Vendre des livres sur internet : les librairies chassent sur les terres d'Amazon

Nicolas Gary - 05.11.2020

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Le click and collect, certes, mais encore faut-il disposer de solutions informatiques pour ce faire. La librairie indépendante, contrainte de ne pas accueillir de public, réagit donc avec la vente à emporter, la livraison… Mais prendre et traiter des commandes par téléphone devient épuisant autant que chronophage.

Librairie Georges - Talence (33)
 

La solution promue depuis plusieurs années par la société Tite-Live semble faire des émules. Place des libraires connaît une activité débordante. Avec plus de 1,7 million de références sur cette place de marché, un outil de géolocalisation et 800 librairies qui l’ont adopté, l’outil tourne rond.

Le cofondateur de l’entreprise, François Boujard, met la barre haut : atteindre 1000 librairies d’ici aux fêtes de fin d’année — et par la suite, convaincre les 2500 librairies de France. 
 
Cet optimisme surfe sur les résultats déjà observés : au 29 octobre, l’activité était identique à celle constatée à la période de Noël. Les librairies qui ont souscrit ont réalisé 30.000 paniers, soit une moyenne de 40 ouvrages quotidiennement. Pour certains c’est un facteur 100 depuis le 29 octobre. 
 

Le World Wide Web...


Ce volet de numérisation a récemment fait l’objet d’annonces du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. En effet, Bercy va débloquer 100 millions €, pris sur le plan de relance, « pour accompagner les chefs d’entreprise dans leur digitalisation, via une aide directe ou un crédit d’impôt », expliquait-il au Parisien.

Selon lui, « il faut que chaque commerce ait son site Internet. Nous mettons donc à disposition, sur la page “Offre préférentielle commerçants” du site economie.gouv.fr, une liste permettant à chaque commerçant de savoir quel est l’outil le plus adapté à son développement digital ». 

Marc Lolivier, délégué général de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad) insistait : « Aujourd’hui encore plus qu’hier, opposer commerce et e-commerce n’a pas de sens. Seuls 30 % des commerces physiques français sont sur internet, il nous faut donc œuvrer collectivement pour multiplier ce nombre le plus rapidement possible. »

Place des libraires répondrait donc d’ores et déjà aux attentes du gouvernement, et nécessités qu’impose la crise sanitaire. L’offre concerne d’ailleurs tant les livres imprimés que les ouvrages numériques. Après le premier confinement, une phase d’accélération des adhésions s’était observée. 
 

Paris au secours de ses libraires


Le message d’une commande en ligne s’entend depuis l’annonce du confinement : la ville de Paris ajoute d’ailleurs la sienne, en soulignant que « 75 % du chiffre d’affaires est parfois réalisé en novembre et décembre ». En notant que plus de 50 % du chiffre d’affaires de l’édition s’effectue à Paris et en Île-de-France. 

Une page dédiée, destinée à alimenter une carte des librairies offrant le retrait et/ou la livraison est mise en place : on peut ajouter son établissement en s’inscrivant ici.

La plateforme ParisLibrairies.fr recense à ce titre 180 établissements intra muros et une vingtaine en petite couronne, et permet de soutenir cet effort de guerre numérique. Toujours avec cette idée de trouver au plus près de chez soi. 
 
À ce titre, ParisLibrairies indique dans une lettre d’information avoir réalisé un million € de chiffre d’affaires… depuis début 2020. Un seuil avant tout symbolique, opéré par les « réservations et commandes de janvier à novembre ». Une option de papier cadeau s’ajoute d’ailleurs pour les commandes passées, certainement dans la perspective de préparer Noël.
 

Un palliatif, pas un “vrai métier”


Le Syndicat de la librairie française rappelait d’ailleurs que « oui, les librairies vont miser sur leurs sites internet, sur le “click and collect”, même s’il ne s’agit que d’un palliatif qui ne peut remplacer leur vrai métier ».

Et d’inviter les lecteurs, à l’image du collectif d’auteurs Sauvons nos libraires, « à faire le choix des sites des libraires indépendants. Dans cette période difficile, c’est un geste de solidarité important qui ne coûte pas plus cher, le prix des livres étant le même partout, et qui offre au moins autant de garanties de service ».
 

La vente en ligne de livres, en chiffres


Selon les données d’une étude Xerfi de 2019, la vente en ligne de livres, à laquelle est ajoutée celle d’ebooks, représentait 16,5 % (soit des acteurs comme Amazon, Apple, Google, Kobo, Bookeen, ePagine, Numilog, etc.

Trois catégories ont mieux résisté à la concurrence des ventes de livres sur internet et de la numérisation, indiquait l’étude : « Le livre de poche, qui a profité de son positionnement prix attractif et de sa large distribution ; la bande dessinée, qui bénéficie d’un “effet best-seller” important et du succès des mangas ; le livre jeunesse, qui s’impose comme le principal moteur du marché du livre sur moyenne période. Ce dernier segment et celui des bandes dessinées ont d’ailleurs été les seuls à voir leurs ventes progresser en 2018. »

Avec des parts de marché sur le livre estimées à 80 %, Amazon aurait représenté 13,2 % des ventes — soit 1,3 livre vendu sur 10 en France. De quoi motiver les appels au boycott d'Anne Hidalgo ou Roselyne Bachelot.
 

