Vague de chaleur sur la culture : fusillade à O.Cannes Corral

Nicolas Gary - 18.05.2015

Edition - Société - Manuel Valls - Fleur Pellerin - François Hollande


Entre ministres d'un ancien gouvernement, on joue un billard à trois bandes. Alors que Cannes battait son plein, Manuel Valls et Fleur Pellerin étaient descendus tous deux sur la Croisette. Mission : parler de la Culture, et du rayonnement français. Avec un fond d'histoire oiseux : cette année, Fleur Pellerin n'a pas été privée de marches ni de tapis rouge. 

 

 

Tapis rouge et marches du palais du festival de Cannes

Yann Caradec, CC BY NC SA 2.0

 

 

Ah, Cannes 2014. Bruits de froufrou et froissements d'ego. D'un côté, Aurélie Filippetti, ministre de la Culture en smoking Yves Saint-Laurent, de l'autre la Secrétaire d'État au Commerce extérieur, Fleur Pellerin. Mais selon le Canard enchaîné, la première avait écarté joliment (ou pas) la seconde des Marches cannoises.

 

Qu'importe : un an plus tard, Aurélie Filippetti est entrée dans l'opposition au gouvernement, les fameux Frondeurs, Fleur Pellerin est ministre de la Culture, et Manuel Valls se rend à Cannes... Et le premier ministre y a fait une entrée en matière particulièrement remarquée, considérant : « Cela a été une erreur, durant les deux premières années du quinquennat de François Hollande, de baisser le budget de la Culture, au-delà des nécessités liées à la lutte contre l'endettement, ou des déficits publics, parce que c'est apparu comme un signe négatif, comme un mauvais signe. »

 

Et de poursuivre : « Il ne faut jamais donner de mauvais signes, quand on parle de la culture. » Raison pour laquelle, en accord avec la ministre, il a été décidé que les budgets de la création et de l'Éducation artistique « seraient préservés, voire même augmentés, pour les deux ans à venir ».

 

 

 

 

C'est que le président fraîchement arrivé avait assuré que ledit budget serait sanctuarisé, simplement parce que « la crise ne rend pas la culture moins nécessaire, elle la rend plus indispensable ». Trois après la prise de fonction de François Hollande, le bilan que dresse son premier ministre fait effet de sanction de reproche à peine dissimulé. Et l'on entendrait presque Manuel Valls déclamer : « Moi, président, je ne baisserai pas le budget de la Culture... »

 

Le Budget Culture 2015 : une priorité du gouvernement, rognée, par Louis Loche

Par Louis Loche, du Cesan (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Passons. Cannes donnait aussi l'occasion de revenir sur la réforme du droit d'auteur, souhaitée au niveau européen, et dont le rapport de l'eurodéputée Julia Reda était devenu l'un des symboles haïs. Certainement à tort, puisqu'aujourd'hui, les propositions formulées dans son rapport semblent passées à la trappe – assez logiquement, il était certainement prématuré de s'agiter autant. 

 

Mais la ministre ne peut donner de signes négatifs non plus : à Nice Matin, elle répétait que « sans une approche équilibrée, la réforme envisagée par la Commission pourrait avoir de lourdes conséquences et se retrouver avec un système où les œuvres pourraient circuler... mais où on ne pourrait plus les créer, les produire ». Soit. 

 

Fleur Pellerin a, comme il se doit, renouvelé ses vœux à la culture et au droit d'auteur, en promettent que la France était disposée à « le moderniser, ce droit d'auteur, mais nous ne sommes pas prêts à jeter par la fenêtre tout ce dont nous sommes très fiers ». (via Rue 89)

 

Discours identique de Manul Valls, au cours du colloque où tous deux sont intervenus : « Si nous baissions pavillon sur le droit d'auteur, qui irait encore investir dans la création ? Le droit d'auteur est non seulement un mécanisme protecteur des artistes, mais aussi le vecteur de notre identité collective [...], un vecteur d'innovation et de compétitivité de notre économie. »

 

Ne pas se tromper de combat, certes, et ne pas désarmer le droit d'auteur, voici les deux messages adressés à chacun : « En désarmant le droit d'auteur, on affaiblirait l'Europe, sa culture, ses entreprises et ses citoyens », poursuit Manuel Valls, cité par l'AFP. 

 

Une crise d'austérité dont la culture a fait les frais

 

Aurélie Filippetti n'était pas à Canne, mais par téléphone dans les studios de France Info ce dimanche 17 mai pour commenter les envolées du Premier ministre. Et ses analyses sont sans appel. Soulignant qu'au cours de ses deux années de présence rue de Valois, elle avait lutté contre cette baisse de budget, elle regrette de n'avoir pas été « écoutée par Jean-Marc Ayrault, ni François Hollande à l'époque ».

 

Il n'est jamais trop tard pour reconnaître ses erreurs, se réjouit-elle, et elle savoure que le budget négocié en juin 2014, pour les trois années à venir, « soit stabilisé. Donc désormais, Fleur Pellerin peut bénéficier d'un budget qui soit stabilisé [...] mais, néanmoins, la baisse qui a été subie durant les deux premières années n'a pas été compensée ».

 

Et de poursuivre : « C'est cette politique d'austérité, à tout prix, dont la culture a fait les frais. Et malheureusement, même si Manuel Valls reconnaît cette erreur aujourd'hui, ce que je constate, c'est que cette austérité continue pour les collectivités locales, qui doivent faire 3 milliards d'économies cette année. » Et plus de 150 festivals seront donc annulés, parce que ces dernières ne pourront pas les subventionner...