Vague de sexisme dans la littérature d'horreur en Angleterre

Clément Solym - 23.09.2009

Edition - Société - vague - sexisme - littérature


Un recueil d'interviews comportant 16 textes mettant en scènes des auteurs de littérature d'Horreur fait actuellement dresser les cheveux sur la tête. Mais cet effroi n'est pas du fait de leurs récits : on s'émeut en effet que pas une seule femme ne soit présente dans ce nouveau livre.


British Fantasy Society's In Conversation: A Writer's Perspective; Volume One: Horror, est ainsi au centre d'une controverse. Alors qu'il ne doit sortir qu'un peu plus tard cette année, son éditeur, James Cooper, se retrouve accusé de sexisme passif.

« Il y a beaucoup de femmes qui écrivent de l'horreur et adorent ce genre. Notre contribution à l'industrie mérite une reconnaissance autant que celle accordée à nos confrères masculins. Que nous soyons traitées comme si nous n'avions même pas existé est une expérience choquante. Ann Radcliffe a écrit un son premier roman gothique en 1789 et Mary Shelley rédigea Frankenstein en 1818 somme toute », explique Maura McHugh. Pour l'auteure, on ne peut trouver « aucune excuse » pour cette omission.

Pas une seule femme interviewée, donc. Alors qu'elles représenteraient 35 à 40 % du marché. « Les femmes existent, nous travaillons aussi dans ce genre et nous méritons d'être reconnues. C'est aussi simple que ça », conclut-elle.

Pour Sarah Pinborough, qui a ce week-end remporté le prix du meilleur court-métrage de fiction lors de la cérémonie des British Fantasy, il ne faut cependant pas y voir une manifestation de sexisme intentionnel. Plutôt quelque chose de l'ordre du subconscient. « Je pense que c'est juste de la bêtise aveugle », ajoute-t-elle, qui fut cette année la seule femme en lice pour cette bourse.

Des excuses et un livre réparateur ?

Le président Guy Adams de la British Fantasy Society s'est depuis excusé pour cette omission. Une cécité désolante, dont il ne peut qu'espérer qu'elle se dissipe à l'avenir, en reprenant la discussion avec les auteures. Alors quelle solution ? Publier un livre d'entretiens comportant uniquement des récits de femmes ? Peut-être la seule alternative viable, ajoute Guy.

Et quid de l'éditeur ? Il est mortifié. Son choix s'est fait sans intention particulière, simplement en se concentrant sur les écrivains qui ont influencé au cours de 25 dernières années cet univers. Et le recrutement des auteurs aura été si complexe qu'il n'a pas pris garde à respecter une certaine parité. « Un regard féminin aurait, bien évidemment, offert un contraste vif par rapport à celui présenté par nombre d'auteurs masculins. »

Il assure aussi qu'à l'avenir, les prochains tomes seront mieux équilibrés.