Le Click and collect, côté distributeurs


Selon les informations d’un distributeur, obtenues par ActuaLitté, les boutiques Fnac visaient un objectif de 15 % de l’activité à travers le click and collect, mais les résultats actuels tourneraient autour de 8 %. En revanche, Fnac.com connaîtrait une très forte activité. Mais le niveau d’activité global du distributeur aurait perdu près de 40 %, observée sur la journée du 4 novembre. 


crédit : mohamed_hassan CC 0

 
En revanche, pour Amazon, rien n’a bougé au niveau des commandes : l’entreprise tourne sur un volume habituel. L’entreprise aurait tout de même enregistré une très forte activité en début de semaine, de l’ordre de 20 % estimés. 
 

10 % de ventes nationales ?


D’autres opérateurs comme LaLibrairie.com, affirment avoir contingenté les commandes – là où son pendant, Librest traite tout. « Nous avons multiplié par 20 nos commandes habituelles. Mais il devient évident que le click and collect, à travers les réservations en ligne, n’est plus une composante accessoire », nous précise-t-on.

Resterait alors à connaître le volume de vente réalisé par les librairies à travers le click and collect. Une estimation nationale ferait cependant état de 10 % du chiffre d’affaires habituellement réalisé en cette période. 

L’Observatoire de la librairie, contacté par ActuaLitté, indique qu’entre mars et mai, seules 400 librairies sur 3 300 ont eu recours au C&C. À ce jour, elles sont 1400 à le pratiquer quotidiennement, à travers des sites de vente ou autres portails d’associations ou de regroupements (Librairies Indépendantes en Nouvelle-Aquitaine, Chez mon libraire, Initiales, Canal BD etc...).

D’ailleurs, relève L’Observatoire « depuis mai, 250 sites de libraires ont été créés et/ou raccordés aux différents portails des associations et groupements de libraires ». En revanche, celles qui ne disposent pas de plateformes ont recours au téléphone, ou aux réseaux sociaux — par la réservation de livres et la prise de rendez-vous avec les libraires.

Pour l’heure, L’Observatoire ne s’avance pas sur un pourcentage du chiffre d’affaires. « Nous ne sommes pas à périmètre constant avec l’année dernière, entre autres parce qu’il y a eu beaucoup de jours fériés en 2019 sur cette même semaine : nos données ne sont donc pas encore comparables. » D’ici une semaine, ou dix jours, en revanche, nous y verrons plus clair.

Sur Paris, après cinq jours de confinement, certains évoquent 40 % réalisés en click and collect. En province, on nous évoque un montant de 25 % du CA normal avec les retraits suite à réservation en ligne. « Normalement à cette époque on fait environ 800 livres en caisse par jour, dont 20 réservés en ligne. En ce moment on passe environ 200 livres retirés en caisse après réservation en ligne, en 80 paniers. Pour les expéditions on passe de 5 livres à 15 livres par jour. »
 

25 % du CA mais avec les deux-tiers des salariés


En revanche, la problématique globale qui se pose est celle de la masse salariale nécessaire pour aboutir à un maintien de l’activité. Ce libraire du Ve arrondissement de Paris l'assure : « Pour faire 50 % du chiffre, il nous faut mobiliser une masse salariale importante. Ce picking que d’ordinaire le client opère naturellement est délégué aux libraires, ce qui rend les choses difficiles. »
 
Depuis le sud de la France un patron de librairie insiste : « Pour faire un quart du CA normal on a les 2/3 des collaborateurs au travail pour aller chercher en rayon, étiqueter au nom du client, classer pour le retrait, répondre par courriel, plus gérer les réservations par téléphone. »

Et ce, sans oublier « le temps habituel de la mise en rayon des arrivages puisque les nouveautés arrivent en masse, sans réduction visible des éditeurs, d’où un surstockage qui va devenir ingérable. Il faut maintenir les livraisons, mais si on vend quatre fois moins où va-t-on ? »
 
En regard du poids de la fin de l’année dans les résultats d’une librairie, ces calculs tendent certains à se voir bien proches du précipice… Qu'apportera la décision du gouvernement que de prendre en charge les frais postaux, pour que les librairies ne payent que le 0,01 €, minimum légal, pour la vente par correspondance ?


crédit photo : Librairie Georges, Talence (33) - ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Commentaires
Le bal des faux-culs...



Eh oui les libraires, va maintenant falloir apprendre à galoper sur le côté et à admirer ces Amazones qu'hier vous vouliez brûler vives en place publique, et dont vous tentez aujourd'hui de mimer si maladroitement la geste productiviste virtuose... wink
Quitte à l'utiliser beaucoup aujourd'hui, pourquoi avoir garder cet anglicisme « click & collect » ? Ça la fout quand même mal pour des libraires censés défendre la littérature !
Il suffit tout simplement de l'écrire en français: "clique et collecte".
Pas de « collecte », svp.

Le verbe collecter n’a jamais voulu dire « aller chercher soi-même son livre chez son libraire ».

Encore un faux ami que la similitude d’écriture encouragerait si elle n’était autre chose qu’une très mauvaise traduction. Et qui fait perdre toute sa valeur à la tentative de lutte contre les anglicismes

Laquelle reste, au demeurant, un louable combat
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