qu’il n’y a aucun document prouvant que le gouvernement japonais aurait mobilisé des femmes par force pour fournir des services sexuels à ses troupes, et que s’il y en a eu, elles étaient employées par des hommes d’affaires civils. Avec de nombreux faits incorrects qui se seraient répandus mondialement, le livre affirme que l’image du Japon se serait détériorée injustement. 

 

Mais le livre ne se contente pas d’espérer réhabiliter l’image du japon, et accuse les États-Unis d’être en grande partie responsable d’avoir nuit à sa réputation, notamment en ayant utilisé le terme « esclaves sexuelles » pour décrire ces atrocités, alors qu’il revendique l’euphémisme de « femmes de réconfort ». Les USA y sont qualifiés d’« ennemis du Japon ». 

 

Les historiens estiment pourtant qu’entre 200.000 et 410.000 femmes, principalement originaires de Corée, qui était alors une colonie japonaise, ont été obligées à travailler dans des maisons closes sur les lignes de front durant la Seconde Guerre mondiale. Des documents existeraient bel et bien, et le mouvement révisionniste, qui nie l’existence de crimes de guerre japonais, aurait de plus en plus de difficultés à nier le rôle dans Japon dans ces affaires d’exploitation sexuelle. Ils tendent de plus en plus à minimiser leur responsabilité, en recentrant le débat sur la prostitution.

 

En 2000, le tribunal international des femmes pour la répression des crimes de guerre avait permis à de nombreux témoins et victimes de témoigner ainsi que de présenter des preuves. L’issue du procès recommandait entre autres au Japon d’adresser des excuses publiques aux victimes, notamment coréennes. Alors que le Japon refusait d’adresser ses excuses à la Corée du Sud, cette histoire participa à détériorer les relations des deux pays. 

 

(via yonhapnews)