Vargas Llosa : les dictatures paradoxalement protégées de Wikileaks

Clément Solym - 06.12.2010

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Pour la remise de son prix Nobel de littérature, Mario Vargas Llosa s'est fait voler la vedette, avec le lancement de Google eBooks, la librairie du géant américain. Mais cela n'a pas privé le public de quelques propos de l'écrivain sur Wikileaks.

Car l'actualité internationale tourne principalement autour de de ce site. « Mon opinion est contradictoire », reconnaît-il. Farouchement opposé aux régimes dictatoriaux et totalitaires, Vargas Llosa n'a cependant pas une confiance absolue en ces fuites de câbles. « D'un côté, je pense que la transparence est merveilleuse, parce que tout est mis en évidence, clairement. Ce qui nous protège de l'intrigue, des manipulations et des mensonges », explique le Nobel.

« D'un autre côté, si tout devient clair, si toutes les formes de confidentialité, celle de la vie privée, disparaissent, je ne sais pas comment un État pourrait fonctionner. » Et d'ajouter : « En des termes simples, les États seraient placés dans une position si vulnérable que les institutions, l'essence même de la démocratie, seraient en danger. »

D'ailleurs, il reste paradoxal, selon lui que ce soient les États-Unis qui sont le pays se présentant comme le plus démocratique, qui se soit retrouvé le plus vulnérable. Alors que dans le cas inverse, les dictatures ont clairement tout verrouillé, suffisamment pour que leur régime ne soit pas touché par de telles fuites.

Flaubert et Liu Xiaobo

C'est durant cette même conférence que Mario Vargas Llosa aura également glissé un mot sur l'auteur, le romancier, auquel il prétend tout devoir : Gustave Flaubert. Cité par Pierre Assouiline, il s'explique : « Flaubert, sans hésitation ! Pas seulement pour Madame Bovary et pour le reste, mais aussi pour l’exemple, le modèle. Il m’a appris que lorsqu’on n’a pas reçu le talent de manière innée, qu’on n’est pas spécialement doué, il faut se construire soi-même son propre talent par la discipline, la persévérance, la patience, l’autocritique. Il faut être têtu comme Flaubert quand on n’a pas de talent littéraire naturel. Lorsqu’il a commencé, il en était dépourvu. Il a été un fanatique du travail. Ce fut déterminant dans ma vocation d’écrivain. J’ai persisté et, si je suis là, c’est grâce à son exemple. » Et d'ajouter sans fausse modestie, que lui, écrivaillon, n'avait véritablement aucun talent, et que tout est venu de son travail...

En parallèle, il s'est également félicité de ce que le prix Nobel de la paix ait été attribué à Liu Xiaobo. « Je trouve magnifique que le prix ait été attribué à un grand combattant chinois qui lutte pour la démocratie dans son pays », rapporte l'AFP.