Vargas Llosa s'inquiète de la montée des nationalismes européens

Julien Helmlinger - 20.10.2014

Edition - International - Vargas Llosa - Nationalisme - Politique


Le prix Nobel péruvien de littérature, Mario Vargas Llosa, qui vient d'adapter le Décaméron de Boccace pour les planches de théâtre, était interrogé par la presse à l'occasion de la Fête du livre d'Aix-en-Provence dont il était l'invité d'honneur. Évoquant le climat politique européen, l'écrivain latino-américain a vivement dénoncé le retour des nationalismes sur le Vieux continent, « où l'on pensait avoir dépassé cet état si limité ». Selon lui, il s'agirait ni plus ni moins que de « la plus grave menace pour la construction de l'Europe », rapporte l'AFP.

 

Mario Vargas LlosaCC by 2.0 par Daniele Devoti 

 

 

Aux yeux de l'écrivain, âgé de 78 ans et auteur d'une trentaine d'œuvres, le nationalisme est « une vision tellement sectaire, limitée, de la vie, qui produit toujours la guerre, la discrimination, le racisme. [...] C'est exactement le contraire de ce qu'est la civilisation, l'intégration dans la diversité ». Comme le rapporte l'AFP, Vargas Llosa a ainsi évoqué le philosophe Karl Popper et ce que ce dernier appelait « le retour à la tribu, à cette protection collectiviste », estimant encore que « s'enfermer dans ce qu'on connaît » s'apparente à de la « régression ».

 

En comparaison, il se dit plutôt optimiste pour ce qui concerne son continent, où il estime que la culture démocratique est en progression. « Aujourd'hui en Amérique latine, il y a un consensus en faveur de la démocratie et même de l'économie ouverte de marché, ce qui, auparavant, été impensable. [...] Il n'y a pas de dictature militaire. Il y a certes Cuba, qui est une dictature plus ou moins anachronique, et le Venezuela, qui marche vers la dictature, mais n'y est pas encore totalement, car il y a une opposition très vivante. »

 

Cet opposant au régime de Fidel Castro se présente quant à lui comme un « libéral », soutenant que ce terme a été « satanisé » et « associé à tous les malheurs de l'humanité ». Pour lui, même des gouvernements classés très à gauche, comme celui d'Evo Morales en Bolivie où de José Mujica en Uruguay, adoptent des mesures libérales. Das le cas de ce dernier, l'écrivain cite notamment le mariage gay et la libéralisation de la marijuana, des mesures qui n'auraient « rien de socialisme, seulement le nom ».

 

En visite dans l'Hexagone, il soutient que, « même en France, on propose des mesures libérales pour répondre à la crise. On ne les appelle pas libérales, mais elles le sont, objectivement. Ce sont des mesures libérales, pas exactement des mesures socialistes ».

 

La littérature était également mentionnée dans les échanges. Vargas Llosa s'est notamment confié quant à son admiration pour la littérature française, et notamment pour Hugo, Flaubert, Stendhal, et Malraux. Et outre son adaptation très libre de ce médiéval Décaméron de Boccace « qui l'a toujours impressionné », l'écrivain annonce par ailleurs commencer un roman situé au Pérou, son pays natal, mais il ne sait « pas encore très bien ce qu'il va s'y passer ».